Harry Booluck :


«Il est trop tôt pour éclater les pétards :
les régimes de coupures vont encore durer »

Le directeur-général de la Central Water Authority (CWA), Harry Booluck, fait le point sur nos réserves en eau. Les récentes pluies permettent certes de respirer, mais l'effort vers une «utilisation judicieuse de l'eau» doit se maintenir.

Les pluies de ces derniers jours ont dû vous ramener le sourire aux lèvres...

Les récentes pluies sont certainement les bienvenues. Surtout avec la sécheresse qui frappe le pays. Le niveau d'eau dans nos réservoirs présentement est aussi alarmant qu'il l'était en 1999 - année de la pire sécheresse de notre histoire. Mare-aux-Vacoas n'avait que 40% de sa capacité de stockage. La situation des nappes phréatiques était tellement alarmante que les autorités ont dû prendre la décision d'en fermer certaines. La pluie nous permet certes de respirer un peu. Un certain nombre de Mauriciens peuvent se dire : «Lapli inn tombe, la sesres inn fini». Mais, nous allons maintenir encore les régimes de coupures. Et il faut toujours éduquer la masse pour une utilisation judicieuse de l'eau.

Quelles sont justement ces «conditions de sécheresse» ?

Il ne pleut pas suffisamment. Le niveau des réservoirs est bas et n'augmente pas de façon suffisante. Les nappes phréatiques ne se rechargent pas régulièrement ; il y a certes des améliorations, mais elles ne sont pas suffisantes.

Peut-on quantifier l'amélioration apportée par les dernières pluies ?

En temps normal, nos besoins en eau sont pris en compte à 45% par les réservoirs (surface water) et à 55% par les nappes phréatiques (underground). Certes, il a beaucoup plu ces derniers temps, mais ce n'est pas encore suffisant. Il est certainement trop tôt pour éclater les pétards

Qu'en est-il des régimes de coupures ?

Nous espérons que Dame Nature va nous gâter encore. Nous allons certainement hériter encore d'un peu de pluie dans les prochaines semaines. Mais les régimes de coupures vont certes continuer. Nous ne pensons pas entreprendre d'actions plus drastiques dans l'immédiat. Les choses s'améliorent petit à petit ; souhaitons qu'elles se maintiennent. Nous espérons ne pas arriver aux réalités de 1999 : d'abord, des coupures deux fois par jour ; puis une fois. Il fallait faire durer le peu d'eau dont nous disposions.

Qu'en est-il de l'éducation des consommateurs ? Les Mauriciens sont-ils conscients qu'ils seront de plus en plus obligés de compter avec la sécheresse ?

Grosso modo, la grande majorité des Mauriciens le sont. Mais comme dans n'importe quelle société, il y a un certain nombre qui fera le difficile. Quand vous parlez de sécheresse, ils vous répondent : «Mais quelle sécheresse ? Nous sommes entourés d'eau!» D'autres vous parleront du gaspillage d'eau, des réservoirs remplis... D'autres, encore, exigent l'eau dans leur robinet et refusent l'eau des camions-citernes... D'autres disent : «Presyon par robine pa ase ! Mo bizin bel presyon...»

Nous n'entrevoyons pas de campagne agressive comme dans le passé. Je me rappelle qu'en 1999, la CWA avait engagé un consultant pour sensibiliser les Mauriciens à la chose.

N'est-il pas temps d'exploiter de nouveaux horizons avec le dérèglement climatique et ses inévitables sécheresses ?

Les statistiques des années 1800 à ce jour démontrent définitivement une baisse dans la pluviométrie. Cela ne sera pas sans conséquence pour nos réservoirs et nos nappes phréatiques. Nous ne voulons pas laisser d'héritage catastrophique à la prochaine génération. Aussi, nous travaillons sur plusieurs mesures préventives.

Je pense, entre autres, à des forages beaucoup plus profonds : entre 150 et 300 mètres. Les experts ont balayé nos craintes de rencontrer, ce faisant, l'eau de mer. Nous avons des projets de barrage pour capter l'eau. Entre autres, le

Bagatelle Dam, dans les environs de Highlands, soulagera Marie-aux-Vacoas Lower et Port-Louis Sud. Il faut aussi revoir les lois gouvernant les «droits d'eau» privés, qui datent souvent de plusieurs siècles, et exploiter au maximum ceux que détient la CWA.

Au rythme du développement actuel, la demande en eau dépasse la capacité d'y répondre. Aussi, nous comptons exiger des gros chantiers de développement - hôtels, Integrated Resorts Schemes...- une station de désalinisation.

Beaucoup de Mauriciens imputent nos problèmes d'eau au fort taux de «perte d'eau» ou de «déperdition». Qu'en est-il au juste ?

Je ne suis pas d'accord avec cette analyse. La perte de 40% à 45% ne signifie nullement que ce volume d'eau disparaît dans la nature. Si la CWA perd 40 à 45 % pour cause de fuites dans les tuyaux, il s'agit pour une bonne part de non revenue water. Cest-à-dire : nous produisons l'eau, mais ne la vendons pas. Soit à cause de vol d'eau, de compteurs défectueux, de magouilles pour capter l'eau avant le compteur...

Et comment résoudre ces problèmes ?

Nous avons un projet de Rs 900 M, financé par la Banque européenne d'investissement (BEI), pour l'achat de 100 000 compteurs et la réfection du réseau de distribution, vieux de 45 ans. Nous comptons aussi recruter un expert pour coordonner ce projet. La BEI a déjà quelqu'un dans le collimateur. Mais celui-ci tarde à donner son accord. Je l'ai mis au pied du mur : il faut qu'il se décide rapidement. Nous avons la volonté de prendre les taureaux par les cornes et nous allons nous y mettre dès cette année.

Quid de la collaboration entre la CWA et la Water Resources Unit ?

Le traitement et la distribution d'eau relèvent de la mission de la CWA. La Water Resources Unit - qui sera demain la Water Resources Authority - a pour responsabilité les ressources en eau. C'est-à-dire, planifier nos futurs besoins et dégager des moyens pour les atteindre.

Parlez-nous de la distribution d'eau à travers l'île ?

Mare-aux Vacoas, le plus grand réservoir, dessert la station de traitement de La Marie. Ce dernier dessert la quasi-totalité des Plaines-Wilhems : Curepipe, Vacoas, Floréal, Quatre-Bornes, Rose-Hill, Beau-Bassin... Ces régions sont aussi alimentées par les nappes phréatiques. L'eau de La Marie va aussi à 16e-Mille, Midlands, Quartier-Militaire, Vuillemin, Bonne-Veine, L'Avenir, Nouvelle-Découverte et Moka.

L'eau du Midlands Dam est traitée à La Nicolière qui, lui, dessert le Nord. Pendant la période de sécheresse, cette eau était aussi dirigée vers une partie de l'Est et Port-Louis Nord, à travers Pont-Praslin.

Nous avons des réservoirs moyens. Par exemple, Piton-du-Milieu dessert la côte est : St-Julien, Camp-Thorel, Lallmatie, Bon-Accueil, Bel-Air, Trou-d'Eau-Douce... Une partie de l'eau de ce réservoir est dirigée vers Beemanique, Rose-Belle...

Le Treatment Plant de Mont-Blanc purifie l'eau des rivières qui, elle, est canalisée vers Surinam, Chemin-Grenier et Baie-du-Cap. Alors que le Treatment Plant de Rivière-du-Poste prend en compte les besoins des habitants de Souillac, une partie de Rose-Belle, Plaine-Magnien, Rivière-des-Anguilles et St-Aubin.

L'eau de la côte ouest provient d'Hollyrood et elle est stockée à Trois-Mamelles, où nous avons deux réservoirs de grosse capacité. Une partie de l'eau va vers Route-Bassin, La Louise, Route-Palma, NHDC Palma, le village de Palma, Beaux-Songes. Bambous et une partie de Flic-en-Flac est alimentée à partir du réservoir de Beaux-Songes.

Le tuyau de Magenta, à partir de Trois-Mamelles, alimente Tamarin et Rivière-Noire. Une pompe à Yémen alimente le réservoir de Bois-Puant pour desservir Petite-Rivière-Noire, Case-Noyale, La Gaulette, Coteau-Raffin et Le Morne.

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