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Centre Carrefour


Santé publique : prise de position du Regroupement femmes

Signaux contradictoires

Il règne dans l'île un sentiment de mécontentement, de découragement et de laisser-aller quant à plusieurs dossiers brûlants pilotés par nos gouvernants locaux. Leur réputation est entachée et si rien n'est fait pour remédier à la situation, le risque d'une révolte sociale est réelle.

Le recrutement de 245 stagiaires dans le cadre du projet Skilling & reskilling for unemployed persons s'est concrétisé. Toutefois, cela laisse de grosses cicatrices du côté de ceux non retenus pour ce projet. Leur amertume est justifiée, car ils ne comprennent pas comment ils ont été éliminés sans être interviewés d'entrevue. D'autres diront que cet exercice de recrutement est purement partisan. Tout gouvernement doit diriger selon un code d'éthique centré sur la bonne gouvernance, la méritocratie, la justice sociale, l'impartialité dans l'utilisation
des fonds publics. Pour l'heure, ce sentiment est répandu.

Récemment, quelques médecins ont protesté pour obtenir leur dû. Fallait-il en arriver là ? Nos patients se plaignent du mauvais accueil que leur réservent certains médecins. Il n'y a pas de confidentialité pour les personnes atteintes du VIH/sida. Et c'est grave. A chaque rendez-vous médical, les femmes enceintes sont auscultées par un nouveau gynécologue. Est-ce normal ? Des règles internes sont modifiées selon le bon vouloir des politiciens. Oui, notre service de santé est en soins intensifs.

C'est bien qu'une foire agricole a été organisée pour marquer la Journée mondiale de l'alimentation. En revanche, on ne peut rester insensible à deux choses. Primo, nos gouvernants locaux prônent l'indépendance économique, un concept porteur d'espoir. Pourquoi en ces temps où la misère sévit dans le pays n'a-t-on pas cru utile d'acheter les chapeaux de nos officiels auprès des artisans locaux au lieu d'en importer ? Et on dit qu'il faut produire, consommer, valoriser les produits du terroir !

Deuxièmement, comment peut-on clore une foire agricole par une fête populaire avec un groupe musical venu d'ailleurs avec les fonds de l'État ? De plus, l'invitée étrangère a exigé un service de sécurité - frais pris en charge par les contribuables! - pour quelle donne son spectacle. Où allons-nous dans ce pays? Notre Chef commissaire, à tort ou à raison, a fait une belle sortie contre le peu d'argent alloué pour l'année financière 2007/08. On se souvient qu'un politicien local disait que l'ex-régime régional droguait le peuple de Rodrigues avec des fêtes populaires pour masquer les gros enjeux locaux. Quel est le constat actuel ?

D'autre part, la commission des Sports a longtemps tergiversé en ce qui concerne le déplacement d'une sélection de handball pour participer à la Coupe de l'océan Indien à Maurice. Déplacement annulé à la dernière minute faute d'une préparation assidue en amont. Pourquoi le responsable de la commission responsable a-t-il laissé ce dossier en suspens ? Selon nos sources, pour des motifs partisans.

C'est vrai. Il faudra mettre de l'ordre dans ce pays. Car il y a trop de signaux contradictoires. Et dire que tous, nous voulons la réussite de l'autonomie. Il faudra briser les chaînes qui nous empêchent de nous unir pour agir ensemble dans l'intérêt du pays pour nous-mêmes et pour les générations futures.

Jean-Gérard Gaspard


Le 26 septembre dernier, les patients présents à l'hôpital de Crève-Cœur ont attendu de longues heures avant d'être auscultés par des médecins. La raison de cette longue attente était, apparemment, que quelques médecins s'étaient rendus à la commission de la Santé pour une question de salaires. S'il est légitime pour les médecins de revendiquer leurs droits, nous nous demandons néanmoins pourquoi les patients - nous pensons spécialement aux personnes âgées et aux enfants - n'ont-ils pas été avertis auparavant ? Par ailleurs, cet incident n'est-il pas symptomatique d'une crise plus profonde dans le service de la santé ?

Le Regroupement des femmes du centre Carrefour (RFCC) constate que s'il y a eu certaines avancées dans le service de la santé à Rodrigues, il y a néanmoins un vrai malaise et nous déplorons certaines situations. Premièrement, nous constatons que dans de nombreux secteurs de la santé, il n'y a pas de vrai suivi médical. Un exemple parmi bien d'autres : une femme qui a une grosseur à la gorge a vu en deux ans pas moins de dix spécialistes ! Son traitement est toujours en cours.

En tant que femmes, ces situations nous préoccupent bien évidemment davantage. Comment, en effet, suivre efficacement l'évolution d'une grossesse alors que chaque mois il y a un gynécologue différent ? Cette valse de spécialistes est également préoccupante au niveau de la pédiatrie et de la chirurgie.

Deuxièmement, s'il y a des médecins qui nous respectent en tant que femme et à qui nous voulons dire toute notre reconnaissance pour les soins apportés, nous déplorons par contre des situations anormales. Il est même arrivé qu'un gynécologue reçoive trois patientes en même temps dans le même cabinet médical ! Ainsi la femme est auscultée en présence de deux autres patientes. Une telle situation est une atteinte à notre pudeur et au respect de la personne humaine.

Il y parfois également une manière de parler aux patientes qui nous dévalorise. Le slogan de l'Action catholique des femmes Prend conscience valer fam implique que nous nous fassions respecter dans la manière de nous accueillir et de nous parler.

Troisièmement, nous nous interrogeons concernant le service orthopédique : a) Nous voudrions savoir si l'appareil de radiographie est performant et fonctionne normalement ; b) Nous nous demandons pourquoi de nombreux patients préfèrent se rendre à l'île Maurice ou ailleurs pour se faire soigner. Parmi ces patients, il y a même des membres du personnel hospitalier ; c) Que se passe t-il pour les patients qui n'ont ni les moyens financiers, ni les contacts pour se rendre à Maurice ou ailleurs ?; d) Pourquoi toutes ces personnes préfèrent-elles se rendre à Maurice pour se faire soigner ? Autant de questions que nous nous posons et auxquelles pour l'instant nous n'avons pas de réponse.

Quatrièmement, nous nous interrogeons également concernant les conditions hygiéniques dans le service hospitalier à Rodrigues. Nous avons appris que la machine à laver de l'hôpital Queen Elizabeth est régulièrement en panne. Ainsi, les draps doivent être lavés à la main. Est-ce vrai que parfois les draps ne peuvent être changés et qu'ainsi les patients doivent parfois dormir sur les mêmes draps que les malades précédents ?

Cinquièmement, en tant que patientes, très souvent, nous avons constaté qu'il n'y pas les médicaments prescrits par les médecins à la pharmacie de l'hôpital. Ainsi, une maman dont l'enfant souffrait de constipation a dû revenir trois semaines consécutives à la pharmacie publique pour avoir les médicaments, mais sans succès !

Dès sa création, la santé a été une des préoccupations majeures et constantes du RFCC. Lors de la marche mondiale des femmes en l'an 2000, nous avons déposé tout un dossier au directeur de la santé d'alors déplorant des situations inacceptables au niveau du service de la santé. Lors des différentes conversations annuelles des femmes, nous avons régulièrement déploré et dénoncé des situations qui portaient préjudice au droit à un service efficace dans les hôpitaux. Ces différentes prises de position sont motivées par notre vision de la femme et de son droit fondamental à un service de santé efficace et respectueux de la personne humaine.

Regroupement femmes du centre Carrefour


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