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Enjeux


Le tourisme, porte ouverte

pour les femmes ?

«Le tourisme, une porte ouverte pour les femmes» : tel est le thème de la Journée mondiale du tourisme, célébrée le 27 septembre dernier. Même si plusieurs secteurs sont concernés- transport aérien, taxis, artisanat, réceptifs... -, le tourisme rime, pour le Mauricien, avec hôtellerie. Bref survol des métiers et de l'évolution des femmes dans l'hôtellerie.

La diversification de métiers que propose le secteur de l'industrie touristique a permis à de nombreuses femmes de devenir de vraies professionnelles, que ce soit dans l'accueil, le service, la restauration, la cuisine ou le management hôtelier. Les autres opèrent, selon leurs aptitudes, autour de ce secteur. Par exemple : l'artisanat ou la couture. Les chiffres officiels publiés l'an dernier montrent que les établissements hôteliers emploient 5 600 femmes et 15 000 hommes ; les restaurants 500 femmes et 1 500 hommes, alors que les réceptifs et tours opérateurs emploient 1 800 femmes et 2 700 hommes. Un employé sur trois du secteur touristique mauricien est donc une femme - infirmant ainsi l'impression que c'est un secteur employant une majorité de femmes, impression due au fait que la majorité des emplois en contact direct avec les clients et le public sont tenus par des femmes.

Maturité et préjugés

Les choses n'ont pas toujours été ainsi. Beaucoup se souviennent des préjugés entourant le travail des femmes au début du développement de ce secteur, dans les années 70-80. Au fil des années, les préjugés ont reculé - et ce dans toutes les composantes de la société mauricienne, plus particulièrement dans les régions rurales. Deux choses expliquent cela. «D'abord, il y a une meilleure connaissance de ce qu'est un hôtel et des services et prestations qui y sont offerts. Ensuite, il y a l'évolution de la société et la place qu'occupent les femmes dans la vie socio-économique», souligne Malenn Oodiah, sociologue. «Aujourd'hui, on se rend bien compte combien l'hôtellerie est bénéfique à la femme mauricienne», remarque Sylvette Dholah, directrice des ressources humaines à l'hôtel Le Telfair Golf & Spa Resorts, à Bel-Ombre. «Ce secteur a permis à la Mauricienne de se libérer et de réussir des diplômes. Même celles ayant arrêté leurs études en F III ou IV ont la chance de se perfectionner en anglais et en français. Tout cela contribue certes à faire tomber les préjugés.» Riche d'une expérience de plus d'une dizaine d'années dans ce secteur, Sylvette Dholah trouve que de nos jours, dans le secteur hôtelier, les femmes n'ont pas peur de s'imposer. La maturité a ainsi pris le dessus sur les préjugés.

S'assumer de plus en plus

Aujourd'hui, la femme occupe de plus en plus une place prépondérante dans l'hôtellerie. Ses qualités innées sont mieux reconnues et sollicitées - accueil chaleureux, sourire spontané, qualités maternelles. En retour, elle veut à tout prix se prouver. Résultat : plus de mobilité professionnelle - donnant ainsi l'occasion aux femmes de gravir les échelons. Par ailleurs, l'hôtellerie est un secteur qui prédispose, de par la nature du métier, à des horaires indus : travail le dimanche, pas de Noël ni de Nouvel An en famille... Mais elles sont nombreuses, aujourd'hui, à accepter ces contraintes et tenter de concilier vie professionnelle et vie familiale. Les femmes s'assument de plus en plus et leur expérience donne envie aux autres de se joindre à ce corps de métier.

Méritocratie ?

L'hôtellerie est-il un secteur Equal Opportunity ? A diplôme et expérience égaux, a-t-on des conditions de travail et des salaires égaux ? A cette question, Malenn Oodiah indique que dans ce secteur, la politique de rémunération est régie par un Remuneration Order et qu'il n'y a pas de discrimination à l'encontre des femmes.

Qu'en est-il dans la pratique pour l'ensemble du secteur ? «Devant l'absence de données, je ne peux me prononcer.» Au niveau du groupe Beachcomber, il concède qu'il y a une politique de ressources humaines reposant sur le principe directeur qu'il n'y a pas de richesses sans des hommes et des femmes. «Nous croyons dans les valeurs modernes de méritocratie, d'égalité d'opportunités et d'expérience. Il existe de nombreux exemples de femmes qui occupent des positions de responsabilités sur la base de leur performance et mérite.»

Sylvette Dholah avoue que les salaires et conditions sont les mêmes pour des emplois subalternes. Mais dès qu'on monte dans la hiérarchie, l'écart s'installe. Il n'y a pas lieu de comparaisons, estime-t-elle, la femme étant complémentaire à l'homme, «avec une intelligence et une sagesse remarquables qui peuvent faire d'elle un très bon manager».

L'avenir des femmes

Avec le recul de l'industrie sucrière et la diminution d'emplois dans le textile, le secteur hôtelier est devenu la principale source d'emplois de femmes sans grandes qualifications académiques. Qu'en est-il de l'avenir des femmes dans l'hôtellerie? «C'est un créneau en pleine expansion. L'avenir ne peut qu'être brillant», estime Sylvette Dholah, qui réaffirme que l'offre d'emplois féminins est en forte progression dans l'hôtellerie : accueil, entretien des chambres, relations clientèle, coin enfants.

Malenn Oodiah demeure très optimiste. Il appartiendra aux femmes de saisir les nombreuses opportunités. La tendance aujourd'hui est qu'on embauche davantage de femmes dans des départements où elles étaient peu nombreuses il y a quelques années encore. «Je pense par exemple à la cuisine. Il faudrait que les organismes chargés de mettre en place des structures d'accompagnement pour faciliter le travail des femmes dans les hôtels poursuivent et approfondissent les programmes qu'ils ont démarrés.»

Idem pour Sylvette Dholah, qui rêve de voir une femme au poste d'Executive Chef en cuisine, poste trop longtemps réservé aux expatriés et depuis quelque temps ouvert aux hommes mauriciens.

Pour Jennifer Wong, N°1 de l'établissement Paul & Virginie, il faut toujours veiller à garder «le sens légendaire de l'hospitalité mauricienne. Etre naturelle et spontanée».

Cependant, la plus grande motivation des femmes travaillant dans l'hôtellerie demeure ce contact humain et cette reconnaissance des clients sur place. Ce «merci» ne peut que faire avancer les femmes, conclut Sylvette Dholah.

Sandra Potié

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