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Démocratisons plutôt la politique que l'économie

Nos politiciens et nos journalistes de la majorité gouvernementale n'en finissent pas de nous rebattre les oreilles avec un nouveau slogan qu'ils espèrent faire mouche assez longtemps pour assurer la réélection des présents locataires de notre hôtel du Gouvernement. Ce slogan fétiche et même incantatoire, cette formule magique mais litanique, pouvant aussi être une menterie pharisaïque, concerne la démocratisation de notre économie. Honni donc soit qui peut être assez oligarque pour ne pas applaudir aux bienfaits de la démocratie, même quand elle enrobe élégamment le viol de la propriété privée.

Soit nous sommes un Etat de droit, soit nous ne le sommes plus. Etat de droit signifie aussi le respect adéquat de la propriété privée. A cela, des démagogues patentés insinueront que seules quelques familles hyper capitalistes possèdent, à Maurice, les propriétés significatives et donc sucrières. A les entendre, le kilo de lait en poudre réapparaîtra et coûtera de nouveau moins de cent roupies si, demain, ils parvenaient à confisquer les milliers d'arpents et l'usine sucrière que posséderait l'une de ces familles exécrées par eux. Laissons la liberté à certains naïfs parmi nous de croire à de telles fariboles.

Supposons que l'un d'entre nous veuille construire une maison. Il fera ce que nous apprend un charpentier de Nazareth. Il fera ses plans, évaluera le coût des dépenses, vérifiera s'il dispose de l'argent requis pour un tel projet et confiera les travaux à un contracteur et à ses employés. Lequel d'entre nous acceptera qu'à mi-construction, ceux-ci décident démocratiquement de modifier les plans sous prétexte qu'ils disposent de la majorité numérique pour le faire. Les voilà qui décident une chambre en moins pour agrandir le salon ou les toilettes, que le toit ne sera pas en tôle ondulée mais en dalle pentue, que la maison ne sera pas peinte en bleue mais en rouge pour faire plaisir à qui vous savez. Lequel d'entre nous sera-t-il assez stupide pour accepter que ses droits de propriétaire soient ainsi bafoués par de prétendus démocrates ?

Belles promesses

Cela nous entraînera trop loin de disserter plus longuement sur le respect dû à la propriété privée dans un Etat de droit, mais aussi aux limites qui lui sont imposées afin qu'en aucun cas elle n'opère au détriment du bien commun. N'oublions surtout pas que, même si nous ne possédons pas la moindre toise de terrain, nous sommes encore et heureusement libres de choisir les meilleures conditions d'emploi disponibles et même de les améliorer. Lequel d'entre nous ne paniquera pas si, demain, nous apprenons que notre employeur ne sera plus celui que nous avons choisi parce que nous avons confiance en lui, mais un agent politique, choisi arbitrairement par l'hôtel du Gouvernement ? Où est la démocratie de l'économie quand une destination touristique n'est plus sous le possible contrôle

d'une association d'opérateurs et de professionnels de ce secteur pour passer sous celui d'un particulier, peut-être même étranger, fût-il le proche d'un monarque absolu ou presque ? Comment s'étonner ensuite de notre régression aux yeux de Transparency International !

Nos politiciens excellent dans l'art de faire de belles promesses et de grandes générosités avec l'argent et la propriété privée des autres. Ils leur imposent les pires contraintes, parfois même suicidaires, et veulent qu'on les encense pour leurs prétendues bontés pour leurs proches tandis que les plus pauvres d'entre nous s'enfoncent davantage dans la misère et dans la désespérance. Ils sont forts pour exiger des possédants la démocratisation de la gestion de leurs propriétés privées, au risque même d'entraîner des faillites et la perte d'emplois productifs et de gagne-pain irremplaçables. En revanche, ils n'hésitent pas à accaparer, le plus arbitrairement qui soit, le pouvoir politique qu'ils pourraient si facilement et si bénéfiquement déléguer au plus grand nombre possible de citoyens.

Peuple souverain

Tous, nous savons que tous les pouvoirs politiques à Maurice se concentrent entre les mains de ministres réunis en Conseil, sinon entre celles du seul Premier ministre de Maurice, celui d'aujourd'hui comme ceux d'hier et de demain. Ainsi, que peuvent les parents de Chitrakoot si les princes qui nous gouvernent veulent transférer leurs enfants à l'autre bout de la Vallée-des-Prêtres ? Quels pouvoirs restent-ils à un maire ou à un président de district, des élus du peuple pourtant, mais stupidement désignés pour un an seulement afin qu'il vide les lieux au moment où il commence à avoir une idée plus exacte de ce que doit être la saine gestion d'une ville ou d'un district ? Où est la démocratie politique régionale quand un simple froncement de sourcil à l'hôtel du Gouvernement suffit pour qu'un élu du peuple doive céder la présidence d'un district à un plus proche du pouvoir que lui ? Que peuvent faire les impuissants habitants d'un quartier, d'un faubourg, d'un village quand leur localité devient, à leur grande honte, une base connue de trafic de drogue, de prostitution, de pédophilie, de voleurs de tous poils et même de vieille ferraille ? Où est la démocratie politique régionale quand un jeune conclut tristement qu'il ne peut plus rien faire pour son pays ni pour son quartier, tout en sachant que son pays ne peut plus rien faire pour lui, sinon le déshumaniser davantage ?

Ces politiciens et autres idéologues, qui prônent la démocratisation de l'économie qui ne leur appartient pas mais qui refusent jalousement de démocratiser le pouvoir politique qu'ils confisquent au peuple souverain, nous font tristement penser aux pharisiens de l'Evangile. Comme Il a raison, Celui qui les accuse de ne pas mettre en pratique ce qu'ils nous prêchent. Voilà un mantra à ne pas oublier.

Yvan Martial

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