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Pêche au gros

Ces derniers temps, certains politiciens sont montés au créneau pour dénoncer avec véhémence la National Residential Property Tax (NRPT) : comment le ministre des Finances a-t-il osé toucher au fruit de notre dur labeur ? Nous ne connaissions pas nos politiques si à cheval sur les principes. Ni si soucieux du bien-être de nos compatriotes !

Dans une récente entrevue, Rama Sithanen a mis l'accent sur le fait que son but réel est d'obliger nos compatriotes les plus nantis à dévoiler leurs propriétés foncières. La presse a ainsi parlé de cet individu possédant 81 maisons... En ces temps difficiles, certains défendent donc avec passion leurs paroisses, croyant cependant pouvoir cacher leurs vested interests.

La situation est identique en ce qu'il s'agit de la taxe sur les intérêts bancaires. S'il est dommage que même les petits épargnants tombent sous cet impôt, nous comprenons qu'en l'instaurant, Sithanen a voulu surtout prendre dans les filets de l'impôt les gros poissons. Même si le petit épargnant est outré par cette mesure, il peut tirer satisfaction de la panique de ces «malheureux» qui devront venir justifier les millions sur leurs comptes bancaires...

Cette nouvelle taxe nous donne l'opportunité de lancer un débat: l'Etat devrait-il avoir le droit de s'ingérer dans ce que nous considérons comme notre chasse gardée - nos biens matériels ? Où commence et où s'arrête le secret bancaire ? Enjeu crucial quand on sait comment certains trichent sur leur déclaration d'impôt ou n'ont pas assez d'amour-propre pour résister à l'argent sale...

Nous savons pertinemment bien que nos politiciens nous prennent souvent pour des imbéciles. Mais, c'est à nous, électeurs, de ne pas tomber dans le piège de la démagogie, de savoir déceler le vrai du faux. L'opposition ne

cesse de clamer que si elle était à la barre, notre pouvoir d'achat n'aurait pas été réduit à une peau de chagrin. Soyons lucides : avec la mondialisation, la flambée du prix du pétrole, la fin des accords préférentiels, la situation économique du pays ne peut être que difficile...

Devons-nous être surpris de relever une constante chez nos politiques : ce n'est que dans le karo kann de l'opposition qu'ils s'émeuvent de la misère, de la précarité et de la souffrance des ti-dimounn ?

Même si son arrogance nous agace souvent, Rama Sithanen a tenté, ces derniers jours, de nous convaincre de la justesse de ses nouveaux impôts. Il espère obliger les loups à sortir de leur tanière en les attaquant là où cela fait mal : leurs biens et comptes bancaires.

Les électeurs seront appelés aux urnes, sauf imprévu, dans 30 mois. Sithanen a 30 mois pour deliver the goods. Toutefois, une question demeure : comment le parti de Sithanen va-t-il financer sa campagne électorale ? N'est-il pas temps de légiférer pour que ce même argent sale que traque le ministre ne se retrouve pas dans les caisses des partis ? Car, celui qui finance des campagnes électorales s'attend à un légitime retour sur investissement... Retour à la case départ ?

Redisons-le : la prise de position de Rama Sithanen ces derniers jours est très courageuse. Mais, pour que le Grand Argentier réussisse, il lui faut une Mauritius Revenue Authority (MRA) efficace et au-dessus de tout soupçon.

Souhaitons que cette instance ne connaisse pas le même insuccès que l'ICAC, qui, à ce jour, n'a point de trophée important à son tableau de chasse. Un véritable exploit dans un pays où passe-droits et corruption sont légion !

Erick Brelu-Brelu


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