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Sylvette Paris-Davy


Que brille toujours
l'étoile de Bethléem !

Sa plus grande richesse est l'amour. «C'est cela que je veux donner autour de moi», à ces 500 enfants de 0 à 5 ans qu'elle côtoie chaque jour à l'école et à la crèche Bethléem.

«Je donnerai tout ce que j'ai pour que Bethléem demeure cette étoile brillante.» Tel est le souhait profond de Sylvette Paris-Davy, directrice de Bethléem, institution regroupant trois crèches et deux écoles - avec plus de 500 enfants - ainsi qu'une école de formation pour les jeunes. Sa singularité réside dans sa passion et sa persévérance, elle qui ne peut dissocier son métier de formatrice à sa passion pour les enfants. A travers ses formations, elle a grandement contribué à mieux faire connaître le développement de la petite enfance à Maurice. «La famille et l'enfant vont de pair.»

Son secret : l'amour

A 55 ans, elle peut attester que le désir d'apprendre et le travail mènent loin. Son secret : y avoir mis tout son amour. Après 28 ans à la tête de Bethléem, Sylvette apprécie avec justesse les fruits de sa persévérance. Elle a toujours essayé de progresser dans son métier en développant de nouvelles compétences. Méticuleuse, elle aime le travail bien fait et ne laisse jamais les travaux inachevés. Elle possède un charisme remarquable : celui de se faire écouter. Les gens y prennent goût, spécialement les parents, dont la considération à son égard est plus que valorisante.

Bethléem est pour Sylvette un prolongement de la relation familiale, terreau des valeurs. Son plus grand souci : faire reconnaître l'enfant comme une personne unique avec ses potentiels, besoins et désirs propres. Elle suit avec intérêt et attention son développement et sa croissance. Et insiste beaucoup sur le «vécu» de l'enfant. Son souci est de lui offrir un lieu de vie sécurisant et stimulant où il peut s'épanouir pleinement : physiquement, intellectuellement, affectivement, socialement tout en l'apprenant à être autonome. «La parole humanise. On lui parle. Il a des émotions. Il comprend. C'est cela que je prône chaque jour à l'école.»

Belles images de ses parents

Cet amour et cette reconnaissance de l'enfant, Sylvette la détient de sa mère, Olga, et de son père, Noé. Sa mémoire, d'une finesse remarquable, lui fait remonter dans son enfance. Elle conserve une belle image de sa mère, «maternelle, serviable, aimante, douce», décédée à l'âge de 42 ans. Son père Noé, forgeron, a tout fait pour rapprocher ses enfants autour de lui et de sa belle-mère. «Il communiquait la joie de vivre et les valeurs.» De ses histoires passionnantes, avant la prière du soir, Sylvette en retire ses premières leçons de morale.

Plus tard, Sylvette sent le besoin de transposer l'immense amour reçu de sa mère à ceux qui en sont privés: les enfants hospitalisés. D'où son désir profond d'être infirmière pour la pédiatrie infantile ­ désir qui prendra une autre tournure lorsqu'en 1972, elle s'inscrit aux Ecoles ménagères. Une année plus tard, elle fait ses premiers pas dans la formation de nutrition, puériculture et morale aux jeunes de l'école et aux habitantes

de Cité-La-Cure et Rivière-Noire. N'acceptant pas son départ pour un emploi à la Banque de Maurice en 1976, France Boyer de La Giroday, avec qui elle a tissé une grande amitié, lui propose de «créer un plan de crèche» dont Sylvette sera la responsable.

Naissance de la crèche et de l'école

Le projet de la crèche est soumis au Programme des Nations unies pour l'enfance (Unicef) en 1977. Entretemps, Sylvette poursuit les cours du Joint Child Health and Education Project prodigués sur deux ans ­ cours donnée par des pédagogues danois et Cyril Dalais. La première pierre est posée en août 1978. Le 28 juin 1979, Année internationale de l'enfant, la crèche est fonctionnelle avec vingt enfants. La devise de France Boyer de La Giroday : traiter les enfants comme des enfants. Constatant le sérieux et l'assiduité de Sylvette, cette dernière l'envoie, en 1981, à l'Ecole d'éducateurs de jeunes enfants, à Paris, pour une formation psychopédagogique des 0 à 7 ans - trois ans d'une formation décisive «instructive et constructive» pour le lancement de l'école. Les après-midis, elle prenait des cours de communication et de gestion.

Les défis et la prise de risque caractérisent cette femme déterminée. Février 1984 : retour au pays. Peu après meurt France Boyer de La Giroday. Sylvette poursuivra son œuvre. L'école Bethléem voit le jour dans la même année. Les demandes sont multiples. Janvier 1989, pour garder son premier enfant, Yannis, Sylvette convertit le domicile de France Boyer de La Giroday, à Quatre-Bornes, en une crèche/école qui accueille aujourd'hui 103 enfants. En 1993, l'école de la rue Edith Cavell et la crèche de Tranquebar voient le jour. Aujourd'hui, elles accueillent 270 et 35 enfants respectivement. Depuis janvier 2007, quatre enfants autrement capables sont accueillis à la rue Edith Cavell. Et 110 enfants à la rue d'Estaing, Port-Louis.

France Boyer de La Giroday : son gourou

Cette joie de toujours promouvoir, Sylvette la doit à France Boyer de La Giroday. «Elle m'a ouvert le chemin du succès. Je lui suis toujours gratifiante.» Sylvette a beaucoup voyagé. 1990 : Strasbourg, pour une formation des formateurs au Bureau international catholique de l'enfance. 2001 : Grèce, pour un atelier de travail à l'Association catholique internationale au Service de la jeunesse féminine. 2002 : Tchad, par l'Unicef afin d'assurer des cours aux cadres s'occupant de la petite enfance. 2005 : Paris, pour une formation sur l'insertion sociale. 2006 et 2007 : Espagne et Portugal, pour partager son expérience. Elle est remplie d'enthousiasme afin de redynamiser tout ce que les Ecoles ménagères ont fait pour les jeunes filles.

Son mari, Sylvestre, et ses trois enfants - Yannis, Ann-Kate et Mitchell, âgés de 18, 16 et 13 ans respectivement - sont la source de son bonheur. Elle se dit heureuse de les voir épanouis, sains et heureux. Chaque jour, elle leur transmet les valeurs tout en les rendant autonomes et indépendants. «Qu'ils sachent prendre des risques tout en comprenant les dangers.»

Sandra Potié

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