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Rita Venkatasawmy, directrice du CEDEM:

«L'Etat a un droit de regard
sur les crèches; il doit être strict
et ferme quant au cadre physique»

Le décès d'un bébé de 16 mois, Clénaelle Bégué, écrasée sous une «flush door» suscite des questions quant aux conditions dans lesquelles opèrent certaines crèches. Rita Venkatasawmy, directrice du Centre d'éducation et de développement des enfants de Maurice (CEDEM), fait ici le point.

Quel a été votre sentiment en apprenant le décès de cet enfant ?

Beaucoup de tristesse ! C'est vraiment catastrophique de porter un enfant pendant neuf mois, de le voir grandir, s'épanouir, puis de le perdre alors qu'il était en bonne santé. Je pense que les parents ­ en particulier la maman - ont besoin du soutien de chaque citoyen mauricien pour les aider à se remettre. Je suis aussi triste pour le personnel qui encadre cette crèche. Il est facile de blâmer, de pointer du doigt, de critiquer, de juger. Je ne connais pas vraiment les dessous de l'affaire et préfère ne pas me fier uniquement à ce qu'en dit la presse. Je crois profondément qu'il faut aller en profondeur avant de porter tout jugement de valeur.

Quelles sont les lacunes que vous notez
au niveau des crèches/garderies ?

D'abord, il faut préciser que ce secteur du Early Childhood Development est sous la responsabilité du ministère de la Femme, du Bien-être de la Famille et du Développement de l'Enfant. La lacune principale dans ce secteur réside dans le monitoring. A cet âge, les enfants sont des plus vulnérables et il faut être des plus vigilants. Dans ce sens, l'État a un droit de regard ; il doit être strict, rigoureux, ferme quant au cadre physique et ne pas délivrer des permis d'opération à moins d'être pleinement satisfait. Se pose aussi la possibilité de financement des crèches/garderies. Il existe, hélas, des couches socioéconomiques qui ne peuvent accéder à des crèches de bonne qualité. Pourtant, tel ne devrait pas être le cas.

Est-ce à dire qu'il faudrait davantage d'implication de l'État dans ce secteur,
porté aujourd'hui entièrement par le privé ?

L'idéal serait que toutes les garderies en arrivent au même niveau ; qu'il y ait une standardisation pour le mieux. Qu'il n'existe plus des garderies à Rs 400, Rs 800, Rs 1 000 et d'autres à Rs 5 000. Pour ce faire, il faudrait que l'État, mais aussi le privé, jouent le rôle de facilitateur. La finalité est de donner à chaque enfant a good start in life. Ce ne sont pas là de vains mots : tout parent, quelle que soit sa situation financière, doit pouvoir ­ bien évidemment avec le soutien de l'État et du privé ­ réaliser cet objectif élémentaire. Il faut aussi une réorganisation de ce secteur. Et il est vraiment dommage qu'on attende que des enfants meurent pour réfléchir sur des problèmes fondamentaux et enclencher des actions.

Cette participation active de l'État, est-ce vraiment réaliste ?

J'y crois. Il suffit d'avoir la volonté politique. L'État doit donner le ton. Je ne dis pas que l'État doit gérer toutes les garderies du pays; ce n'est d'ailleurs pas son rôle, car n'étant pas un service provider. Mais il doit absolument donner une direction et assurer le monitoring.

Quid des horaires de fermeture des garderies pas toujours en phase avec les réalités, dont ces mères de familles [et aussi pères] qui travaillent au-delà de 17h00 ?

C'est vrai que sur un plan pratique, cela pose d'énormes problèmes aux parents. Mais sur un plan purement éducatif, pédagogique, je dirais que l'heure de fermeture pratiquée actuellement est un blessing in disguise. Pour un enfant, être dans une crèche de 7 à 17h00 est effrayant. Surtout pour ces trop nombreux bébés/enfants qui passent toute la journée dans leurs bers. Au CEDEM, nous préconisons la mise en place de réseaux de familles d'accueil pour les bébés. Des familles qui feraient office de nounous, comme en France. Nous sommes pour le développement de cette culture, soutenue, bien entendu, par un cadre juridique.

Propos recueillis par


Danièle Babooram


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