un jeune en passant par un autre jeune. D'autre part, si un jeune qui vit l'abstinence ou la fidélité vient en parler à d'autres jeunes, son message passe mieux et son témoignage est plus crédible. Les jeunes ont besoin de témoignages vivants.

Parlant des jeunes justement, y a-t-il un suivi
de ceux qui bénéficient de votre formation ?

A Eva, nous formons des gens, des enseignants par exemple, pour qu'ils éduquent les jeunes. Malheureusement, beaucoup de ces personnes n'ont pas un temps régulier à accorder à la formation sur la sexualité. Or, avec les jeunes, il faut toujours revenir sur certains points, car au moment de la formation, ils ne retiennent que ce qui les intéresse sur le moment, que la réponse à la question qu'ils se posent. Il faut donc garder contact. Le jeune se questionne tous les jours et il a besoin d'un guide pour l'aider.

Dans les groupes aussi, à l'exemple des Groupes 40, où des cours d'Eva ont été proposés, il est bien d'avoir de temps à autre un petit recyclage.

D'autre part, il ne faut pas attendre que survienne un problème pour chercher à former les jeunes. Nous espérons donc qu'avec la régionalisation et les personnes qui seront formées, nous pourrons garder un meilleur contact avec la jeunesse.

Comment réagissez-vous à l'absence de classes d'éducation sexuelle régulières
et structurées dans les écoles et collèges ?

C'est bien dommage. Dans les collèges catholiques, par exemple, ceux qui font de la catéchèse cèdent un peu de leur temps pour les classes d'éducation sexuelle. Il y a des enseignants qui essaient de s'organiser, mais il n'y a pas de temps, dans le programme éducatif mauricien, alloué à ce sujet.

A Eva, nous poursuivons la formation le lundi matin. Chaque année, vers la fin d'octobre, nous envoyons les fiches d'information et d'inscription pour les cours qui débutent en janvier prochain. A chaque fois, le ministère de l'Education nous a remerciés pour le courrier tout en nous laissant savoir qu'il n'allait déléguer personne.

Or, nous avons déjà accueilli des membres de la force
policière, du personnel de la Family Protection Unit et bien évidemment des enseignants des collèges catholiques et privés. Le MGI, par exemple, nous envoie régulièrement du monde.

Environ combien de personnes ont pu être formées
depuis la création du centre ?

De 1990 à ce jour, nous avons eu quelques 800 personnes, toutes confessions

religieuses confondues. Nous accueillons aussi des personnes au profil divers : enseignants, femmes au foyer, éducateurs, policiers, travailleurs sociaux, grands-parents...

Le programme proposé a-t-il été modifié au fil du temps ?

Effectivement. Il y a eu des modules comme «La connaissance de soi», «La lecture d'images» qui ont été retirés du programme. D'autres comme «Le sida», «L'homosexualité» ont fait leur entrée. Nous modifions nos programmes selon ce que vit notre société, mais aussi selon les besoin du public ciblé.

La durée de formation a aussi changé. Si autrefois nous offrions des cours de 15 mois, on s'est rendu compte qu'aujourd'hui les gens ne sont plus intéressés et n'ont plus de temps pour cela. Nous nous limitons donc à une année scolaire seulement.

Quelles sont les tranches d'âges ciblées ?

Tout dépend ! Il y a des écoles primaires qui font appel à nous pour des élèves de Std III. Je pense même qu'il faut commencer à éduquer dès le Std I. Attendre que l'enfant soit en Std IV ou Std V est déjà trop tard. Exposé à la télé, à l'Internet et à d'autres influences négatives de notre société, sa vision de la sexualité est déjà déformée et, plus on attend, plus la reconstruction devient difficile. Cette réalité ne touche pas seulement les enfants qui vivent dans une grande promiscuité, mais aussi ceux issus de familles aisées.

Qu'est-ce qui distingue Eva des autres organismes
formateurs se trouvant dans le même créneau ?

A travers les cours que nous proposons, nous visons à éduquer la personne et non pas à la former uniquement. Eduquer signifie dans ce contexte un changement qui viendra du fait que la personne aura été touchée dans son être. Nous ne nous limitons pas à l'intellect, mais nous proposons à la personne une voie pour qu'elle grandisse harmonieusement dans son corps, dans son cœur et dans son esprit.

Propos recueillis par


Martine Théodore-Lajoie


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