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Le doute, parfois, n'est que le revers de la foi

Lilian Berthelot, femme de lettres, historienne et collaboratrice à l'Annuaire du diocèse et à divers autres ouvrages littéraires et religieux, nous livre sa réflexion sur les doutes rendus publics de Mère Teresa quant à sa foi.

Beaucoup de personnes qui ont une grande admiration pour Mère Teresa ont été choquées d'apprendre que la religieuse fondatrice des Missionnaires de la Charité a souffert dans sa foi tout au long de sa vie et a même douté de l'existence de Dieu. La foi ne nous est pas donnée en naissant. Nous devons l'acquérir, prier pour la recevoir et prier encore pour qu'elle grandisse en nous. Or, qu'en est-il ? Croire en Dieu - avoir la foi -, c'est reconnaître sa puissance, son amour indéfectible, sa protection de chaque instant. Cette attitude de notre être, corps et âme, n'est pas normale, commune, chez chacun de nous, chaque jour.

Je crois en Dieu, en sa splendeur, quand je contemple l'or du soleil couchant. Je crois alors parce que je sais qu'aucun être au monde ne pourrait créer ce spectacle aussi beau que gratuit. J'ai la foi lorsque je me sens comblée par mille bienfaits : santé, bonheur familial, travail réussi et qui m'apporte l'appréciation de mes compatriotes, par exemple. Je ressens alors le besoin incoercible de remercier mon Créateur. J'ai la foi lorsque j'ai l'impression de recevoir une bénédiction spéciale, lorsque je me sens en état de grâce ­ une sphère éthérée située par-dessus le domaine de l'esprit. Ici, l'inexplicable crée un acte de foi. Mais le quotidien en est avare.

Où est Dieu ?

Devant une douleur, un échec, une humiliation, il nous arrive de nous demander : mais où est Dieu dans tout ça ? Notre raison chavire, notre foi vacille ! Reprenons à notre compte les mots de frère Roger, de Taizé (La prière, Fraîcheur d'une source) : «Se creuserait-il en toi comme des trous d'incrédulité ? Tu n'es pas sans fidélité pour autant. Le doute parfois n'est que le revers de la foi. [...] Je sais qu'il t'arrive de connaître des jours de grisaille et d'opacité. Je connais tes épreuves et ta pauvreté. Pourtant tu es comblé par les sources vives de ta foi, cachées au plus profond de toi.» Si nous avions la foi, même de la taille d'un grain de sénevé, nous ferions se transporter des montagnes. Qui donc a autant de foi ?

Doutes

Le propre de l'homme est de douter, puisqu'il mesure les événements à son aune. Le plus souvent, il croit dans ce qu'il voit. Lorsque Mère Teresa avoue son manque de foi à certaines heures, elle fait montre de son humanité et de son humilité. Elle est constamment confrontée à la vue des mourants abandonnés, laissés à la saleté, à la maladie et aux souffrances. N'est-

ce pas naturel qu'elle puisse alors douter de la présence divine, de la providence toute-puissante qui accompagne l'homme dans son parcours terrestre? «Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde», a dit Jésus. Le meilleur d'entre nous aurait eu le même recul, aurait souhaité abandonner cette tâche surhumaine qui consiste, en somme, à remplacer par les soins, par la tendresse, le geste d'un Dieu qui a le pouvoir de soulager, de guérir ­ et qui semble totalement absent. Mais sa charité agissante aura le dessus («Give until it hurts»), en quoi elle imite son maître qui, lui, a donné sa vie dans d'atroces souffrances à l'humanité.

Etre humain

Elle a aussi eu à faire face aux difficultés des autorités qui s'opposaient à son action, à faire appel à des personnalités et à des institutions pour qu'elles apportent une aide financière à sa congrégation afin que celle-ci puisse continuer son œuvre. Mère Teresa a dû lutter contre le découragement qui la gagnait face à l'immensité du travail caritatif qu'elle devait entreprendre : comment alors ne pas douter de ses forces et de sa capacité là quand Dieu lui-même semblait l'abandonner ?

Souvent on pose cette question : la Foi et les doutes sont-ils incompatibles ?

D'admettre son manque de foi, de reconnaître ses doutes quant à l'existence de Dieu, à des moments cruciaux, nous rapprochent de Mère Teresa dans le sens où elle se montre femme, être humain. Tout simplement. Cependant, le courage et la détermination que lui apporte la prière fréquente la maintiennent dans sa vocation première et font que le monde entier trouve en elle les traits de la sainteté. Malgré les faiblesses qu'elle se reconnaît, son charisme et son exemple ont propagé l'esprit et l'œuvre des Missionnaires de la Charité universellement.

La foi et les doutes peuvent coexister, comme illustré dans les Évangiles. Ainsi, Pierre qui croit au Christ dès la première heure, au point de tout quitter pour le suivre d'emblée, est celui qui doute de pouvoir marcher sur les eaux alors même que le Christ l'y invite. Matthieu (14, 30-31) précise qu'il a eu peur, car le vent était fort. Jésus venant à son secours s'écrie alors «Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?».

Saint Pierre fut l'apôtre inspiré qui déclara à son maître : «Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle». Il fut aussi celui qui le reniera lors de sa comparution devant Pilate.

Lilian Berthelot

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