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Steeve Deville


Artiste - envers et contre tout...

«Je suis libre toute la journée, sauf quelques minutes le matin et l'après-midi. Il faut que je quitte ma fille à l'école et la récupère après.» Ainsi se résume la journée du jazzman Steeve Deville. Son métier d'artiste lui permet d'avoir beaucoup de temps libre... même si cela «handicape» ses obligations financières. Mais c'est bien dans cette vie qu'il trouve son bonheur, car si cet homme a bien un besoin vital, c'est bien de vivre de ses convictions... Envers et contre tout.

Blue jeans, T-Shirt noir et large sourire aux lèvres... l'accueil qu'offre Steeve Deville est des plus sympathiques. C'est dans sa maison, jumelée à celle de ses parents, se trouvant au bout d'une impasse à la rue Révérend-Lebrun, Cité-Père-Laval, qu'il nous reçoit. Sa petite maison, pas encore terminée, témoigne de sa modeste condition de vie. L'artiste en a bien conscience, il en parle et n'hésite pas à montrer ses factures impayées. Tel un livre ouvert, le jazzman veut partager. Partager ce qui lui tient particulièrement à cœur: sa vie d'artiste, qui est pour lui à la fois une grande source de bonheur mais aussi la raison de ses déboires.

Vivre de son art, ce désir, ce rêve, cette utopie pour d'autres... il a choisi de s'y accrocher. «Je suis musicien de métier», affirme-t-il, comme pour défier toutes les difficultés qu'apporte ce choix de vie. Car, si son talent de musicien est reconnu, si le niveau de son album Ozé est souligné et sa force de caractère à vouloir vivre de son art saluée, l'homme galère. Et il est conscient de n'être ni le premier, ni le seul artiste dans cette situation.

Sélectif

Refusant de se faire exploiter par des responsables d'animation en milieu hôtelier, très sélectif par rapport à la qualité des textes sur les albums où sa contribution est sollicitée, «exploité» par les propriétaires de pub qui, au courant de ses difficultés, lui demandent de se produire pour des peccadilles, Steeve est loin de crouler sous le travail.

Qu'à cela ne tienne : ces difficultés n'altèrent en rien la joie de vivre de l'artiste. Grâce au soutien de Jennie, sa femme, à la présence d'amis tels que Didier et Nathalie Osman ou encore d'Eric Triton, l'homme arrive à garder la tête hors de l'eau et, surtout, à sourire à la vie. «J'avais organisé un concert il y a quelques semaines de cela. Mes amis et moi avons tout fait de A à Z, et, au final, je me suis endetté gravement, mais je suis heureux», raconte-il, tout en se demandant si son attitude n'avait pas quelque chose de pervers.

La désir d'apprendre

Certes, un homme qui pratique la guitare depuis l'âge de sept ans, qui s'est battu pour se faire un nom dans le monde musical local, qui a travaillé dans d'importants hôtels à Maurice et ailleurs, qui a appris ce métier et qui est toujours habité par ce désir d'apprendre allant même jusqu'à suivre des cours au conservatoire mais, qui n'arrive pas à trouver le bout du tunnel... Or, cela ne semble pas être le cas pour lui. C'est à se demander d'où lui vient cette force de persévérer ? «Je suis catholique, issu d'une famille très pieuse. Je lis les évangiles et c'est un peu de là que j'ai cette force et ce désir d'améliorer mon sort. Dieu donne des raisons d'espérer», donne-t-il en guise de réponse. De ses lectures mais aussi du fait d'avoir côtoyé des prêtres (Jean Chasteau de Baylon, Roger Marie Verbruggen et Robert Jauffret) qui l'ont marqué, à Notre-Dame-du-Rosaire et à St-Patrick, et avec qui il a eu l'occasion d'avoir de longues discussions, Steeve Deville semble avoir découvert la recette de son bonheur : «Vivre dans la vérité. Bien se comporter envers les autres. Se cultiver. Prendre soin de soi. Bref, aimer et s'aimer soi-même.»

Une passionné

Aimer ne serait toutefois pas le mot approprié s'il fallait définir ce qui unit l'artiste à son art. De sa musique, Steeve en est passionné. Des rouages de ce monde et de ceux du spectacle, il en connaît toutes les ficelles : de l'éclairage au balancement de son, en passant par la réalisation de décors et la confection de costumes. Des choses apprises lors de son passage au Club Med de Maurice et de Tunisie. Epoque qui fait partie de ses meilleurs souvenirs.

Méticuleux, l'artiste a pris cinq ans pour terminer son album Ozé. Des textes qui parlent de la vie, de sa vision des choses afin de demeurer fidèle à sa définition de lui-même, «un artiste engagé».

Engagé certes, plein de convictions, sans aucun doute... Mais pour combien de temps?, sommes-nous tentés de nous demander. «Dès que j'aurais terminé ma maison, je prendrai ma femme et mes enfants et je quitterai ce pays», lâche l'artiste à la fin de la rencontre, comme une réponse à cette question.

Martine Théodore-Lajoie

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