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L'impasse

Actuellement, les autorités s'inquiètent, avec raison d'ailleurs, de la désaffectation de l'étude des matières scientifiques au collège. Afin de remédier à cette situation, le ministère de l'Education compte rendre obligatoire l'étude des sciences jusqu'en F V.

Notre système éducatif mettant l'accent sur la mémorisation, il est aisé de s'imaginer quelles seront l'orientation et la finalité du programme d'études. Il n'aura échappé à personne que le ministère de l'Education entretient jalousement le secret quant aux manuels qui seront utilisés. Si actuellement les différents chargés de cours et chercheurs émérites de nos établissements d'études supérieures passent beaucoup de temps à inculquer à leurs étudiants-enseignants des notions qui feront d'eux d'aussi bons
pédagogues qu'ils ne le sont, ils devraient aussi s'exprimer sur la validité de cette démarche. Nous avons grandement besoin de leur lumière !

Nul ne contestera que dans notre ère technologique, il est primordial de titiller la curiosité de nos jeunes. Cependant, il ne s'agit pas de leur faire suivre des cours barbants dans des manuels obsolètes. Sinon, ceux qui, au départ, montrent peu d'intérêt ou d'aptitudes pour les sciences, en seront davantage dégoûtés.

En France, si les sciences sont enseignées jusqu'en seconde (F V), le but est moins de produire des scientifiques que de donner des outils à chaque enfant pour s'interroger et, éventuellement, de comprendre ce qui se passe autour de lui. Alors que le cursus scolaire français est fondé sur le raisonnement, il ne sert à rien d'exiger de nos élèves mauriciens de réussir à des examens où ils ne se seront contentés que d'apprendre par cœur.

D'autant plus qu'on peut très bien être initié aux mystères de la science de manière ludique : nous n'avons qu'à regarder certains programmes à la télé - C'est pas sorcier, Le laboratoire fou, Bouge ta science et Comment ça marche ? Autant d'exemples qui permettent aux jeunes et aux moins jeunes de mieux

comprendre le pourquoi des choses. De découvrir les sciences tout en s'amusant.

Nous avons tous besoin d'une culture scientifique. Mais, nous attendons-nous, pour autant, à ce que tous nos élèves deviennent des petits Einstein ? La plus grosse lacune de notre système éducatif réside-t-elle dans l'absence de l'enseignement scientifique jusqu'en F V ? Est-ce justifiable de faire de cet enjeu une priorité?

Les statistiques nous indiquent que, d'année en année, le nombre de «6 unités» et de «3A» est impressionnant ! Constatons-nous, parallèlement, un meilleur profil de nos jeunes entrant sur le marché du travail ? Ceux en position de responsabilité, tant dans le public que dans le privé, mettent en avant l'incapacité de nos jeunes à accepter la hiérarchie au travail. Sont également décriés: leur manque de discipline, de courtoisie et de sens de l'éthique. L'important n'est-il pas de leur permettre de sortir du monde livresque et de rote learning pour mieux comprendre les fondements des valeurs humaines ?

Il n'existe pas de remède miracle quant à la situation de notre système éducatif. Mais, un constat demeure : de l'introduction de l'éducation gratuite mal planifiée à la création de National Colleges, des décisions ont souvent été prises à la va-vite, comme mesure électoraliste ou pour masquer les vrais enjeux. Qui en paie les pots cassés ?

Leon Tolstoï affirmait : «De toutes les sciences que l'homme peut et doit savoir, la principale c'est la science de vivre de manière à faire le moins de mal et le plus de bien possible.» Est-ce placer la barre trop haut ?

Erick Brelu-Brelu


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