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Famille d'accueil


Un bonheur réciproque

Ils se disent parents, sans pour autant avoir donné

la vie à l'enfant qu'ils ont.

Eux, ce sont

les «parents d'accueil».

Leur geste,

signe d'amour, leur apporte beaucoup de bonheur mais, avoir sous son toit un enfant qui n'est pas le sien est aussi source de beaucoup de soucis.

Judith et Jean-Marc, Diane et Jimmy ou encore Sheila et Mike ont chacun une histoire différente, mais partagent un point commun : le désir d'apporter de la joie à un enfant à qui la vie n'a pas fait de cadeau.

Voilà plus de dix ans que Diane et Jimmy sont mariés et, si les deux s'entendent à merveille, leur bonheur était incomplet : un enfant il leur manquait. Or, il y a deux ans, le hasard leur a fait découvrir l'existence de l'unité responsable de placement d'enfants en familles d'accueil. Quelques mois après, les pleurs de Rudy ­ alors âgé de 11 mois ­ inondent leur maison pour le plus grand bonheur, non seulement du couple, mais aussi de ses proches. «Il est venu combler un vide», partagent Diane et Jimmy.

Déclarer un enfant

Rudy, raconte Diane, n'a pas eu de peine à s'adapter à sa nouvelle vie. Choyé, étant lui-même fort attachant, le petit arriva bien vite à trouver sa place dans la famille. Si au départ, le couple gardait bien en tête que l'enfant était chez lui temporairement, l'attachement qui garndit au fur et à mesure fait qu'aujourd'hui le couple n'a qu'un seul objectif : adopter Rudy. «Quand Rudy est arrivé chez nous, il n'avait pas encore été déclaré. Sollicité, le ministère a fait des démarches pour que ce soit fait. Cela a pris beaucoup de temps, car il a fallu retrouver la maman et insister pour qu'elle le déclare. Heureusement que c'est maintenant chose faite et nous pouvons envisager d'aller de l'avant.»

«Déclarer un enfant, explique Wendy Rose-Gujadhur, coordinatrice de l'unité de Familles d'accueil au ministère de la Femme, est, dans le cas de ces enfants, une démarche longue et difficile. Un enfant ne pouvant être déclaré que par ses parents biologiques ou l'Etat, nous nous faisons un devoir, au ministère, de tout tenter pour que ce soit le ou les parents qui déclarent leur enfant afin que ce dernier puisse à l'avenir connaître ses racines. Un enfant déclaré par l'Etat n'a pas de nom de famille.»

Coup de foudre

Déclarer l'enfant n'est malheureusement pas le seul souci auquel ont à faire face les familles d'accueil. Travailleuse sociale, le regard de Judith croise un jour celui de Magalie, alors âgée de trois mois. C'est le coup de foudre. Elle prend chez elle la petite et cela bien qu'elle ait des ennuis de santé. «Elle avait des problèmes aux bronches. Plus tard, nous avons découvert qu'elle est cardiaque et qu'elle a un problème aux pieds.» Tout cela ne découragea par Judith.

Or, une visite à l'hôpital quelque temps après avoir hébergé la petite, lui est resté en

travers de la gorge. «On m'avait demandé de me rendre avec Magalie à l'hôpital. Me présentant devant le médecin après de longues heures d'attente, ce dernier a manifesté un certain dédain en apprenant que ma fille venait du Shelter. De plus, il a ajouté, après avor pris connaissance des problèmes de santé de la petite : Ou pa ti kapav pran enn lot saki bien !»

Enfant à aimer

Une remarque des plus choquantes pour cette femme, qui n'a vu en Magalie qu'un enfant à aimer, à encadrer et qui dès le départ a commencé à songer à l'adoption. Entre-temps, loin de se décourager par l'attitude de certains, Judith a accueilli chez elle un petit garçon qui a aujourd'hui deux ans et demi. Magalie et lui font le bonheur de sa famille et, comme pour défier ceux qui voudraient marginaliser ces enfants, Judith précise que «ce sont mes enfants et je me battai pour eux». D'ailleurs, voulant régulariser la situation, Judith et son époux ont déjà initié les démarches d'adoption.

Adopter... même s'il est clair dès le départ que le ministère ne place pas ces enfants en famille d'accueil afin qu'ils soient adoptés par ces derniers, bon nombre de couples finissent par opter pour cette éventualité. «Au ministère, nous faisons des placements en famille, renouvelables. Si un couple désire par la suite adopter un enfant, il doit soumettre sa demande au magistrat. Nous ne ferons que soumettre un rapport très factuel sur l'évolution de l'enfant dans cette famille, cela en nous basant sur les informations recueillies lors de nos visites», explique Wendy Rose-Gujadhur.

Judith, qui a reçu l'acte de naissance de Magalie il y a peu, a déjà entamé les démarches. Et la procédure peut s'avérer bien coûteuse. «Déjà, raconte-t-elle, nous avons déboursé Rs 20 000 pour qu'un avoué ouvre un dossier.»

Sheila et Mike, motivés par leurs trois grands enfants, ont accueilli Anaïs, mais préfèrent attendre encore un peu. Cela fait à peine un an que la petite est chez eux et elle n'a pas encore d'acte de naissance. «Nous entamons des démarches nécessaires pour que cela soit fait», explique Sheila. Le couple aura à attendre encore au moins une année avant d'enclencher les démarches d'adoption, car passé le délai de deux ans, si les parents n'ont pas cherché à retrouver leur enfant, ils perdent leurs droits et ne pourront contester la demande d'adoption.

Entre-temps, ils savourent chaque minute passée avec Anaïs, qui est venue apporter un coup de fraîcheur dans une famille où tous les enfants avaient grandi... Bien trop vite peut-être.

Martine Théodore-Lajoie

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