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Marilyn White


La combattante de l'injustice

Partie pour l'Australie rejoindre des membres de sa famille déjà établis dans l'Île-Continent, Marilyn White s'y est finalement installée. Récemment de passage à Maurice, elle se livre, à cœur ouvert, à «La Vie Catholique» pour conter sa passion et son désir de s'engager dans le travail social.

Active dans sa paroisse, St-Patrick, Quatre-Bornes, dès ses 16 ans, c'est tout naturellement que, de fil en aiguille, Marilyn White a accepté diverses responsabilités au sein de différents groupes : liturgie, jeunes, etc. «A cette époque, je croyais que Dieu m'avait appelée pour être religieuse. Quand, suite à des bouleversements à Maurice dans les années 80, mes parents ont pensé qu'émigrer en Australie serait la solution pour un meilleur avenir pour nous, je ne savais plus si je devais les suivre ou pas.» Tiraillée, ce n'est que pendant sa formation dans le Groupe 40 qu'elle est parvenue à prendre une décision.

Message de Dieu

Marilyn se souvient que lors d'une rencontre, chaque participant devait prendre un morceau de papier sur lequel des phrases étaient écrites. «Notre animatrice, Laurence Piat, nous a dit de prendre pour nous comme un message de Dieu ce qui était écrit sur le papier.»«Sa» phrase - «Allez dans le monde entier proclamer la parole de Dieu» - a fini par la convaincre de quitter Maurice. «Je n'ai plus regardé en arrière et je suis partie.» Cela en dépit de tous les engagements qu'elle avait dans sa paroisse et du fait que les prêtres avec qui elle a travaillé, Jocelyn Patient et Henri Tostée, voyaient en elle une fille bourrée de talents qu'elle aurait «pu mettre au service de la société mauricienne».

Une vie meilleure

Alors qu'elle s'attendait à mener une vie meilleure en Australie, c'est plutôt, durant les premiers mois, l'inverse. L'adaptation est difficile et c'est loin d'être l'Eldorado promis. Celle qui avait, à Maurice, les deux pieds au sein de l'Eglise n'a plus été aussi pratiquante. «Me retrouver comme cela en Australie, où tout est en anglais, n'a pas été facile. J'ai eu du mal à trouver mes marques tout de suite. Cela m'a demandé un certain temps pour prendre des engagements au sein de l'Eglise, car je sentais que je n'appartenais pas à la paroisse.» Ce n'est qu'en 1992, soit six ans après avoir atterri à Melbourne, qu'elle a recommencé à reprendre goût au travail social.

«Auparavant je ne faisais que m'amuser et découvrir le pays et participais à des activités diverses. J'avais pris mes distances avec Dieu en quelque sorte», se souvient-elle. Mais, suite à un pèlerinage dans un monastère au Berrima, Marilyn retrouve ses marques. «J'ai aimé l'ambiance qui régnait et la ferveur des participants. C'est là que j'ai réalisé que je m'étais éloignée de Dieu, qu'Il était tout le temps là à mes côtés alors que je croyais qu'Il n'était pas là pour moi.» Depuis, cela a été le grand retour vers Dieu ainsi que dans l'engagement social, dans des groupes de prière et des organisations

militant pour la justice sociale, car s'en est suivie une rencontre avec Mère Teresa.

Nouvelle mission

Après avoir travaillé pendant 20 ans dans une compagnie d'assurance à Melbourne, elle s'est résolue à concrétiser un de ses rêves : rencontrer Mère Teresa. Rencontre qui a été un autre événement formateur, car il lui est resté, après un entretien avec elle, la phrase suivante : «Go and find your own Calcutta wherever you are.»«Cela m'a interpellée et m'a incitée à me dévouer davantage dans le travail social.»

Pour mener à bien sa nouvelle mission, elle s'est décidée à s'inscrire dans une université catholique pour suivre des sessions de formation afin d'être mieux armée pour combattre l'injustice sociale. Elle a aussi suivi des cours en sciences sociales et en pastoral counselling. Grâce à une bourse, Marilyn White a aussi suivi des sessions de formation sur Violence against women. Un défi qu'elle a su relever avec le soutien des membres de sa famille. Aujourd'hui elle est détentrice d'une Master en Social justice et Violence against women.

Levée de fonds

Depuis Marilyn White s'est engagée dans des mouvements sociaux de l'Eglise, initiant des politiques de levée de fonds pour les défavorisés car, pour elle, «on ne pouvait pas se contenter de prier». Elle a aussi participé, avec un groupe d'une trentaine de bénévoles, à des activités de levée de fonds pour venir en aide aux habitants de plusieurs pays dont l'Inde, la Yougoslavie au temps où le pays était en guerre, et le Sri Lanka, touché par le tsunami de 2004. C'était avec le groupe Tropix, qui comptait dans ses rangs Bernard d'Argent, aujourd'hui engagé à Maurice au sein du réseau ANFEN.

Le groupe est aussi venu en aide aux Mauriciens qui avaient besoin de soutien et a aidé à financer des opérations chirurgicales de personnes qui n'avaient pas les moyens. Avant son arrivée à Maurice, elle a contribué à trouver des fonds pour une école en Inde détruite lors du dernier tsunami. Certains des enfants n'avaient pas à manger quand ils venaient en classe.

Ayant noté beaucoup d'inégalités et d'injustice sociale, elle a voulu y remédier. Une situation qu'elle retrouve tant en Australie qu'à Maurice. Consciente aujourd'hui que la naissance du Christ dans une étable et sa mort sur une croix sont plus qu'un symbole, elle est d'avis que chacun est appelé à accomplir une mission selon les talents qu'il a reçus.

Selon elle, Jésus était venu nous parler de la pauvreté matérielle et du cœur. Ce qui lui fait dire que «si on ne travaille pas en faveur de la justice sociale, on ne met pas en pratique et on ne vit pas le message de l'évangile».

Jean-Marie St-Cyr

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