Taleb Sulyman, Chef inspecteur de la Crime Prevention Unit (CPU)


«La criminalité nous concerne tous et il faut s'armer mutuellement pour y faire face»

Rencontre avec le Chef inspecteur Taleb Sulyman, qui plaide pour davantage de partenariat public/police.

Chaque jour, la presse dans son ensemble fait état d'un nombre croissant d'agressions, de vols... Les gens semblent avoir de plus en plus peur. Qu'en est-il au juste ?

Il y a quelques années, nous avions beaucoup de limitations en termes de communication. Les gens ne savaient pas grand-chose du nombre d'agressions, de vols, du mode opératoire des malfrats... Aujourd'hui, avec la presse et les radios libres, un vol ou une agression est répercuté dans les heures qui suivent; les gens ont les informations à chaud. Cela donne peur et on comprend le sentiment d'insécurité.

Comment atténuer ce sentiment d'insécurité ?

La CPU fait de nombreuses campagnes de sensibilisation : à l'école primaire, au collège, dans les institutions postsecondaires, auprès des associations de femmes, du troisième âge, des clubs de jeunesse...

Nous nous déplaçons vers les gens avec le message suivant : la criminalité vous concerne et nous concerne en même temps. La police ne peut être partout en même temps On voudrait vous aider, mais il faudrait aussi que vous nous donniez un coup de main. Nous sommes condamnés à travailler de concert avec le public pour la protection de tous.

Nous demandons aux gens s'ils sont - ou se sentent - menacés, s'ils ont été agressés ou s'ils ont été victimes d'un vol de rapporter l'affaire et de donner le maximum d'information à la police pour qu'elle puisse agir efficacement et coffrer le/s malfaiteur/s. N'hésitez pas à demander l'aide de la police.

Tout cela suppose qu'on ait confiance en la force policière...

A chaque fois que je vais dans un forum, l'assemblée est composée des gens qui font confiance à la police et d'autres qui s'en méfient, sont sceptiques. Certains reconnaissent que la police fait un travail ingrat et sont conscients que la collaboration est incontournable. D'autres vous disent carrément : «Ce n'est pas mon travail. C'est le travail de la police !» Quelque part, ils n'ont pas tout à fait tort. Mais, malheureusement, il y a une cruelle réalité : vu notre effectif, nous ne pouvons être omniprésent. Quel est notre but commun ? Vivre dans une société paisible. La police à elle seule ne peut en être la garante.

Il y a des gens qui ont la police en mal. Tout simplement, par exemple, parce qu'ils ont été pris en contravention. Ne gardez pas rancune - la police a fait son travail. Il ne faut pas se dire que la police est une race à part et que le public est de l'autre côté de la barrière. Nous sommes condamnés à être, à travailler et à vivre ensemble. Nous pouvons être différents, avoir différentes opinions, mais la criminalité nous concerne tous et il faut s'armer mutuellement pour y faire face.

Estimez-vous que la police possède suffisamment de ressources pour mener à bien sa tâche ?

Dans n'importe quelle organisation, le plus est toujours apprécié. Nous faisons avec ce que nous avons. Nous formons aussi nos collègues du poste de police, du Central Investigation Department pour qu'ils puissent être actifs et efficaces sur le terrain. Ce travail de prévention de ces Frontline Officers est le

rôle premier de la police. N'importe quelle unité de la police concédera qu'il lui manque du personnel. Mais il faut savoir compenser.

Un certain nombre de vols/agressions sont «évitables». Quels petits conseils pratiques donneriez-vous au public mauricien ?

Prenons le portable : combien d'enfants du primaire, cartables sur le dos, envoient des SMS en marchant. Sans se soucier de leur entourage, du trafic ambiant. Alors que le malfrat et le drogué sont aux aguets et ont un urgent besoin d'une source d'argent pour leur dose quotidienne. Nous disons : s'il vous faut répondre à un SMS, un appel, faites-le avec discrétion. Le malfrat est quelqu'un qui profite d'une occasion et personne n'est à l'abri.

Il faut en conséquence prendre des précautions de base. Pour faire un appel, utilisez un écouteur qui met votre portable à l'abri du regard des autres. Si votre portable est retenu par une cordelette, mettez-la à l'intérieur de vos vêtements.

Aux femmes qui portent des bijoux, nous conseillons de les porter aussi à l'intérieur des vêtements. Ce n'est que quand vous serez au bureau, à votre fête ­ bref, un lieu sécurisé ­ que nous vous conseillons de les rendre visibles.

Ne portez jamais de sacs en bandoulière. Les malfrats sont agiles et, souvent, vous vous apercevrez du vol que quand vous aurez à faire un achat ou à payer quelque chose. Portez votre sac sur votre poitrine.

Quant aux «quartiers à risques» : résidentiels, commerciaux... ­ là où des vols ont été répertoriés fréquemment ­ nous faisons des analyses quotidiennes, avant de préconiser la Community Watch. Avec toujours cette insistance sur la collaboration étroite police/public, les précautions à prendre, qui appeler au moindre soupçon. Ce travail se fait aussi en collaboration avec le CID, l'Anti Drug Smuggling Unit...

Il faut que les Mauriciens demeurnt organisés, soient les gardiens de leur quartier. Il faut savoir qu'une fois que les gens s'organisent dans une région, le malfrat bouge ailleurs. Toute l'île Maurice devrait se sentir mobilisée. Car, tous sont à risque : campagne, ville, quartiers riches et quartiers pauvres. Pour un malfrat, sa victime n'a pas de nom, de religion, de communauté; le voleur appartient à une race de personnes sans morale et pour qui voler est une façon de vivre.

Que faire en cas d'attaque ?

En règle générale, il faut réagir. D'habitude, les gens ont trois sortes de réactions. Certains restent figés, incapables de la moindre action et réaction. D'autres sont en plein turmoil : dois-je crier ou pas ? A qui dois-je rapporter l'affaire: à mon mari ? A mon père ? A la police ? D'autres, désabusés, disent qu'il n'y a rien à faire.

S'il y a une menace direct et que l'agresseur est armé, si vous criez, il peut vous attaquer. Il vaut mieux dans ce cas rester tranquille, bien regarder son agresseur pour pouvoir aider la police à l'identifier. Mais si le malfrat vous arrache votre chaîne, votre portable, votre portefeuille et part en courant, n'hésitez pas à crier. Donnez l'alerte, appelez à l'aide.

retour aller