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Père Georges Cheung:

«Les saints et les saintes ne sont pas
des automates, des robots parfaits»

La crise de foi qu'a connue Mère Teresa ne doit en rien ébranler notre foi, affirme le père George Cheung, jésuite.

Beaucoup de personnes qui ont une grande admiration pour Mère Teresa ont été choquées d'apprendre à travers les médias que la religieuse, fondatrice des Missionnaires de la charité, a souffert dans sa foi tout au long de sa vie et même douté de l'existence de Dieu. Qu'en est-il au juste ?

Il est vrai que, dans l'idée que se font beaucoup, le/la saint(e) est une sorte de surhumain inébranlable, sans faille, sans faiblesse. Cependant, cette idée est tout à fait à l'opposé de ce que nous trouvons dans les Écritures (dont les Évangiles) et dans la vie. Les saints sont des humains qui ont pu trouver en Dieu la force pour dépasser leurs faiblesses et leurs doutes. Le fait que Mère Teresa a eu des difficultés, jusqu'à douter de l'existence de Dieu, devrait donc nous rassurer. D'ailleurs, cela nous appelle tous à aspirer à la sainteté, puisque la sainteté ainsi comprise est à la portée de tous ceux et celles qui acceptent de se laisser porter par Dieu.

Deux textes des Évangiles me reviennent à l'esprit. D'abord celui où l'on voit Jean le Baptiste, de sa prison, envoyer des disciples à Jésus pour lui demander s'il est bien le Messie. Et pourtant, Jean le Baptiste est celui qui, le premier, a désigné Jésus comme l'Agneau de Dieu.

Ensuite, le récit de la Passion. Nous retiendrons deux moments. Le premier, au jardin de Gethsémani, où Jésus supplie le Père d'éloigner de lui la coupe ; cependant, «non pas comme je veux, mais comme tu veux !» (Mc 14, 36)

Le deuxième moment, sur la croix où Jésus dit «Eloï, Eloï, lama sabaqthani ?» (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?, Mc 15, 34) Sans doute, s'agit-il ici d'une citation du psaume 22, mais c'est aller un peu vite de conclure que Jésus ne fait que réciter ses prières avant de... dormir de manière définitive.

Cette récente révélation sur la crise de foi qu'a vécue Mère Teresa ne pourrait-elle pas faire obstacle à sa canonisation ?

Comme nous l'avons vu plus haut, les saints et les saintes ne sont pas des automates, des robots parfaits. Ce sont des êtres de chair et de sang, ils vivent ce que vivent tous les humains. Leur sainteté est dans la manière de répondre aux difficultés en laissant la porte de leur cœur ouverte, malgré les ténèbres du moment, à l'éclairage de Dieu.

Aussi, loin de faire obstacle à une éventuelle canonisation, la révélation des difficultés de Mère Teresa (et comment elle a vécu ces difficultés) sont une étape normale dans le procès canonique. Elle nous rassure, je le répète, sur l'humanité de Mère Teresa, sur sa proximité avec les plus petits.

Est-ce que foi et doutes sont incompatibles ?

La réponse a déjà été donnée. Non seulement foi et doutes sont inséparables, mais celui ou celle qui prétendrait n'avoir jamais douté est un cas... douteux ! Dans l'histoire de l'Église, je ne citerai que deux noms : Thérèse d'Avila et Ignace de Loyola... L'Église a canonisé ces «grands» saints, qui n'ont pas été épargnés par l'Inquisition (qui avait des doutes sur leur foi) ! Ils ont traversé, chacun à sa manière, la nuit du doute : Thérèse, en longueur (des années d'aridité spirituelle) et Ignace, au bord du gouffre (tentation du suicide).

D'ailleurs, si Jésus a cru bon de fonder son Église sur des êtres aussi fragiles que les apôtres (il n'en reste pas un à ses côtés pour affronter le procès devant Caïphe et Pilate !), c'est que son idée de la sainteté est très différente du «superman» qui ne doute pas, de la statue parfaite.

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