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Roche-Bois : la guerre contre l'errance

Voilà plus d'un an que des travailleurs sociaux de Roche-Bois ont initié un travail avec les enfants de la localité errant les rues, ceux fréquemment appelés enfants des rues. Grâce au soutien de sponsors, le travail s'organise sur le terrain et déjà des résultats sont perçus. De quoi motiver encore plus la petite équipe du Mouvement pour le progrès de Roche-Bois (MPRB).

L'origine du programme d'encadrement des enfants de rues de Roche-Bois, projet baptisé Outreach Care Program for Street Children of Roche-Bois, est quelque part lié au démantèlement de l'équipe des éducateurs de rues mauriciens en avril 2006. En effet, devant l'abandon de ce projet, qui pour beaucoup était d'une importance capitale, car il visait à récupérer des enfants qui vivent en déphasage ou qui sont à risque, Véronique Mars, éducatrice de rues de formation, a souhaité implanter un projet similaire à Roche-Bois, sa localité. Désir qui s'est concrétisé grâce, dans un premier temps, au soutien du Mouvement pour le progrès de Roche-Bois (MPRB).

Quatre catégories

«Avant de passer à l'étape qui consiste à trouver des sponsors pour financer le projet, il a fallu recenser les enfants qui allaient en être bénéficiaires», raconte Véronique Mars. Un travail de terrain qui a duré environ une année. De ces investigations, quatre catégories d'enfants ont été répertoriées. Première catégorie : les enfants qui passent 100% de leurs temps dans les rues, y dorment même et n'ont plus de contact avec leurs familles. Deuxième, ceux qui sont constamment dans les rues, mais qui ont toujours des contacts avec leur famille. Troisième, ceux qui sont scolarisés (mais irréguliers) ou qui ne vont pas du tout à l'école et qui traînent souvent dans des quartiers loin de chez eux. Et enfin, quatrième : des enfants, scolarisés ou pas, qui passent beaucoup de temps dans les rues. Deux axes de travail ont alors été établis : l'aide aux enfants qui sont dans une de ces quatre situations, mais aussi la prévention pour ceux qui sont à risque.

A ce jour, l'équipe d'éducateurs de rues de Roche-Bois est constituée, outre de Véronique Mars, de deux autres personnes : Roger Rabemananjara, Malgache à Maurice depuis mai dernier et éducateur de formation, et Willma Moutou.

Pour une meilleure couverture de Roche-Bois, le quartier a été divisé en trois zones, chacune placée sous la responsabilité d'un éducateur. L'étude de ces différentes localités a, plus tard, révélé que les difficultés ne sont pas les mêmes partout.

Ainsi, en zone 3 (Batterie-Cassée et Cocotterie), explique Roger Rabemananjara, «les enfants sont scolarisés mais ne vont pas à l'école régulièrement. Plusieurs raisons expliquent cette situ

ation, dont les difficultés économiques et l'instabilité familiale. Or, les enfants là-bas sont remplis de potentiels, mais, malheureusement, leur environnement n'est pas propice à leur épanouissement».

Familles en difficulté

Du côté de la zone 2 (St-Martin, Passerelle, Eglise, Tuna Fishing), Véronique Mars doit gérer un gros problème : l'oisiveté. «Les enfants ne vont pas à l'école. Ils se promènent aux abords des rivières.» Un problème de scolarisation aussi présent dans la zone 1 (Cité-Roche-Bois, Shell), où toutefois, selon Willma Moutou, un certain nombre d'enfants préfèrent ne pas aller à l'école pour travailler.

Or, s'il y a un profil qui s'adapte à la plupart de ces enfants, précise Edwige Dukhie, coordinatrice du projet, «c'est que bon nombre sont issus de familles en difficulté : parents séparés, drogués, alcooliques. Là où il n'y a pas de structure familiale stable».

Aujourd'hui, le travail des éducateurs est relativement bien rodé et leur présence dans les rues passe presque inaperçue, ceci grâce à un travail minutieux d'approche qui a permis d'établir une relation de confiance tant avec les enfants qu'avec certains parents.

Dans certains cas, le résultat est déjà palpable. «Au départ, nous avions sept enfants qui vivaient dans la rue. Aujourd'hui il n'y en a plus», clame fièrement Véronique Mars. «D'autres ont été scolarisés. Nous aidons aussi les parents qui n'ont pas déclaré leurs enfants à le faire et nous assurons aussi un suivi de ceux qui sont au Rehabilitation Youth Centre (RYC).»

Activités

Parmi les activités qu'organisent les éducateurs à l'intention des enfants : les ateliers pédagogiques. Organisés l'après-midi, ils donnent aux enfants l'occasion de se rencontrer et de s'épanouir dans une ambiance saine. Au total, c'est une centaine d'enfants de 3 à 18 ans qui sont suivis par l'équipe, une quarantaine d'enfants en difficulté et une soixantaine d'autres à risque.

Si le Outreach Care Program for Street Children of Roche-Bois a pu se concrétiser et avoir les moyens d'accompagner ces enfants, c'est grâce aux sponsors : le Rotary Club, l'Union européenne, la Fondation Lagesse, la Fondation Nouveau Regard et la Barclays. Tous ont accepté de jouer le jeu et d'assurer ainsi le financement du projet sur une durée de 2 ans, jusqu'à 2009.

Martine Théodore-Lajoie

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