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L'orgue, le roi des instruments

Inventé par le Grec Ctésibios, l'ancêtre de l'orgue remonte au IIIe siècle avant notre ère. Il se nommait : hydraulis. Mais la conception de cet instrument était bien différente de celle des orgues modernes, telles que l'on commença à les fabriquer aux environs des XIVe-XVe siècles. Elles connurent par la suite des développements majeurs, grâce notamment au théoricien Dom Bedos (XVIIIe siècle), et à des facteurs comme Clicquot, Cavaillé-Coll, Silbermann et autres. Voici un bref aperçu des éléments qui font de l'orgue à tuyaux l'instrument prestigieux dont le concile Vatican II a affirmé qu'il «peut ajouter un éclat admirable aux cérémonies de l'Église et élever puissamment les âmes vers Dieu et le ciel». (Constitution sur la Liturgie, no 120).

Le buffet : C'est surtout le «buffet» de l'orgue qui attire le regard, sauf qu'au lieu de contenir la vaisselle, il habille les tuyaux. Les tuyaux que l'on voit s'appellent : «montre» (parce qu'ils se montrent). Mais en fait, il y en a beaucoup d'autres derrière cette façade. Ils sont montés sur le «sommier», qui est le réservoir d'air étanche relié à la soufflerie, puissant ventilateur qui fournit l'air sous pression pour les faire résonner.

Les jeux : On nomme «jeu» une série de tuyaux de la même espèce et ayant le même timbre. Certains tuyaux, en effet, sont faits en alliage de métal (étain, plomb, etc.), d'autres en bois ; certains sont coniques, d'autres cylindriques ; certains sont ouverts, d'autres bouchés à l'extrémité supérieure, ce qui transforme leur timbre et, en doublant la colonne d'air, produit le son à l'octave inférieure.

Il y a trois sortes de jeux : a) les jeux de fonds (fondamentaux); b) les jeux d'anche; et c) les jeux de mutation. Dans les jeux de fonds, les tuyaux sont munis, vers le bas, d'une ouverture appelée : «bouche». Elle est formée d'une lèvre supérieure taillée en biseau, contre laquelle le vent vient se heurter, et d'une lèvre inférieure qui lui livre passage et le conduit du pied du tuyau à son extrémité supérieure pour le faire vibrer dans toute sa longueur (c'est en somme le principe du sifflet). Le son des jeux d'anche est produit par une anche de métal que la pression d'air ébranle (comme celles d'un harmonica) et dont le son est amplifié par des «résonateurs». La sonorité des jeux d'anche est brillante et mordante : trompette, hautbois, clairon, etc. Les jeux de mutation sont des jeux spéciaux qui font entendre les harmoniques, ces sons concomitants que produisent les corps vibrants (une cloche, par exemple). Ces jeux donnent la quinte suraiguë (2.2/3), la tierce suraiguë (1.1/3), etc., selon la série des harmoniques décrits par la science acoustique. Chaque jeu comprend 56 tuyaux, autant que les touches du clavier.

Variété de sonorité

Les tuyaux : Les tuyaux de base sont ceux de 8 pieds. Cela signifie que le tuyau correspondant au Do grave du clavier mesure à peu près 8 pieds (2,50m). Bien entendu, au fur et à mesure que les notes se font plus aiguës, cette longueur diminue. Selon les lois de l'acoustique, les tuyaux de 16 pieds sonnent à l'octave inférieure. On les trouve surtout parmi les jeux associés au pédalier, ce clavier de 30 ou 32 notes qui se joue avec les pieds (d'où son nom). Sur les grandes orgues, on trouve aussi des jeux de 32 pieds, qui sonnent à deux octaves plus bas que ceux de 8 pieds. Vers l'aigu, il y a les jeux de 4 pieds, qui sonnent à l'octave aigu des tuyaux de 8 pieds, et les jeux de 2 pieds qui sonnent à l'octave suraigu. Certaines grandes orgues, comme celles qui furent construites en Angleterre à l'époque de la reine Victoria, ont plus de 120 jeux et quelque 10 000 tuyaux, dont les plus grands mesurent 32 pieds, et les plus petits trois ou quatre centimètres. Mais au XXe siècle, les facteurs d'orgue sont revenus à des proportions plus en rapport avec les dimensions et l'acoustique des bâtiments, églises ou salles de concert.

La console : C'est le meuble que l'on peut considérer comme le «bureau» de l'organiste. Là se trouvent les claviers superposés. D'ordinaire il y en a deux, mais certaines grandes orgues en ont jusqu'à cinq. De chaque côté des claviers, se trouvent les «tirasses» qui ouvrent le passage de l'air aux jeux correspondants pour les faire «parler», selon ce que réclame l'œuvre exécutée et aussi selon les goûts de l'organiste ; c'est tout l'art de ce que l'on appelle : la registration. De plus, les tirasses d'«accouplement» permettent de combiner les jeux d'un clavier à ceux d'un autre. Au-dessous des claviers, le pédalier, dont nous avons parlé plus haut. Ses touches s'appellent : «marches».

C'est cet ensemble qui donne à l'orgue cette grande variété de sonorité qui peut aller du plus doux et recueilli au plus puissant et solennel. Ce qui fait de lui, véritablement, le roi des instruments de musique.

Jean-Claude Alleaume

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