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De battre, mon cœur s'est arrêté

Nous vivons une époque où beaucoup d'importance est accordée au «look», où séduction rime surtout avec jeunesse. Et ce culte de la jeunesse atteint également le monde du travail : aujourd'hui, passé quarante ans, on considère souvent que l'individu n'est plus capable d'apporter du sang neuf à une entreprise, qu'il a déjà donné le meilleur de lui-même ­ bref, que son avenir est derrière lui. Est-ce bien le cas ?

Pour certains, hommes ou femmes, la quarantaine est, effectivement, l'âge où l'on se dit que les dés sont jetés et que l'on doit se contenter d'assumer les conséquences de choix antérieurs. Chacun de nous a une histoire particulière qui fait qu'il ou elle traversera plus ou moins bien cette mid life crisis.

Malheureusement, nous voyons de plus en plus autour de nous des quadragénaires et quinquagénaires, hommes et femmes, qui donnent souvent l'impression de n'avoir vraiment rien de plus à offrir, que ce soit dans leur vie professionnelle ou privée. Triste constatation, surtout quand on sait que l'espérance de vie est aujourd'hui, à Maurice, de plus de 75 ans.

Comment vaincre cette désespérance ? Il nous suffit d'ouvrir les yeux sur cette autre réalité : des «vieux» et «vieilles» âgés de 65, 70, 75, voire 80 ans ; certains des retraités non pas en retrait de la vie, mais complètement engagés dans la vie, animés d'une authentique joie de vivre. Ils continuent de se battre pour leurs idées, de militer pour un avenir meilleur, même s'ils savent qu'ils n'en feront pas nécessairement partie.

Ces hommes et ces femmes sont souvent en première ligne au sein d'ONG, de paroisses et du tissu associatif. Dans beaucoup de cas, ce qui suscite notre admiration, c'est que, malgré le poids de l'âge, ils ne font pas dans la demi-mesure. Et la passion de ces jusqu'au-boutistes en devient contagieuse, rani

mant l'enthousiasme de ceux qui sont à leur contact. Nous avons ici une pensée spéciale pour ces vieux prêtres que nous prenons pour acquis, mais qui irradient notre vie.

A 20 ans, comme beaucoup de jeunes, nous avons rêvé de refaire le monde. Les dures réalités de la vie ont souvent eu raison de nos convictions les plus profondes. Beaucoup d'entre nous, arrivés à l'âge mûr, avons ainsi perdu cette capacité de nous émerveiller devant la vie. Piégés par le matérialisme ambiant, nous avons cessé de mettre l'autre au centre de nos préoccupations. De plus, nous n'osons nager à contre-courant. Anatole France a dit : «Pour accomplir de grandes choses, nous devons non seulement agir, mais aussi rêver ; non seulement dresser des plans, mais aussi croire.» En faisant le deuil de nos rêves, nous ne nous rendons peut-être pas compte que nous avons perdu la meilleure partie de nous-mêmes.

Mais les exemples abondent, autour de nous, de ces hommes et femmes âgés, certains parfaits anonymes, d'autres non, qui continuent, malgré le passage inéluctable des années, à être à l'écoute des autres, à laisser parler leur tête, leur cœur et leur âme. Ces hommes et ces femmes font partie de la race de ceux qui n'abdiquent jamais ; de ceux qui, chacun à sa manière, mourront un jour les armes à la main !

Qu'ils soient des exemples pour nous, «jeunes», qui, en, ces temps difficiles, serions tentés de baisser les bras et d'abdiquer. Quel que soit notre âge, ayons comme objectif d'être toujours fully human et fully alive ! Comme le dit la sagesse populaire : l'important n'est pas d'ajouter des années à la vie, mais d'ajouter de la vie aux années.

Erick Brelu-Brelu


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