Père Alex Têtu


«Quand le côté festif dérape avec ses folles dépenses, la cérémonie religieuse risque d'être reléguée au second plan»

Aumônier national des Cours de préparation au mariage (CPM), le père Alex Têtu précise que par les temps qui courent, avec la dureté et la cherté de la vie, il est grand temps d'amorcer une réflexion sérieuse sur l'importance qu'accordent les couples à l'aspect religieux de leur mariage. «Arrivera-t-on à un changement de comportement ?», se demande-t-il. «La question reste ouverte !»

Quelles sont les préoccupations du couple qui, avant ou après avoir suivi les cours de CPM, vient voir le prêtre pour fixer la date du mariage ?

Une première chose que je constate : depuis des années déjà et, sans toutefois généraliser, c'est que la première préoccupation des couples est de retenir la salle de noces. Comme il n'y en a pas beaucoup, la marge de manœuvre pour le choix de la date est très limitée. Et quand les couples viennent voir le prêtre, ils ont déjà une date précise ­ déterminée par le calendrier fixé en fonction de la disponibilité de la salle pour les noces. Or, souvent, soit l'église n'est pas disponible, soit le prêtre a des empêchements, ceci vu qu'actuellement les prêtres sont engagés et sollicités par plusieurs choses à la fois. Quant à l'heure, c'est souvent aussi, dans certains cas, en fonction de ce que propose leur service de catering, dont le prix dépend du nombre d'invités. Il y a des exceptions. Des couples bien formés, préparés et conscientisés viennent d'abord voir le prêtre pour fixer leur mariage et même quelquefois une année avant. Ensuite ils vont voir la salle des noces et tout le reste. Ils sont de moins en moins nombreux à le faire. Personnellement, j'encourage les couples dans ce sens-là afin que l'aspect festif ­ qui est important par ailleurs ­ ne prenne pas le pas sur le côté religieux. Sinon, effectivement, les cérémonies de mariage à l'église risquent de n'être qu'une formalité à expédier le plus vite pour pouvoir faire la fête après.

Avez-vous constaté un changement de mentalités quant au mariage/cérémonie de mariage ces dernières années chez ceux que vous accompagnez ?

Souvent, il y a de folles dépenses. Des couples s'endettent pour s'offrir la plus fastueuse cérémonie. Après, ils mettent des années parfois à rembourser ce qu'ils ont dépensé pour une seule journée. Et cela aussi pour des couples à revenus modestes. Par exemple, le service de «carrosse de mariage», avec des limousines «stretch» super luxe, coûte une fortune; quand des fois ce n'est pas les «calèches» avec des chevaux, comme on en voit dans des films américains. Je peux comprendre qu'ils veulent marquer ce jour de manière particulière. Dans ce sens, c'est positif ... Mais de là à faire des folies les engageant dans des dettes risquant de peser lourd sur leur couple qui démarre, là c'est préoccupant !

La cérémonie revêt-elle toujours la même solennité ?

Je suis assez exigeant ­ je tiens à ce qu'elle conserve la même solennité. Les chants que les couples choisissent sont soumis à mon approbation d'abord. Je dois dire aussi que je célèbre très peu de mariages, ce qui fait que je donne beaucoup de temps pour la préparation de la cérémonie avec les couples en veillant à ce qu'elle garde son aspect solennel avec des paramètres bien définis que je présente aux fiancés.

Les cours de CPM abordent-ils la question vitale qu'est la gestion de l'argent ? Et les dépenses liées au mariage ?

Il existe plusieurs types de cours CPM. Au moins une demi-douzaine. Je sais que certaines équipes animatrices ont intégré dans leur session cette question qu'est la gestion de l'argent et les dépenses liées au mariage. Je ne crois pas que toutes les sessions dispensées dans le diocèse le fassent. Dans le nouveau programme que j'anime depuis quelques années, j'ai intégré d'une manière particulière la gestion de l'argent dans le couple... Pas seulement pour les dépenses de la cérémonie, mais surtout pour après, dans la vie de tous les jours. Sur ce sujet, nous avons tous été marqués, voire conditionnés, à un moment ou un autre dans ce domaine depuis notre tendre enfance. Et c'est important de découvrir son fonctionnement quand il s'agit de dépenser l'argent ou de le gérer.

Encourager les mariages collectifs : solution réaliste ou absurdité ?

Ma première expérience remonte à Rodrigues, où j'ai célébré une trentaine de mariages regroupés. Cela demande toute une préparation et la mobilisation de pas mal de personnes. C'était une expérience positive. Une belle cérémonie avec toute sa solennité, un dimanche et au cours d'une messe qui a duré au moins deux heures. Sans compter la fête après. Une fête commune où les personnes étaient épanouies dans la simplicité. J'ai renouvelé cette expérience cette année dans ma paroisse, avec une dizaine de couples. Je constate qu'il y a eu plein de choses positives. Frais et dépenses réduits au maximum. Il y a eu et la solennité et la joie de la fête après. En plus, cela a permis à des couples plus modestes d'avoir une célébration digne et bien faite qui ne les a pas engagés dans de folles dépenses. Voilà deux expériences. Je sais que l'un ou l'autre prêtre l'a fait. Bien sûr, il faut veiller à certaines choses ­ prendre le temps de bien préparer les couples, les encadrer, donner une certaine ampleur à la cérémonie... Mais, dans l'ensemble, ça marche assez bien quand on se donne le temps qu'il faut.

Est-ce une absurdité ou une solution réaliste ? Je ne puis me prononcer. Le temps et les expériences ultérieures nous le diront. Je constate que jusqu'ici, c'est positif en ce qui me concerne. La cérémonie est prise très au sérieux, avec toute la solennité qu'il faut. Le côté festif n'est pas négligé pour autant. Il ne prend pas le pas sur la cérémonie. Quand le côté festif dérape, avec ses folles dépenses, la cérémonie religieuse risque d'être reléguée au second plan.

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