céralement contre en tant que tel de l'introduction du kreol dans l'école. D'où l'importance de procéder par étapes et de manière systématique.»

Déclic

Des résistances qui n'ont pas freiné l'ardeur de la vaillante équipe concernée par ce projet. Et qui, avec les moyens de bord très limités, s'est mise à l'ouvrage : élaborer et implémenter le programme, trouver un apprentissage approprié pour des jeunes en difficultés scolaires avec le kreol comme langue et médium, l'enseigner à côté des autres langues et conduire des évaluations qui soient quantitatives et qualitatives.

Et Dev Virahsawmy, impliqué dans la pédagogie appliquée du Prevokbek, de parler avec fierté du succès de ses apprenants. «La valorisation et l'utilisation de la langue maternelle ont provoqué un déclic, ouvert une porte chez ces enfants. Beaucoup disaient : 'Angle pa pou nou sa !'. Et pourtant, les élèves du Prevokbek ont aujourd'hui un excellent niveau d'anglais et un bilinguisme naturel : le créole, leur langue ancestrale/nationale, et l'anglais, langue officielle.»

2008 : année charnière

Au bout de quelque trois ans de cheminement, Jimmy Harmon est davantage persuadé que le kreol morisien est une question fondamentale pour l'éducation catholique et pour tout notre système éducatif. «Elle nous force à nous remettre en question dans notre mission éducative. Elle soulève des questions d'éthique, de valeurs, de respect, d'accueil et de valorisation de l'enfant.»

D'où un travail sur le primaire et l'engagement dans certaines préliminaires : vaste consultation, publication d'un Info Doc d'ici fin 2007, appel à des experts, la prise en compte de différentes possibilités (oral ou écrit) en vue de la préparation d'un programme spécial avant son éventuelle intégration, sans compter les communications régulières des différentes étapes réalisées au ministre de l'Education. «L'année 2008 sera une année charnière pour notre secteur», se réjouit d'avance Jimmy Harmon.

Entre toute la gamme de publications, entre autres pour mieux comprendre la culture créole, le Diksionner morisien d'Arnaud Carpooran ­ le premier dictionnaire créole/créole au monde - est venu «décoincer» bien des choses et marquer un saut qualificatif. «Beaucoup considéraient que c'était du domaine de l'impossible», explique l'universitaire Carpooran. Et d'insister que le travail a été fait avec le soutien de plusieurs universitaires étrangers et personnalités mauriciennes. Et que ce n'est pas un dictionnaire de militant, mais une démarche scientifique, réalisée dans un cadre institutionnel.

Le kreol dans le cursus universitaire

L'autre contribution d'Arnaud Carpooran a trait à la concrétisation d'un cours ­ Introduction to Creole Studies ­ à l'université de Maurice. Un cours de 45 heures, initié et enseigné par ce même chargé de cours qui se défend d'être un militant de la langue créole, mais surtout un linguiste qui fait son métier de manière la plus scientifique possible et qui a un intérêt pour toutes les langues, dont le créole.

Insistant sur le pluriel de l'intitulé du cours, Arnaud Carpooran explique ce n'est pas un cours d'apprentissage de la langue, ni de l'écriture. Et avoue sans fierté que le response des étudiants l'étonne encore aujourd'hui.

Dynamisme et dynamique

«C'est le cours est le plus vivant que j'ai dispensé à ce jour. Tout simplement parce qu'il concerne les

gens et n'est pas un cours académique sur un objet distant de la vie. Il suscite donc beaucoup de curiosité, un degré d'éveil qu'on ne trouve pas ailleurs, un intérêt naturel, un dynamisme qui met en train une dynamique. Tout cela est de bon augure.»

Et de poursuivre : «Ce cours est une suite logique. On ne peut pas enseigner toutes les langues et refuser l'encadrement académique à la langue dans laquelle les gens s'expriment. La non-présence de la langue créole dans le cursus académique ne tient pas la route. Mais, heureusement, en dépit des réticences idéologiques et politiques, l'institution académique la plus haute du pays l'a désormais dans son cursus.»

Valoriser les Afro-Créoles

Pour Dev Virahsawmy, on ne peut célébrer la Journée internationale de la langue et de la culture créoles ni parler d'avancée de la langue et de la culture créoles sans s'intéresser aux gens. Surtout à ces Afros-Créoles qui constituent 25% de notre population. Des Afros-Créoles démunis économiquement et politiquement ; qui sont hors du main stream, marginalisés, exclus et qui se détruisent à travers la drogue, le sida et la prostitution.

«Des gens aliénés... Pa kone ki zot ete, ki zor misyon, ki direksyon pou pran e ki, an plis, inn touzour trahir par zot leader. Des gens qui ont honte de la langue créole, leur langue ancestrale, langue maternelle de 85% des Mauriciens et, aujourd'hui, langue nationale. Des gens qui ont honte de leur apport à ce pays : langue, musique, danse, cuisine, façon de vivre...»

Certes, il est plus difficile de briser les chaînes de l'esprit que celles qui emprisonnent les mains. Et tout travail de réappropriation de sa dignité ne pourra se passer d'une «base économique solide» et de la mise en œuvre de la théologie de libération.

«C'est une erreur de ne pas comprendre la politique de démocratisation et d'empowerment du gouvernement. Elle peut ouvrir de nombreux créneaux aux Afro-Créoles : agricole, maintenance, construction, catering... Pour cela, il faut faire du lobbying dès maintenant. (...) C'est vraiment dommage ­ comme me l'a raconté quelqu'un ­ que lors de Festival créole l'an dernier, le catering été fait par des commençants d'autres communautés. Pa fer mwa kroir ki Kreol pa kon kuit bonbon zafer ! Le seul créole marchand vendait, lui, des savates !» Un plaidoyer pour que les Afro-Créoles se retrouvent aussi dans cette fête du 28 octobre. Et s'approprient cette valorisation de leur langue et de leur culture comme des «occasions appropriées pour briser l'aliénation»...

La Société biblique et la langue et la culture créole

Dès 2002, la Société biblique s'est engagée dans un travail de traduction de la Bible pour le travail évangélique des Eglises chrétiennes. Une meilleure compréhension des Ecritures ne peut que conduire à une vie transformée.

Le premier travail, paru en 2002, est l'Evangile de Marc, publié à la fois sur papier et sur CD. En 2004, Parabol ek Mirak Zezi est la première publication à utiliser la Grafi Larmoni. 2006 voit l'Evangile selon Jean sur CD : 80% du stock a été écoulé en un mois et le feedback est toujours positif.

La Société biblique ne compte pas s'arrêter en si bon chemin ; les deux prochaines années seront cruciales pour la publication du Nouveau Testament en créole.

Danièle Babooram et Sylvio Sundanum

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