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Joyce César


«Quand on reçoit une mission,
on reçoit aussi cette force du Seigneur pour avancer»

Rebâtir une personne pour rebâtir sa famille. Tel est le but de Joyce César, bénévole au Centre de solidarité, Rose-Hill, qui se dit très optimiste quant au thème choisi cette année par le centre : «Sorti dan la drog li posib.» Sa force de caractère, elle la puise du Christ.

Joyce César, 44 ans, mère d'une fille de 17 ans, possède une grande compassion pour tous ceux qui souffrent et ceux qui se sentent mal. Cette qualité, elle l'a héritée de sa mère, qui avait une grande générosité du cœur tout en ayant été toujours serviable. Aujourd'hui, elle essaie de transmettre ces qualités à sa fille unique, Coralie, qui s'intéresse beaucoup à ce qu'elle fait. «J'aurais aimé que cette valeur se transmette de génération en génération.» De plus, Joyce fait preuve d'une détermination à toujours foncer. Elle ne baisse pas facilement les bras. Son travail à l'hôtel Le Paradis, Le Morne, dans le house-keeping, ne l'empêche guère de prêter main forte au Centre de solidarité, où elle assure le bénévolat depuis quatre ans. C'est comme sa petite famille.

Son combat pour les toxicomanes a débuté en 2003, quand elle accompagnait un proche de sa famille au Centre. «J'ai eu la chance de faire une rencontre personnelle avec le Christ. Il m'a touché le cœur. Une force suprême est ancrée en moi. Je suis comme l'instrument du Seigneur. Il m'a donné les armes nécessaires pour aider les plus pauvres, les démunis, en particulier les toxicomanes. C'est un grand cadeau que j'ai reçu du Seigneur.» Depuis, c'est comme une flamme qui s'est allumée en elle. Flamme qui, reconnaît-elle, vient du Christ. Aujourd'hui, elle veut la partager à tous ceux qu'elle rencontre sur son chemin.

Charisme

Joyce jouit d'un grand charisme. Son agenda est rempli. Son réseau est colossal. Quittant l'hôtel à 16h00, son travail social commence dès qu'elle arrive à Rose-Hill, soit à 17h00, où elle accompagne toxicomanes, alcooliques, prostituées, sans-domicile-fixe (SDF) et enfants de rue. Elle travaille sur un programme précis et prend ses rendez-vous sur une semaine. «Je sais d'avance qui rencontrer.» Plusieurs sont ceux du Centre de solidarité ou alors leurs amis qui sollicitent un rendez-vous avec elle. Des fois, Joyce rentre chez elle à Rose-Hill pour prendre son vélo et aller à la rencontre de ses personnes. «Je les rencontre sur le chemin. Ils attendent ce moment avec impatience. Car ils se sentent aimés et valorisés. Zot appelle moi 'Ser'. En retour, ils m'apportent beaucoup d'amour.»

Chacun a certes de la volonté. Mais la faire fructifier est une autre chose, précise Joyce. D'où son combat d'aider ces gens à trouver chaque jour des choses positives pour meubler leur journée. Pour cela, il faut s'armer d'une bonne dose de patience. «Je me bats pour ces drogués, car la drogue est la pire maladie que je n'ai jamais eu à faire face. Les personnes vivant avec un toxicomane endurent une grande souffrance. Une douleur pénétrant l'âme de la personne. Tout est off. Rien ne l'intéresse. Elle est tout simplement malade.» La famille ne doit pas non plus être négligée. Elle a besoin d'un

accompagnement. «Mon cœur se déchire en entendant les cris des mamans pour leurs enfants qui se droguent. Ce sont des larmes de sang.»

Combat perpétuel

Par ailleurs, Joyce dit vivre beaucoup de persécution pour travailler. «Le regard de la société vous tue. Il vous attaque.» C'est un combat perpétuel ­ et pour les toxicomanes et pour Joyce. «Mais quand on reçoit une mission, on reçoit aussi cet esprit de force du Seigneur pour avancer.» Sa force, elle la puise chaque jour dans la prière, où elle dit porter les peines et souffrances de tous ceux qu'elle rencontre. Joyce est aussi animatrice à l'Abri de nuit de Saint-Jean, où elle accompagne les vieux avec beaucoup de joie.

Joyce est toujours fidèle. Son congé du vendredi, elle le consacre au Centre de solidarité. Dès le matin, elle est là pour accompag-ner ceux qui ont besoin de son aide. De 13 à 14h00, elle est parmi ceux qui animent la réunion des parents. Elle explique aux parents leur rôle et la façon de s'y prendre avec les toxicomanes. «Comment j'ai dû moi-même donner tout mon amour pour relever la personne que j'accompagnais.»De 15h30 à 16h30, c'est la réunion des parents pour la réinsertion. Les toxicomanes ont fait l'effort de changer, mais la société est demeurée la même ­ alors comment les aider à la réintégrer ? Des fois, Joyce vient en tant que parent d'une personne qu'elle accompagne. «On est un réseau de dix à accompagner ceux qui n'ont personne pour les accompagner.»

Quel regard Joyce jette-t-elle sur cette société ? Elle concède que la souffrance occupe une grande place dans la société. Les gens sont pour la plupart angoissés, sur le qui-vive. Nombreux sont ceux qui sont découragés et déprimés. Nul n'est à l'abri.

Avec sa conviction et sa détermination, Joyce se donne toujours à fond pour la quête annuelle du Centre. Chaque jour, elle se donne un objectif de remplir une dizaine de boîtes. En trois jours, elle remplit une trentaine. «Cela aide grandement pour le fonctionnement du Centre... Même si ce n'est jamais assez, avec le nombre grandissant de toxicomanes dans la société mauricienne...Kan enn pe sorti, 1 000 pe rantre. Me ena enn simin sorti.»

Cette expérience, Joyce la qualifie de très belle et enrichissante. «J'étais dans l'ignorance sur certaines réalités de vie et j'ai été éclairée. Aujourd'hui, je réalise que ma famille ne s'arrête pas là. Ma vie a pris un autre sens. »

Seul l'amour l'a conduite sur ce chemin, reconnaît-elle. Et c'est ce même amour qui lui permet d'écouter, sans avoir de préjugés...voire d'avancer. «Seul l'amour que je donne peut faire la personne avoir le déclic pour retrouver le chemin de la lumière en lui », conclut-elle.

Sandra Potié

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