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Père Pierre Cibambo


Influer là où les décisions,

souvent injustes, sont prises

Sa force, il la puise de l'Évangile. De son message d'amour, de solidarité, de partage, de respect d'autrui, de la nature, de l'environnement... Autant de valeurs que le père Pierre Cibambo, basé depuis sept ans à la Cité du Vatican, retrouve dans sa mission de responsable du Service Afrique de Caritas Internationalis.

D'origine congolaise, le père Cibambo a été efficacement préparé à cette tâche. Outre la théologie et la philosophie, ce prêtre de l'archidiocèse de Bukavu a également étudié les sciences économiques, politiques et sociales à l'université catholique de Louvain, Belgique, et décroché un diplôme en Résolution des conflits de l'institut canadien de résolution des conflits, à Ottawa.

Un bien joli palmarès auquel vient s'ajouter «une bonne expérience de terrain» au service du bureau de développement de Caritas de son pays et dans la gestion de la crise suite au génocide rwandais. Une étoffe certaine, une solide formation humaine et intellectuelle, l'expertise nécessaire, une connaissance adéquate de l'Afrique qui expliquent, selon lui, l'appel du secrétariat général de Caritas Internationalis en sa direction.

Vaste chantier

Sa mission : un vaste chantier. Assurer l'accompagnement, la coordination des 162 organisations-membres, réparties dans 45 pays au sud du Sahara. Et ce, dans le strict respect de l'autonomie des membres. «Chaque organisation-membre pense et conçoit son projet, définit et élabore ses priorités, mobilise ses ressources pour les concrétiser», aime-t-il à répéter.

Autre axe «passionnant et prioritaire» de son action : la plaidoirie internationale. Car, il ne «s'agit plus aujourd'hui de jouer aux pompiers, mais surtout d'influer là où les décisions, souvent injustes, sont prises. De se faire la voix des sans-voix. De dénoncer aussi par moments tout ce qui s'avère inacceptable et irrespectueux dans les relations internationales».

Une prise de parole qui se fait en partenariat avec d'autres organisations catholiques ou de la société civile. Et qui amène notre interlocuteur à s'estimer «pleinement heureux» de travailler pour une organisation qui ne fait pas que de l'assistanat et le secours d'urgence sa raison d'être. Et membre d'une Église «au discours crédible» en termes de solidarité, de justice sociale et d'empowerment.

Discours crédible

Ce, à travers son engagement sur le terrain social, son attention aux plus défavorisés, sa lutte contre les injustices, les exclusions... «Caritas ne peut être séparée de l'Église locale et vice-versa. Caritas, c'est l'Église en action.»

Pleinement enraciné dans son continent natal, le père Cimambo regrette que «l'Afrique soit présentée comme un continent à problèmes». Avec crises, désastres naturels, conflits sanglants... «Il ne s'agit pas d'ignorer cette réalité, insiste-t-il. Mais il faut faire l'effort d'en comprendre les causes réelles et profondes afin de pouvoir y remédier et faire de la résolution pacifique. Derrière ces conflits et autres désastres naturels, souvent s'y trouvent un brin de folie humaine et beaucoup d'exploitation éhontée des ressources naturelles. C'est triste à dire, mais les pays

qui souffrent le plus de conflits sont ceux qui possèdent le plus de ressources naturelles. Le Darfour, c'est aussi une guerre de pétrole.» Vous avez dit plaidoyer ?

Continent d'espoir

Et ce passionné de l'Afrique, de la cause africaine d'inviter à un regard plus positif. Sur ce continent, ces peuples, ces nations qui s'organisent. Sur ces pays engagés dans un travail de développement. Sur «la gestion démocratique qui augure d'un espoir certain». Sur la «participation effective» des citoyens aux décisions qui les affectent et qu'ils considèrent importantes. Sur cette jeunesse africaine constituant «près de la moitié de la population» du continent. Sur l'espoir représenté par ces femmes, engagées à la base, qui jouent un rôle de plus en plus important sur la société civile et politique.

Sur ces «mille et une petites choses d'avenir».Tout en insistant sur l'urgence de «multiplier les chances» en matière d'accès à l'éducation des jeunes. Sur l'exploitation des ressources naturelles de manière plus responsable. Sur «l'effort d'intégration, de regroupement des pays de ce continent» qui permettrait de «minimiser les risques de conflits entre les pays, tout en marchant vers un réel marché face à la mondialisation». Un plaidoyer pour l'unité, seule capable de faire entendre la voix de l'Afrique.

Présence de qualité

Durant son bref séjour à Maurice ­ qu'il espère suivi d'autres ­ le responsable du Service Afrique de Caritas Internationalis a eu l'occasion de visiter l'action de Caritas Maurice sur le terrain. Il en revient «émerveillé» de la «qualité de la présence de l'Église» dans le pays. Une «Église présente et attentive à l'évolution et aux problèmes» de la société mauricienne.

La chaleur des volontaires auprès des tontons des abris de nuit lui a fait «forte impression». L'engagement des paroissiens du Saint-Sacrement dans la lutte contre le VIH/sida, la violence et la toxicomanie est à ses yeux unique : des «hommes et des femmes devenus soldats avec comme armes l'amour, la solidarité, la fidélité».

Les services d'écoute et de développement paroissiaux (SEED) l'ont ramené au cœur même de la philosophie de Caritas : «Aller vers les gens, les écouter, analyser avec eux, améliorer leurs conditions de vie dans le respect et sans jamais se substituer à eux.» Et l'Empowerment Programme s'avère une «excellente idée de donner aux pauvres leur auto-détermination».

Le père Cibambo emporte dans son cœur une «Église mauricienne attentive, présente, qui ne fait pas cavalier seul, qui ne se limite pas à critiquer». Ainsi que «des expériences à partager avec d'autres Églises». Pour que se tissent solidarité, justice et fraternité...

Danièle Babooram

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