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Alain Doolub : «Ne plus être complice»

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Le Bureau de l'éducation catholique (BEC) vient de lancer un processus afin qu'au primaire, l'apprentissage soit pour l'enfant un plaisir et non une corvée.

«Nous voulons entreprendre des actions concrètes pour montrer qu'il ne faut pas tuer l'enfant pour qu'il fasse son apprentissage. Nous estimons que l'enfant doit pouvoir s'épanouir à l'école et non pas se cantonner à l'académique et à la course aux meilleurs résultats.» Voilà l'objectif que s'est fixé Alain Doolub, responsable de la RCEA, depuis qu'il a pris ses nouvelles fonctions en janvier dernier.

Ne mâchant pas ses mots, le pédagogue ajoute que «nous avons été tout le temps à la fois complices et victimes d'un système qui mutile nos enfants et qui leur vole leur enfance. Aujourd'hui, nous disons que cela suffit.» Et, n'ayant plus foi dans les réformes éducatives - «Dans ce pays on prépare à chaque fois des réformes mais elles ne se concrétisent jamais !» -, mais en reconnaissant néanmoins le bien-fondé de la réforme Obeegadoo, «qui avait commencé à attaquer le problème à la base en éliminant le ranking», Alain Doolub souhaite, avec le soutien de toute son équipe du primaire, se lancer dans une nouvelle pédagogie. «Nous croyons progresser, mais avec l'introduction du grading, un ranking déguisé, nous sommes aujourd'hui back to square one.»

Présence sur le terrain

Conscient que son rêve d'une école où l'enfant serait heureux et épanoui ne pourra prendre vie sans la collaboration de plusieurs partenaires, le secrétaire de la RCEA a visité les 46 écoles primaires catholiques ­ exercice entrepris entre le début du 2e trimestre et la fin du mois de septembre.

Premier groupe à gagner à sa cause : les instituteurs. «Nous avons eu des échanges afin de partager la vision du BEC par rapport à l'éducation. Nous leur demandons de changer leur regard sur l'enfant, sur l'enseignement. Nous aurions aimé qu'ils mettent en pratique ce qu'ils apprennent à l'Institut de pédagogie en matière de pédagogie et de technique d'enseignement.»

Loin de vouloir mettre à la poubelle tout ce que propose le ministère de l'Education, Alain Doolub encourage d'ailleurs ses enseignants à promouvoir le projet Bridging the gap. «Cela va dans le même sens que le programme que nous avions: Getting to know you. Nous encourageons les enseignants à prendre le temps de connaître leurs élèves à travers des activités, par exemple.»

Les HT, pièce maîtresse pour réussir

Tout changement, aussi bien fondé soit-il, ne rencontrera aucun succès dans une école si le responsable de l'établissement n'y adhère pas pleinement. Conscient de ce fait, le secrétaire de la RCEA organise, depuis janvier dernier, des ateliers mensuels de conscientisation et de formation avec les maîtres d'école (HT). «Il est clair, fait ressortir notre interlocuteur, que nous ne pouvons nous permettre d'avoir à la tête de nos écoles des personnes qui ne partagent pas notre philosophie. Ensemble,

nous revoyons ce que nous savons déjà et nous faisons un gros travail de management of pedagogy at school.»

Plus tard, soit aux alentours de novembre, Alain Doolub pense réunir les assistants responsables d'école ainsi que les mentors. «Nous aborderons le Management of primary school avec un module traitant de la pédagogie.» En 2008, ce sera au tour des instituteurs de se regrouper pour une remise à niveau.

Tout en étant conscient de la difficulté de la tâche qu'il s'est fixée, car il s'agit d'apporter «un changement de mentalité en ce qu'il s'agit d'une éducation de qualité», Alain Doolub est bien décidé à aller jusqu'au bout de la mission qu'il s'est fixée. «Nous avons actuellement trois types de mentalités : ceux qui sont pour le ranking, ceux qui sont partagés et ceux qui sont pour une éducation saine. Mon souhait est que l'enfant finit le primaire sans être cassé et qu'on lui donne toutes les possibilités de s'épanouir. En lui donnant plus accès au chant, à la danse, au spectacle, par exemple. D'ici à fin 2008, nous ferons un premier bilan du travail entrepris par le personnel.»

Moins d'élèves par classe

Afin de permettre aux enseignants d'accorder une meilleure attention à leurs élèves, la RCEA a choisi de réduire le nombre d'élèves par classe à partir de la prochaine rentrée. Ainsi, au lieu d'avoir 40 élèves par classe, il y en aura 36. Du coup, le nombre d'admis en Std I sera inférieur aux années précédentes.

Plus d'examens et de bulletins non plus pour les enfants de Std I à III. Une loi qui existait déjà, mais qui n'était pas respectée par tous. Désormais, la RCEA se veut intransigeante. «Nous encourageons le contrôle continu avec portfolio.»

En 2008, les parents seront aussi appelés à être plus participatifs dans la vie scolaire. «Ils seront invités à venir rencontrer régulièrement les enseignants et, à chaque fin de trimestre, une journée portes-ouvertes sera organisée. L'étroite collaboration des parents est essentielle pour la réussite de notre projet.» Des formations seront aussi organisées à leur intention afin qu'ils arrivent à mieux comprendre leurs enfants, l'école et ce que c'est que l'apprentissage.

Par ailleurs, afin de faire barrage à la montée de violence et à l'effritement des valeurs, il est prévu qu'en 2009, un programme, tenant compte des valeurs et éduquant sur la sexualité, soit introduit dans les écoles.

«Nous voulons bousculer les choses, apporter un changement radical. Prouver à l'île Maurice que nous pouvons arriver à d'excellents résultats académiques tout en donnant à l'enfant le droit de vivre son enfance, d'apprendre à son rythme.» Voilà le défi que se donne la RCEA.

Martine Théodore-Lajoie

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