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Daniel Merven


Une vie à la hauteur de ses privilèges

Loin d'être uniquement une affaire de profession, Daniel Merven a choisi de faire de l'enseignement l'essence même de sa vie. Sa détermination, son sens du travail bien fait et surtout sa grande modestie ont marqué et interpellent toujours ceux qui croisent sa route. Retraité de l'éducation catholique depuis la fin de l'année dernière, Daniel Merven savoure son temps libre tout en songeant à se mettre au service des jeunes de sa paroisse. L'homme est infatigable et l'éducation, sa passion de toujours.

Pour Daniel Merven, quand on reçoit de la vie, il faut en faire profiter aux autres également. Et, se considérant privilégié, c'est tout naturellement qu'il a pendant toutes ces années mis ses connaissances et sa bonne volonté au service des autres. «J'ai eu beaucoup de privilèges», déclare-t-il. «Celui d'être issu d'une famille aisée, mais simple et très croyante. Ma mère a été un modèle de foi. J'ai aussi eu un encadrement catholique grâce à l'école que je fréquentais. J'ai eu la chance de faire des études universitaires. J'ai une bonne santé et une intelligence normale. J'ai une épouse qui m'apporte beaucoup et quatre enfants qui m'aident à grandir. J'ai un réseau d'amis de toutes les classes sociales. J'ai beaucoup reçu à travers les diverses formations que j'ai eues et je continue à me former à travers les rencontres que je fais, les sessions auxquelles j'assiste et les livres que je lis.»

Ses débuts dans le monde de l'enseignement, Daniel Merven l'attribue à un accident, le fruit du hasard. «Après avoir terminé ma licence en français et l'histoire de l'économie en Afrique du Sud, j'ai voulu trouver de l'emploi sur place. Je n'avais pas du tout considéré l'enseignement jusqu'à ce que je tombe sur une petite annonce disant qu'on recherchait un enseignant de français. J'ai postulé et décroché l'emploi.» Ce sera le coup de foudre ! En une semaine, Daniel Merven a été conquis à jamais : il avait finalement trouvé sa place, sa vocation. «J'ai découvert que l'enseignement permet de partager ses connaissances avec les autres et d'avoir un feed-back presque immédiat. C'est certes un métier exigeant, mais aussi très gratifiant.»

A l'exemple des frères Rémi et Anthony

Après avoir enseigné pendant deux ans en Afrique du Sud, suivi d'une spécialisation en pédagogie à Paris, Daniel Merven rentre à Maurice. On est en 1975. Pendant une année, il travaille à mi-temps au collège du St-Esprit et au collège de La Confiance. En 1976, il est recruté comme enseignant à plein temps au sein de l'établissement beaubassinois. Il y restera vingt-cinq ans où, après avoir été enseignant de français, de littérature française et de catéchèse, secrétaire de la PTA et coordinateur de l'orientation professionnelle, il est appelé à agir d'abord comme principal, puis comme recteur.

De ces années passées au collège de La Confiance, Daniel Merven en garde de très bons souvenirs et une satisfaction particulière en ce qu'il s'agit de la création de l'Ecole de forma

tion à l'apprentissage. «C'était une structure en dehors du cadre administratif de l'école, mais totalement intégrée à l'école et où l'attention était tournée vers les élèves ayant des difficultés académiques. Ces classes ont par la suite beaucoup aidé au développement du prévocationnel.»

D'autre part, durant son passage à la tête de cet établissement, Daniel Merven s'est fait un point d'honneur de poursuivre dignement l'œuvre des frères des Ecoles chrétiennes en consolidant la communauté éducative créée par le Fr Rémi et la «rigueur administrative» du Fr Anthony.

En 2001, approché par l'évêque, Mgr Maurice E. Piat, Daniel Merven est invité à prendre la tête du Centre de formation pour éducateurs (CDFE). Là encore, rigueur et esprit d'initiative seront parmi ses maîtres mots. Ainsi, durant les cinq ans qui suivirent, Daniel Merven se chargea de mettre plusieurs formations à la disposition des éducateurs, dont le Master of Educational Leadership de l'Australian Catholic University «Cette formation a été une intuition forte de l'évêque. Une trentaine de personnes en ont bénéficié, dont des personnes qui se retrouvent aujourd'hui à des postes de responsabilité au sein de l'Education catholique.» Daniel Merven a également aidé à consolider les classes prévocationnelles, à élaborer le concept des Mixed Abilities et à introduire le Kreol au prévocationnel, entre autres. «Tout ce qui a été accompli, précise notre interlocuteur, est le résultat d'un travail d'équipe, fait dans le respect de chacun. Il est très difficile de faire les choses seul.»

Service d'orientation professionnelle

Si ses nombreuses responsabilités ne lui ont pas toujours permis d'avoir énormément de temps libre, Daniel Merven a toutefois toujours tenu à rester proche de sa famille et de ses amis. Proximité et soutien ont été le ciment de ces relations. D'ailleurs, l'une de ses satisfactions personnelles est «d'avoir pu rejouer au foot au plus haut niveau huit mois après avoir eu un accident où j'avais eu le fémur fracturé, ceci grâce à l'aide de mes amis très proches. Le sport, soit dit en passant, occupe une place importante dans ma vie. C'est un lieu d'éducation par excellence. J'ai joué au foot au collège et à l'université, au plus haut niveau en amateur».

Désormais à la retraite, notre interlocuteur se consacre à sa famille, à ses amis et à ses sports. Toutefois il songe aussi à se mettre au service de sa paroisse, Ste-Hélène (Curepipe), notamment en instituant un service d'orientation professionnelle, qui aiderait les jeunes de la localité à faire leur choix professionnel.

«J'aimerais, confie Daniel Merven, qu'on puisse dire à la fin, comme ce journaliste qui dit à la mort de Mme Edgar Faure : Il a vécu à la hauteur de ses privilèges.»

Propos recueillis par
Martine Théodore

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