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Alain Fanchon :

«Nous oublions souvent que les premiers concernés par le combat contre la misère sont les pauvres eux-mêmes»

Le monde célèbre ce 17 octobre la Journée internationale du refus de la misère. «Le 17 octobre n'est pas une série d'événements, mais les prémices d'un nouveau «vivre-ensemble» qu'on veut construire, où chacun trouvera sa place sans qu'il y ait des laissés-pour-compte et des exclus», nous dit Alain Fanchon, d'Aide à toute à toute détresse (ATD)-Quart Monde.

A Maurice, nous avons eu et nous avons toujours bon nombre d'initiatives pour combattre la pauvreté, sans que toutefois celle-ci ait reculé de beaucoup. Pourquoi?

A Maurice, comme ailleurs dans le monde, nous oublions souvent que les premiers concernés par le combat contre la misère sont les pauvres eux-mêmes. On croit que s'entourer «d'experts» suffira à trouver les bons choix, les bonnes politiques...

Pour que ceux qui connaissent d'expérience la misère puissent apporter leur contribution, il nous faut créer les conditions de leur participation. Dans des initiatives de réflexion organisées sur la pauvreté, on sent de la bonne volonté manifeste de la part des initiateurs des plus divers. Mais où sont les pauvres ? Comment permettre leur participation, sans transport, sans traduction quand ce n'est pas en créole, sans préparation dans leurs quartiers... ? Quel médecin sérieux écrirait une ordonnance sans parler d'abord à son malade ?

Une autre raison : dans ces rencontres nécessaires avec les plus pauvres, pourquoi le plus souvent s'enfermer dans une relation à sens unique, l'un sachant ce qui est bien pour l'autre, devenu alors un «bénéficiaire» ? Aujourd'hui même, un homme vivant à la rue a signé la «déclaration de solidarité» proposant aux citoyens de marquer leur solidarité avec ceux qui combattent contre tout ce qui enlève à l'homme sa dignité et ses droits. A la fin, il a voulu ajouter cette petite phrase : «Dan domenn povrete, mo kapav ko-opere»,... «ko-opere». Qui est prêt à coopérer avec les pauvres ?

Enfin, «S'unir pour les faire respecter [les droits de ceux qui sont en butte à la misère] est un devoir sacré». Ces mots du père Joseph Wresinski, fondateur d'ATD-Quart Monde, gravés sur la mémoire au Port-Louis Waterfront, sont un engagement indispensable si l'on veut réellement faire reculer la misère, que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle «la plus grande tueuse de l'humanité». Permettre la participation des pauvres et «s'unir» sont les mots clés.

Quel est votre constat de la pauvreté en 2007 ? Comment s'engager efficacement

contre ce fléau ?

Il est évident, d'après la spirale des prix des produits de base, que la vie devient de plus en plus dure. Si cela est le cas pour la classe moyenne, on peut imaginer l'effet que cela a sur ceux qui ont très peu de moyens. Pour éliminer ce fléau, il faut qu'on se dise que la misère est quelque chose d'intolérable ; que c'est aussi une violation des droits humains. Avoir une vision que les opportunités sont là et que les pauvres sont ceux qui ne font pas d'effort pour profiter de ces opportunités  Cela, évidemment, ne nous

conduit pas très loin.

S'engager dans ce combat, c'est prendre le risque de devenir meilleur en se mettant à l'écoute des pauvres ­ non pas de leurs problèmes, mais de leur résistance ­ et dont quelqu'un disait il y a longtemps qu'ils sont «nos maîtres»...

Comment ATD/Quart Monde va-t-il célébrer le 17 octobre ?

Depuis plusieurs semaines, ATD s'investit dans plusieurs quartiers et soutient aussi d'autres ONG qui ont souhaité s'engager aussi dans la préparation du 17-octobre. Il y a d'abord une action avec les enfants : c'est la campagne internationale «Ecoutez-nous et changeons le monde». C'est les enfants qui écoutent l'histoire d'Ono et René : une histoire vraie des enfants de la République démocratique du Congo. Puis les enfants disent comment eux-mêmes dans leur vie quotidienne, ils posent des gestes de solidarité. Ensuite, les enfants font leurs silhouettes sur un tissu ­ car, souvent, ce qu'on voit d'une personne, c'est la forme et non pas ce qu'elle porte dans son cœur. Justement, les enfants écrivent ensuite ce qu'ils ont dans leur cœur et on met leur message dans le cœur de leur silhouette.

ATD vit actuellement des choses formidables et fortes dans ces quartiers avec les enfants et aussi les parents : des mamans qui, en quelques tours d'aiguille, font des beaux habits pour les silhouettes ; les papas qui viennent écouter et aider. Les parents aussi parlent de leur vie et de leur courage.

Toute cette préparation va culminer par la rencontre que nous organisons avec le comité 17 octobre (qui regroupe plusieurs ONG) devant la mémoire aux victimes de la faim, de l'ignorance et de la violence au Port-Louis Waterfront ce mercredi 17 à 15h30.

Au programme : témoignage de personnes luttant au quotidien contre la pauvreté ; intervention de Dheeraj Seethulsing, président de la Commission nationale des droits humains ; prière interreligieuse par les représentants de différents religions ; présentation par les enfants Taporis de leurs «silhouettes» et de leurs messages et animation musicale par ABAIM, les enfants des quartiers et d'autres artistes.

On doit mentionner la participation d'une délégation mauricienne à un séminaire à la mairie de Paris à l'occasion du vingtième anniversaire de la Dalle du Trocadéro. Cette délégation comprendra un membre d'ATD, un représentant des ONG, un représentant des familles qui luttent quotidiennement contre la pauvreté et peut-être le lord-maire, car c'est dans la capitale qu'a été installée une réplique de la Dalle de Trocadéro

Mais le 17-octobre n'est pas une série d'événements, mais les prémices d'un nouveau «vivre-ensemble» qu'on veut construire, où chacun trouvera sa place sans qu'il y ait des laissés-pour-compte et des exclus.

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