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Quelque 130 ans pour le Saint-Joseph

Le collège Saint-Joseph de Curepipe célèbre, ces jours-ci, le 130e anniversaire de sa fondation par les Frères des écoles chrétiennes, congrégation fondée par saint Jean-Baptiste de La Salle. Il convient d'adresser nos félicitations les plus sincères et les plus encourageantes aux élèves, enseignants et dirigeants de cet établissement scolaire, faisant à coup sûr partie des doyens de notre instruction publique, non seulement pour ces 130 ans d'existence et du bon fonctionnement, mais encore pour célébrer aussi dignement un tel anniversaire.

En matière de longévité scolaire, le Saint-Joseph n'est peut-être précédé que par le couvent de Lorette de Port-Louis et le collège Royal de Maurice (à ne pas confondre avec celui de Curepipe, accueillant celui de Maurice, en mai 1899 pour cause d'épidémie de peste et celui de Port-Louis, simple annexe de l'Alma Mater de Curepipe dans les années 1927 et transféré aux Cassis au début des années 1960). Il en va différemment du collège Royal de Maurice, titre donné au collège Colonial (ex-lycée Colonial français) le 14 octobre 1817, reconstruit à la rue Madame (aujourd'hui rue Volcy-Pougnet, Port-Louis) en décembre 1892, après le cyclone dévastateur d'avril de la même année (2 000 tués et blessés).

Supports pédagogiques

Pour ses 130 ans, le Saint-Joseph s'étend moins sur son histoire, pourtant exemplaire, que sur une exposition d'objets historiques et de documents d'archives. L'exposition a lieu à l'hôtel de ville de Curepipe. Sans doute, pour des raisons d'indisponibilité de cette salle des fêtes, elle a ouvert ses portes mercredi dernier pour les fermer 48 heures plus tard. Il est bon toutefois que le grand public soit au courant que ce collège possède un tel trésor patrimonial qui fut même plus conséquent, à en croire certains témoins. Mais qui peut être tenu responsable des négligences de nos prédécesseurs pas toujours compensées par le soin jaloux et le zèle irréprochable d'autres aînés? Il y a de quoi cependant nous émerveiller devant ces reliques des siècles écoulés et ayant pour objectifs de valoriser encore les meilleurs et d'offrir à tous un vaste éventail de supports pédagogiques. Nous ne parlerons pas, ici, des médailles de mérite de différents métaux attribués aux meilleurs élèves afin de ne pas exciter davantage la convoitise de nos voleurs de vieille ferraille.

Il se peut que si une demande pressante se fait sentir, entre autres de la part des habitants de Curepipe, le collège Saint-Joseph pourrait prévoir une suite, même plus restreinte, même plus modeste, même dans ses locaux, afin que ceux qui n'ont pu bénéficier de celle de l'Hôtel de ville de Curepipe puissent se rattraper.

Résidence surveillée

Ils pourront alors, entre autres, voir et admirer un registre biographique des Frères des

écoles chrétiennes de 1850, soigneusement rempli de la main de frère Félix de Valois, premier Mauricien à faire partie de la congrégation des Frères des écoles chrétiennes, des ouvrages pédagogiques produits par les Frères pour l'enseignement de leurs élèves, des correspondances de frère Ignace à des familles mauriciennes. Il fut un des pédagogues dont les conseils sont les plus sollicités des années 1934 à 1950. Ses causeries pédagogiques radiophoniques à la MBS, dans les années 1950, étaient écoutées par des familles entières, dans un silence religieux, car ses propos étaient tenus pour parole d'Evangile ou presque. Ses causeries furent publiées par la suite, mais demandent à être rééditées. Les autorités militaires anglaises eurent le culot d'assigner à la résidence surveillée ce pédagogue vénéré par les meilleures familles curepipiennes sous prétexte qu'il était Allemand, comme Hitler était autrichien.

Le Saint-Joseph est aussi l'heureux bénéficiaire d'une Bible géante en anglais, pouvant compter au moins deux siècles d'existence. Il dispose aussi d'une compilation de la presse pour les jeunes des années 1934, ayant pour titre La Voix des Jeunes (ce qui n'est pas sans rappeler la rubrique Place aux Jeunes d'un de nos hebdomadaires des années 1960-70, ayant été à la base de bien des carrières journalistiques actuelles).

D'autres documents proviennent des archives existantes à Rome, envoyés au Saint-Joseph par l'archiviste lasallien, le Fr Houri. S'y trouvent aussi des documents et des photos d'autres collèges et écoles fondés à Maurice par des Frères des écoles chrétiennes. Ceux-ci sont le Saint-Joseph, fondé en 1877; le St-Mary's (1954), la Confiance (1970), le Centre agricole de Camp- du-Ro, fondé à Rodrigues par le frère Rémi; les écoles Ste-Thérèse, Curepipe (1861); Saint-Jean-Baptiste de La Salle, Port-Louis (1893); Saint-Enfant-Jésus, Rose-Hill (1907); St-Jean Bosco, Curepipe Road (1936). Cette liste ne comprend pas un collège des Frères à Mahébourg, dont la durée fut éphémère.

L'exposition comprend aussi des documents faisant partie de la collection privée du Pr Raoul Lucas, de l'université de La Réunion, chercheur, pédagogue et écrivain. C'est un spécialiste de l'histoire pédagogique de La Réunion. Il a fait d'ailleurs, dans le cadre de cette exposition, une conférence, à l'hôtel de ville de Curepipe, sur le thème de La vie et œuvre des Frères des écoles chrétiennes à Maurice et dans l'océan Indien. Il professe, entre autres, qu'en matière de pédagogie universelle il y a un avant et un après saint Jean-Baptiste de La Salle. Ce propos témoigne à lui seul de la valeur instructive de l'exposition organisée par le Saint-Joseph à l'occasion de ses 130 ans. Nous y reviendrons si besoin est.

Yvan Martial

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