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Préscolaire


Même travail, salaires différents

Pour les travailleuses de l'ombre du préscolaire, les mois et les années passent, mais demeure la disparité au niveau des salaires. Et pourtant, c'est grâce à elles que les établissements du préscolaire que fréquentent nos enfants en bas âge demeurent propres. Elles, ce sont les agents d'entretien. Elles sont 188 «cleaners» recensées dans tous les sites du préscolaire de l'île et qui s'occupent de ces établissements. Hélas, leur situation salariale est préoccupante.

Soutenues par la Private Enterprises Employees Union (PEEU) et leur négociatrice, Jane Ragoo, elles dénoncent les autorités concernées qui continuent à faire la sourde oreille sur la question de leurs salaires. «Elles ne sont que 67 qui touchent un salaire de Rs 5 200 par mois alors que la grande majorité ne gagne que Rs 1 000 par mois, soit Rs 50 par jour.» Cela alors que les deux catégories font exactement le même travail. «Ou kone ki fistrasion li fer e kouma enn madam kapav vivv avek sa la pey-la?» s'est exclamé Jane Ragoo.

Cette inégalité a pour cause une affaire de contrat. Celles qui touchent Rs 5 200 ont été recrutées en 1995 et ont signé un contrat. Elles sont, de ce fait, reconnues par le gouvernement et bénéficient donc de certaines allocations et autres facilités. Les autres touchent seulement Rs 1 000 et ce depuis 2002. Elles ont été embauchées sous l'égide de la Parent Teachers Association et n'ont pas de contrat de travail. Pas de fiche de paie, pas de révision à la hausse de leurs salaires, comme c'est le cas chaque année pour les fonctionnaires.

Promesses dans l'air

Pour sa part, Sharmila Dusoyea, secrétaire de la PEEU, a attiré l'attention sur le fait que plusieurs missives ont été envoyées à Dharam Gokhool, ministre de l'Éducation, mais que seul un accusé de réception a été reçu. Par ailleurs, les cleaners avaient fait une demande avant le Budget pour que leurs salaires soient revus à la hausse, «mais ceux concernés au Pre-School Trust Fund ne font qu'avancer des dates et faire des promesses en l'air», soulignent Keswaree Fokeerdass, cleaner à l'école Duperré, à Mahébourg, et Ronhanbee Fokeerbux et Soobranee Jugurnauth, toutes deux travaillant dans deux établissement scolaires des Plaines­Wilhems. «Zot ti dir nou le premye zwiyet, apre zot inn dir la fin zwiyet nou lapey pou sanze, an fin de kont zot dir le 10 août kouma lekol

rantre nou pou gayn ogmantasyon me nou pa finn trouv narye ziska ler e nou finn ariv mois septembre.»

Salaire de misère

Entourées de leurs amies de travail, elles soulignent que «même pendant les vacances scolaires, nous sommes appelées à travailler. Cependant, si le jour de paie tombe pendant les vacances, nous devons attendre la rentrée pour être payées». Chaque jour, il faut balayer les classes, s'assurer que les fenêtres sont bien fermées, puis nettoyer la cour pour que les enfants puissent y jouer en sécurité. Et, souvent, elles sont sollicitées à tout moment de la journée pour changer les enfants, nettoyer les toilettes ou encore servir le thé aux membres du personnel. «Et tout cela pour un salaire de misère.»

Elles n'ont droit ni à une allocation de transport, ni à des congés. De plus, elles n'ont pas bénéficié de l'augmentation de leurs salaires à la fin du mois de juillet. Elles se disent outrées de la façon de faire des autorités. «Pena okenn lozik dan fason ki zot tret nou e si nou absant koup Rs 50 lor nou la pei.»

Salaire décent

La négociatrice de la PEEU affirme : «Elles sont lésées de leur droit. Minis pe donn Konstitisyon tou bann zanfan lekol parski li dir ki zot bizin o kouran zot drwa, me sa bann madam la pena okenn drwa ? Zot pa imin zot, koumanir zot dra pe bafue e zot enkoler.»

Face à l'augmentation des prix des denrées alimentaires et du coût de la vie, ces femmes ne savent plus à quel saint se vouer pour joindre les deux bouts. «Mo pa pe koz zis pou nou. Nou tou ena mem problem dan sa secter-la. Nou travay depi 8 h00 ziska 3 h00 e nou gayn zis Rs 1 000 par mois. Zour an zour tou kiksoz pe monte me nou lapey pe rest parey.»

C'est avec détresse que les cleaners, pour la plupart des mères de famille, ont déclaré à La Vie Catholique que «nous voulons des conditions de travail humaines» et un salaire décent. «Kan nou trouv zot tou pe gayn bonus e nou nou pa pe gayn enn sou an plis, nou leker extra fer mal.»

Sylvio Sundanum

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