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Jocelyn Grégoire :

«La FCM est tout sauf sectaire»

La Fédération des Créoles mauriciens (FCM) vient de voir le jour et rassemble des organisations et individus militant, entre autres, pour a) que dans la Constitution mauricienne le terme «Creole community» remplace «General Population» ; b) plus de Créoles dans la fonction publique ; et, c) l'accès à une éducation de qualité pour les Créoles pauvres. «La Vie Catholique» a rencontré le père Jocelyn Grégoire pour en savoir plus.

De nombreux Mauriciens ont été surpris de la naissance de la Fédération des Créoles mauriciens (FCM), estimant qu'elle est sectaire, sorte de pendant à la Voice of Hindu...

La FCM est tout sauf sectaire. L'Eglise, pour s'occuper de ses ouailles, a toujours cherché à les rejoindre dans leurs réalités culturelles ­ d'où la Mission catholique chinoise (MCC) pour les Chinois, l'ndo-Mauritian Catholic Association (IMCA) pour les Tamouls baptisés... 80% des catholiques sont créoles. Il est tout à fait normal que le prêtre que je suis s'occupe de cette population.

Est-on sectaire si l'on réclame que l'on ne soit plus classé comme «population générale» ? Il ne s'agit nullement de constituer une force contre une autre force. Il s'agit de rassembler des hommes de bonne volonté disposés à s'investir dans la durée pour une cause : celle de revaloriser une frange importante de la Nation mauricienne longtemps exclue.

Nous voulons œuvrer en faveur d'une prise de conscience des Créoles pour qu'ils participent à la cuisson du gâteau national afin qu'ils puissent en avoir une part. Il faut que le Créole cesse d'attendre des faveurs de l'Etat, de l'Eglise et du secteur privé.

Mais la mission du prêtre n'est-elle pas de s'occuper de l'ensemble de l'humanité ­
et non de «so bann» seulement ?

Très certainement. D'ailleurs, lors de mon ordination, ma devise était : Vaste monde, une paroisse. Mais j'ai été interpellé par l'option évangélique préférentielle pour les pauvres. Non seulement les pauvres matériellement, mais ceux souffrant de contraintes économiques et sociales, dans leur dignité, dans leur culture.

La communauté créole est celle où il y a le plus de prostituées, de drogués, de recalés du

CPE, d'illettrés... Et c'est ce peuple que je vois chaque dimanche à la messe. Interpellé par l'Evangile, ma mission de prêtre est de m'occuper d'eux, sans négliger les autres.

La FCM a des prêtres pour président et vice-président. Cela veut-il dire qu'il n'existe
pas de laïcs capables de prendre des responsabilités chez vos membres ? N'êtes-vous pas en train d'infantiliser les laïcs ?

Un fait : il existe de nombreux intellectuels et laïcs formés chez les Créoles. Mais il manquait des personnes avec le charisme nécessaire pour pouvoir fédérer tout cela. Nous nous sommes retrouvés, Filip Fanchette et moi, à la tête de la FCM à la demande des personnes présentes ­ et ce pour un temps défini. Notre connaissance du terrain et notre capacité de fédérer ont paru importantes aux organisations créoles. Et comme nous ne sommes pas un mouvement politique, cela ne posait pas problème.

Justement, le FCM regroupe de nombreux politiciens et francs-maçons...

Ceux qui sont venus pour créer le FCM le font par conviction, pour défendre une noble cause. Tant qu'ils sont sincères dans leur démarche de nous aider, ils sont les bienvenus.

Gaëtan Duval n'est plus. Serez-vous le prochain King Créole ? Allez-vous abandonner
la prêtrise pour une carrière politique ?

(Grand éclat de rire) Certainement pas. Non ! Et cela pour deux raisons. La première : j'ai été ordonné prêtre à 31 ans et cela a été une décision mûrement réfléchie. Je suis appelé à être prêtre et à mourir prêtre. Mon engagement, c'est dans la durée. Deuxième raison : de nombreuses personnes m'ont fait et me font confiance, précisément parce que je suis prêtre et n'ai pas d'agenda politique. Si je me lance dans la politique, je vais trahir cette confiance et diviser/déchirer ce peuple...

Propos recueillis par


Erick Brelu-Brelu


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