p.4foto1

Plus tard que vous ne le pensez !

Un fait irréfutable : l'éducation que nous donnons aujourd'hui à nos enfants déterminera la nature de la société de demain. A voir ce qui se passe dans le secteur éducatif, tant au primaire qu'au secondaire et dans l'enseignement supérieur, cela n'augure rien de bon. Aussi, quand nous constatons l'inertie des différents gouvernements face à cette situation, une question demeure : le pourrissement de notre système éducatif est-il une fatalité ?

Il a beaucoup été question, ces derniers temps, d'enseignants qui s'enrichissent grâce aux leçons particulières. Cependant, le problème ne concerne pas seulement l'évasion fiscale, mais est lié à celui, épineux, de l'absentéisme scolaire.

Car l'Etat consacre des milliards, chaque année, à la construction de nouveaux établissements et aux ressources humaines, mais les élèves désertent de plus en plus les cours au profit des leçons particulières. Tant chez les parents que chez les élèves, les leçons particulières sont la condition sine qua non pour la réussite sociale. Légiférer semble être la seule solution pour venir à bout de cette conviction profondément ancrée dans la mentalité mauricienne.

Si les pouvoirs publics ont pu interdire les leçons particulières durant les premières années du primaire, il doit donc être possible de légiférer pour réglementer les leçons particulières à d'autres niveaux. Il ne s'agit pas de les interdire, mais de s'assurer qu'elles se déroulent selon des paramètres précis.

Il est un fait que, certains élèves, avec la bénédiction de leurs parents, sèchent l'école au profit des leçons données pendant les heures de classe ( !) ­ surtout au troisième trimestre ­ pour optimiser leurs chances de réussite aux examens de SC et HSC. A partir du moment où l'élève va à l'école quand cela lui chante, peut-on s'attendre à ce qu'il respecte cette institution qu'est l'école ?

Face à l'indiscipline scolaire, les autorités semblent oublier qu'avec beaucoup de fermeté, il aurait été assez aisé de faire régner l'ordre. Car nous n'avons pas

affaire à des hardened criminals, mais à de jeunes enfants et adolescents en quête de repères. Les psychologues le rappellent : l'absence de limites déstabilise l'enfant. L'impossibilité, due à l'absence de réglementations claires et précises, empêche les responsables de nos écoles de prendre des sanctions contre les élèves indisciplinés. Ceux-ci développent un sentiment d'impunité qui les rend réfractaires à l'autorité.

Nos gouvernants croient, à tort, qu'ils seront impopulaires s'ils légifèrent pour contrôler absentéisme, leçons particulières et indiscipline. Il est certain que la communauté éducative appuiera toute réforme allant dans ce sens, car, pour nous tous qui aimons nos enfants, ce qui importe le plus est leur bien-être. Quel parent ne serait pas content d'avoir accès à une éducation de qualité vraiment gratuite ? Quel parent n'aspire pas, pour son enfant, à une éducation dans un environnement sain qui favorise son épanouissement tout en lui inculquant la discipline ?

Dans l'enseignement, comme dans toute autre profession, existent des brebis galeuses. Mais il y a surtout des enseignants et des directeurs d'établissements dévoués et qui ne demandent que les moyens pour deliver the goods. Un gouvernement qui les empowera avec pour objectif final l'accès à une World Class Quality Education ne peut qu'augmenter ses chances auprès de l'électorat.

Hier Blair, aujourd'hui Sarkozy. Tous deux ont fait de l'éducation leur cheval de bataille. Car ils savent que l'avenir se jouera autour de cet enjeu. Il est plus tard que vous ne le pensez, M. Gokhool !

Erick Brelu-Brelu


retour