Aux origines du mystère chrétien (2)


La création

de l'homme et de la femme

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Dans l'œuvre de la création, celle de l'homme et de la femme tient une place de premier ordre. Ce que la Bible nous révèle à ce sujet concerne non seulement la «condition humaine», dont nous avons tous l'expérience, mais aussi le salut que nous a apporté Jésus Christ. De plus, en nous faisant prendre conscience de l'éminente dignité de la personne humaine, la révélation biblique éclaire de façon singulière les questions contemporaines de la justice sociale, du respect de la vie, du développement économique, de la politique, de la culture... Nous y trouvons aussi une juste conception du mariage, de la famille et de la sexualité.

Dans son langage symbolique et imagé, interprété à la lumière du Nouveau Testament qui lui donne sa pleine signification, le récit de la Genèse nous dit que Dieu façonna l'homme avec la «glaise du sol», puis insuffla dans ses narines un «souffle de vie» (Gen 2, 7). Seul, l'homme est crée de cette manière. Par la glaise du sol, il est un corps biologique ; par le souffle de vie, il est esprit, «image et ressemblance» de Dieu. L'homme est «corps et âme, mais vraiment un», rappelle le Concile Vatican II (Gaudium et Spes, No 14).

Comme on le sait, il y a plusieurs mots pour désigner l'esprit humain, selon la manière dont on en parle. On parle couramment de l'intelligence et de la raison. On dit aussi la conscience et la mémoire. Dans le sens religieux, on parle de l'âme, qui est le «souffle» de Dieu. Mais c'est toujours du même esprit qu'il s'agit, le creuset où se forme la personnalité de chacun. Le fait est que c'est par notre corps -- par nos sens -- que s'exprime notre personnalité : nos sentiments, nos opinions, nos goûts et préférences, nos talents et notre créativité, et ainsi de suite.

Précieux cadeau

Nos parents nous ont donné la vie, et c'est un précieux cadeau qu'ils nous ont fait. Mais il est clair que l'esprit, qui est d'un ordre absolument supérieur à la matière, même vivante, ne peut provenir des cellules corporelles (biologiques) héritées de nos parents. L'Église enseigne que l'âme de chaque personne humaine est directement créée par Dieu. La personne humaine -- chacun de nous -- est donc la seule créature que Dieu ait voulue pour elle-même. Pour cette raison, elle doit être respectée.

L'Église enseigne aussi que l'âme humaine est immortelle, c'est-à-dire qu'elle n'est pas réduite à néant quand elle est séparée du corps par la mort. En s'offrant en sacrifice sur la croix, Jésus nous a ouvert l'accès au Royaume des cieux. Si nous lui restons fidèles, notre âme sera réunie à notre corps de chair, mais transformé en corps glorieux comme le sien, à la résurrection finale. C'est ce que nous affirmons dans le Credo : «Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle.»

Dans son style symbolique, le récit de la Genèse nous fait comprendre que l'homme et la femme, tels que Dieu les créa, se trouvaient dans un état de sainteté et de justice. Ils vivaient dans l'amitié de leur Créateur. C'était un don gratuit de Dieu, une grâce qui les élevait au-dessus de leur nature. Le concile Vatican II précise que c'était une vraie «participation à la vie divine». (Lumen Gentium, No 2).

Homme et femme

L'égalité entre l'homme et la femme est fortement soulignée aussi. Toujours dans son style imagé, le récit biblique nous montre Dieu faisant défiler devant Adam les animaux qu'il avait créés. A chacun d'eux Adam donna un nom,

mais «ne trouva pas d'aide qui lui fût assortie» (Gen 2, 20). C'est alors que Dieu créa la femme. Dès qu'il l'aperçut, Adam poussa un cri de joie : «A ce coup, s'écria-t-il, c'est l'os de mes os et la chair de ma chair !» (Gen 2, 23). Il venait de trouver une compagne semblable à lui et digne de lui, son égale. Et la Bible de commenter : «C'est pourquoi l'homme quitte son père et sa mère et s'attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair.» (Gen 2, 24).

Après avoir créé l'homme et la femme, Dieu les bénit et leur dit : «Soyez féconds, emplissez la terre et soumettez-la.» (Gen 1, 28). C'est donc le Créateur lui-même qui a institué le mariage et la famille, «à l'origine de la création» comme le rappelle Jésus (Mc 10, 6). Et il les a bénis. Nous comprenons aussi qu'en se donnant librement l'un à l'autre dans le mariage, les époux font naître une réalité nouvelle, une institution nouvelle : ils forment un couple uni par Dieu. «Ils ne sont plus deux», ils s'appartiennent (cf. 1 Co 7, 4). Et leurs relations sexuelles, où s'exprime totalement ce don mutuel fondé sur leur amour, font vraiment d'eux «une seule chair» (Gen 2, 24 ; Mc 10, 8). -- La traduction: «ils ne font qu'un» n'est pas correcte, le mariage n'étant pas une fusion de personnes. Le mariage est une alliance et non pas un alliage !

De cet enseignement de la Bible sur la grandeur du mariage découle un certain nombre de points concernant la sexualité. D'abord, que Dieu l'a voulue et l'a trouvée bonne. Il l'a voulue pour l'épanouissement des époux, de sorte qu'elle est liée au mariage et ne doit pas en être dissociée. Pour cette raison, chacun doit respecter son corps et celui des autres. En effet, le corps n'est pas «quelque chose» qui appartient à quelqu'un, il est la personne elle-même. Face à certaines pratiques médicales de procréation dites «in vitro», l'Église maintient que les époux ont le droit exclusif de devenir, l'un par l'autre, père et mère de leurs enfants.

Unité du genre humain

Le récit de la Genèse affirme très fortement aussi l'unité du genre humain. D'une part, à l'origine de l'humanité nous trouvons un seul couple, Adam et Ève, «la mère de tous les vivants». (Gen 3, 20). D'autre part, hommes et femmes sont tous créés à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gen 1, 26). C'est dire que le racisme et le «communalisme», comme nous disons, sont des offenses au Créateur.

En créant l'homme et la femme à son image, Dieu leur a donné des droits imprescriptibles que nous appelons «les droits fondamentaux de la personne humaine». On les appelle aussi «Les droits de l'homme». C'est Dieu qui est le fondement de ces droits. Ils sont inhérents à la nature humaine, et c'est pourquoi ils sont universels. Parmi ces droits, le droit à la vie est primordial. Il est à la racine de tous les autres.

Puisque c'est lui qui donne l' «être» à toutes choses, Dieu seul est maître de la vie. Tout être humain est créé «à son image et ressemblance», et Dieu intervient, comme nous l'avons vu, pour créer l'âme de chacun. De ce fait, chacun de nous est, pour ainsi dire, sorti des mains de Dieu. Chacun est aimé de Dieu pour lui-même. C'est une des raisons pour lesquelles l'Église maintient que l'avortement est un crime odieux perpétré sur un petit être innocent.

Jean-Claude Alleaume

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