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Porte ouverte sur un monde enchanté

Nous sommes nombreux à nous souvenir, avec nostalgie, de nos lectures d'antan. Quand gamins, nous lisions les livres de la comtesse de Ségur et d'Enid Blyton. Certains reprocheront à ces romans de représenter le monde de manière manichéenne, les bons d'un côté, les mauvais de l'autre, les frontières étant bien démarquées et le bien triomphant toujours à la fin.

Mais, ces romans avaient une certaine fraîcheur et avaient le mérite de permettre au jeune lecteur d'y découvrir une morale adaptée à son âge. Car, effectivement, auparavant, la littérature enfantine arrivait à enchanter par une représentation du monde dans laquelle l'enfant trouvait ses repères. Mais aujourd'hui, de nombreux romans sont centrés autour de thèmes imposés par le diktat de l'argent ­ la science-fiction et le surnaturel, véritables phénomènes de mode, font vendre. Banni désormais ce côté «simple» et spontané qui permettait aux jeunes enfants de réfléchir aux choses de la vie.

Ainsi, beaucoup d'entre nous, guidés par nos enseignants, avons lu, au cours de notre adolescence, Zola, Dickens, Cesbron, V.S. Naipaul... Auteurs ayant permis de développer en nous une conscience sociale indélébile, nous accompagnant encore aujourd'hui dans notre vie d'adulte.

Alors qu'auparavant, même ceux qui ne faisaient pas la filière littéraire avaient une culture de lecture, aujourd'hui, certains jeunes ayant opté pour les matières scientifiques ou économiques avouent ne jamais lire ­ sauf ce qui leur paraît «utile» pour les examens. Et il est vraiment dommage qu'aujourd'hui, étudier la littérature puisse arriver à paraître désuet, un has been. L'anglais, en tant que Main Subject en HSC, est même en voie de disparition.

Est-ce justifiable qu'aujourd'hui la littérature a perdu ses lettres de noblesse

? Au contraire, en ces temps où la robotique prend de plus en plus le pas sur l'homme, n'est-il pas indispensable d'accorder de l'importance à la lecture ? Car beaucoup de livres ont un lien avec la vie et nous permettent donc d'appréhender les choses autrement, de développer notre esprit critique.

La récente campagne pour le scrutin du Conseil des étudiants de l'université de Maurice a permis de mesurer, entre autres, l'incapacité de nos jeunes «élites» à exprimer leurs convictions citoyennes et républicaines. Alors qu'ils représentent notre avenir, que nous comptons sur eux pour changer les mentalités, force est de constater qu'ils manquent cruellement de repères. Nous revient à la mémoire cette phrase de Jean Jaurès : «Il ne peut y avoir révolution que s'il y a conscience.» Cette conscience, ou plutôt cette absence de conscience, à quoi est-elle due ?

Les temps sont durs. Dans quelques années, nos réserves pétrolières seront épuisées, modifiant complètement la face du monde. Et le monde capitaliste, tel que nous le connaissons, va probablement changer. Pour être remplacé par quoi ? Une inquiétude qui viendra s'ajouter à d'autres : environnement, maladies, pauvreté, manque d'eau... Nous sommes donc appelés à être encore plus forts pour résister !

L'écrivain Michel Castillo, lors d'un récent entretien à France Inter, faisait ressortir comment, en pleine horreur de la guerre, c'est la magie des livres qui lui a permis de survivre. Oui, tous les férus du livre vous le diront : la lecture nous forge une personnalité, une âme. Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es...

Erick Brelu-Brelu


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