p.5foto1

Drame humain ...ou «fait divers» ?


Il était une fois...

Il était une fois des familles de marins qui vivaient au rythme des départs de leurs proches, maris, fils et pères en campagnes de pêche Départs marqués souvent par l'inquiétude qu'un accident arrive, peur de ne plus revoir l'être cher...

Et l'accident est arrivé un jour de février 2007.Le drame a fait la Une des journaux, certains se sont émus en lisant la nouvelle, puis, au fil des jours, cela est devenu un gros fait divers... Mais le drame était toujours là : les familles, femmes, parents, enfants ne trouvaient plus le sommeil, car impossible de faire le deuil de l'être cher disparu en mer, impossible de regarder l'avenir avec confiance puisque la sécurité matérielle avait disparu... impossible de trouver le sommeil parce que se sentant dans ce malheur, isolés, oubliés... Envie surtout de se recroqueviller, de ne plus penser, envie de pleurer, de hurler ...

Des chrétiens ont entendu le cri, un jour de partage.

Et une mise en route s'est faite. La cour d'investigation est devenue accessible, les familles ont pu aller témoigner de ce qu'elles voyaient et entendaient de ces parties de pêche .Mais leur calvaire n'était pas terminé.

Il fallait aussi subir la pression de personnes n'ayant pas intérêt à ce que l'on dévoile les conditions de travail et de vie sur ces bateaux. La peur a saisi certaines de ces familles qui ont arrêté toute démarche, tandis que d'autres, croyant à la justice dans leur pays, croyant pouvoir enfin dire à notre société ce que personne ne veut voir, ont continué à s'exprimer...

Conditions moyenâgeuses

C'est en rencontrant les personnes touchées par ce drame que nous avons découvert un monde du travail de la pêche moyenâgeux, implacable, prenant des libertés dans l'application des lois, déjà insuffisantes d'ailleurs...

- Skippers non formés ;

- Vérifications professionnelles douteuses des conditions techniques des bateaux ;

- Conditions de vie déplorables : manque d'eau, d'espaces décents pour dormir.

C'est en rencontrant les personnes touchées par ce drame que nous avons pris connaissance des fortes pressions et menaces que ces familles ont subies. Pourquoi ?

C'est en rencontrant les personnes touchées par ce drame que nous avons découvert des familles dignes qui ne veulent pas qu'on leur fasse la charité : elles demandent tout simplement à être rétablies dans leurs droits.

C'est en rencontrant les personnes touchées par ce drame que nous avons ressenti un sentiment de révolte face aux doubles discours et réalités de vie dans notre ile:

- D'un côté, une île Maurice IT, des IRS, des hauts et beaux bureaux de la capitale ; une île Maurice promise à un avenir brillant ;

- De l'autre côté, une île Maurice de ceux qui vivent dans des zones d'habitation qui isolent l'Humain au lieu de lui offrir ce que tout homme a droit : un logement décent, qui rassure et épanouit ; une île Maurice de ceux qui sont broyés par un système éducatif qui ne développe pas l'ensemble de la personne, de ceux qui n'arrivent pas à bénéficier des fonds que le gouvernement a mis dans l'Empowerment Programme... par manque d'accompagnement ; de ceux qui vivent dans un monde du travail temporaire au nom d'une économie profitable. Pour qui? Une île Maurice qui n'est pas capable d'offrir un cadre de travail «high tech» à ces travailleurs de la pêche qui nourrissent nos touristes...

Ce drame des familles des marins disparus nous rappelle tout cela. Et pourtant, il y a pour ces réalités des solutions. Mais faut-il encore qu'il y ait une volonté de nous tous pour :

- Ecouter la réalité des citoyens qui ne sont pas dans le train du développement avant de leur trouver des solutions pansements ;

- Etablir des cadres de travail qui sont au service de la dignité de l'Homme et non le contraire, et cela dans le dialogue et le respect mutuel.

Le drame de ces familles devrait nous réveiller, éclairer nos mentalités d'indifférents permanents... Nous avons dans notre pays tant de créateurs d'énergie, tant de richesses culturelles, tant de traditions millénaires qu'il suffit de mettre au service de l'Humain...

Françoise Lamusse

Présidente de la Commission sociale du diocèse

retour aller