Taxe à effet optique

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Ce mois de septembre est celui du paiement de l'impôt direct sur les revenus si justement appelé la douloureuse. Ce n'est pas pour rien. Douloureuse, en effet, et cette année à plus forte raison. Pour la première fois, une fiscalité nouvelle frappe les salariés actifs ou retraités indifféremment. Une taxe à effet optique. Un impôt qui frappe plus qu'il ne laisse voir et moins là où il en faut. La taxe n'a pas encore révélé toutes ses surprises. Elles seront, selon les appréhensions avouées, bien grandes quant au nombre de contribuables taxés ainsi qu'au quantum à payer d'un contribuable à l'autre.

Les surprises déjà sont innombrables. L'effet d'optique fiscal s'affiche. On pensait fiscaliser les intérêts bancaires au delà de deux millions de roupies, mais ô surprise ! Est taxable tout intérêt bancaire. On pensait, comme annoncé par le Premier ministre lui-même, que la National Residentiel Property Tax ne s'appliquerait que lorsque le pays serait doté d'un plan cadastral digne de ce nom. Surprise ! Cadastre ou pas, tous les propriétaires fonciers, surtout ceux de petits lopins durement acquis par la force du travail et des sacrifices, seront eux-aussi tondus comme les très gros, à taux égal. Surprise aussi quand on nous annonce, hier, que les dependents tiendraient compte aussi des membres de la famille âgés, malades, à charge, une mère, un père, mais grosse déconvenue quand on constate aujourd'hui que les dependents familiaux traditionnels en sont exclus.

Eternels tordus

La fiscalité nouvelle, au lieu d'être reflet de solidarité envers les plus faibles et ceux dans le besoin, étale le contraire. La taxe sur les grosses compagnies baisse. Ostensiblement. Les dividendes sont épargnés. Les salaires ne le sont pas. Plus l'investissement financier est gros, plus les abattements conséquents, sans traque correspondante de l'évasion fiscale professionnelle ou corporatiste. La taxe présente une évidente financiarisation protectrice de ceux qui ont, mais corrosive de ceux qui n'ont pour revenus que leurs seuls salaires et leurs seules pensions.

Tous les symboles de progrès de salariés sont taxés. Économies. Lopins de terre. Exemptions aux emprunts pour l'achat d'un toit. Assurances-vie, de santé pour soi et pour la famille. Ainsi on s'en prend à tous les symboles de l'avancée sociale des travailleurs, des salariés, de ceux dont les revenus tiennent de la seule sueur de leurs fronts et du travail de leurs mains. Sans pour autant qu'on leur fasse réellement voir que les fruits de leur peine servent à une solidarité sociale bien comprise.

Misères du consommateur

En matière de solidarité symbolisée par un Empowerment Fund se fourvoyant de plus en plus de crise de confiance, en doute quant à l'avenir, rien ne rassure. Aucune assurance à l'égard de

ceux qui, en ce mois de septembre, se préparent, sous peine de sanction, que l'on brandit déjà à grands coups de menaçants communiqués, à passer sous la guillotine fiscale. Nos compatriotes dans le besoin, les grands malades, ces personnes âgées, les chômeurs, les pauvres continuent toujours à sentir les affres du manque de soins et d'un accompagnement solidaire. Le coût de la vie, les prix, augmentent, sans arrêt, sans contrôle. Des produits de première nécessité deviennent pour un nombre grandissant de nos compatriotes difficiles d'accès. Quand ils ne se heurtent pas à d'inexplicables pénuries comme celle du lait.

Tous les baux fonciers augmentent. La valeur des terrains aussi. La hausse des prix de produits de consommation eux n'arrête plus. La fiscalisation des salariés est aussi à la hausse. L'appauvrissement gagne des couches de plus en plus grandes de la population. Des nouveaux pauvres se multiplient. Se demande-t-on assez comment s'en sortent ceux d'entre nous qui sont les laissés-pour-compte ? Un pays ne peut pas continuer à être géré de cette façon. Au lieu de nous emmener vers plus de sérénité et de coexistence pacifique, chaque jour qui passe rend les rapports humains plus difficiles et la situation sociale plus tendue. Ajoutons à cela les germes de division que l'on sème ces jours-ci allègrement dans les grands rassemblements publics pour battre le ralliement des troupes sous la bannière de communauté, de clans, de coterie. Les tribulations nocturnes de fils ou d'épouse de ministre deviennent raison d'État. Une cassure abrupte entre partenaires de gouvernement est intervenue cette semaine sur fond de tension ethnocentrique. La République est, ces jours-ci, au plus mal.

Tissu social menacé

Une fois le cap fiscal du mois de septembre passé, il est impérieux de s'occuper de ces maux profonds qui s'agitent dangereusement sur fond de tissu social menacé. Appauvrissement constant. Cherté de la vie. Solidarité sociale défaillante. Unité nationale constamment battue en brèche. Ce sont là des signes d'une Nation qui se porte bien mal. Personne n'a intérêt à ce que pareille situation perdure.

Tout indique que la situation ne peut aller qu'en s'empirant. Parti comme l'on est, on ne peut qu'aller de pourrissement en pourrissement. Le salut ne peut venir que par le haut. C'est d'en haut qu'on sent aujourd'hui l'impérative nécessité d'un remaniement, ou d'élections anticipées ou encore d'un gouvernement d'unité nationale. Vivement que nous vienne par en haut l'aération bienfaisante dont la République aujourd'hui a un si grand besoin. Autrement le scénario du pire s'écrit déjà sur nos murs.

Serge Ng Tat Chung

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