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Children of a lesser God

C'est un fait : nos différents gouvernements n'ont jamais considéré comme une priorité de trouver une solution durable pour les recalés du CPE.

La question est plus que jamais d'actualité : ces jeunes adolescents du Prevoc d'Etat sont-ils irrécupérables ? Sans la moindre méchanceté, ceux qui côtoient des élèves du Prevoc vous diront qu'il leur est aisé, rien qu'à l'apparence, de les différencier de ceux du mainstream : uniforme négligé, portant souvent savates, ils ne passent guère inaperçus. Certains enseignants du Prevoc, aussi engagés soient-ils, avouent leur déconvenue devant le fait que ces élèves sont totalement réfractaires à la discipline et à l'autorité... Le chantier est vaste!

Où donc commencer ? Leur apprendre à ne pas utiliser un langage ordurier ? Peine perdue, car pour eux, cela fait partie de la norme. Leur inculquer la notion du dialogue ? Quasi-impossible, car ils vivent des réalités complètement différentes : chez eux domine souvent la loi du plus fort. Insister pour qu'ils fassent leurs devoirs de maison ? Certains vivent sans électricité... Les punir pour toute entorse à la discipline ? Comment ? Un enseignant se souvient de cet adolescent, qui, pour faire comprendre la futilité d'une retenue, ouvre alors sa chemise pour lui montrer les nombreuses traces de coups reçus de son père comme punition...

Peut-on alors s'étonner qu'aujourd'hui, en 2007, que nombre de nos enseignants sont entièrement dépassés ? Il existe en France le métier d'assistante sociale, professionnelle chargée de connaître le vécu des enfants «à problèmes» afin de les aider. Malgré ses failles et lacunes, ce système fonctionne assez bien ! Maurice étant un petit pays, il ne devrait pas être difficile d'y introduire de tels professionnels.

D'ailleurs, un nombre important de jeunes Mauriciens diplômés en sciences humaines ou en sociologie, par manque de débouchés, ne peuvent trouver de travail approprié. Les pouvoirs publics auraient également pu s'être abstenus de licencier ces travailleurs sociaux du Trust Fund, hors pair quant à leur connaissance

du terrain.

Et surtout, qu'on ne vienne pas nous parler de manque de moyens financiers ! L'annonce de nouveaux National Colleges va amplifier le désir des parents que ces établissements bénéficient de ressources financières et humaines plus conséquentes. Dans une société qui se veut démocratique, il est inacceptable que l'Etat ne dépense la même somme pour ses élèves, qui, pourtant, en ont grandement besoin, venant souvent de milieux défavorisés.

Par ailleurs, il est plus que jamais urgent de s'interroger sur la pertinence de notre programme d'études en ce qu'il s'agit du Prevoc. Quelles compétences nos élèves peuvent-ils aspirer à posséder ? Ces élèves du Prevoc sont loin d'être «irrécupérables». Comme en témoignent ceux rencontrés lors d'un reportage sur les recalés du CPE qui réussissent à s'en sortir.

Toute éducation digne de ce nom est censée inculquer à l'apprenant une notion de discipline tout en lui permettant de s'épanouir. Il est malheureux que les Prevoc ne soient qu'une «garderie», moyen subtil de l'Etat de les garder sous contrôle. Jusqu'à quand pourra-t-on les empêcher de donner libre cours à leur frustration de ne pas trouver leur place dans la société?

Il incombe à nos décideurs de faire le lien entre la dégradation actuelle de l'ordre public et la situation économique, le gouffre entre riches et pauvres ne faisant que s'agrandir. Y a-t-il une vie pour l'élève du Prevoc après son passage dans cette institution ?

Ainsi, c'est un fait que beaucoup de recalés du CPE viennent de régions défavorisées. Le sociologue Brunet avait affirmé que «le destin de nos sociétés se joue dans nos banlieues». Il n'y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre !

Erick Brelu-Brelu


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