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Ecosse Pierre


La passion créative

Enfant de Petite-Rivière, installé à Pointe-aux-Sables depuis 1987, Ecosse Pierre est enseignant de dessin au collège de La Confiance. Une passion qu'il prend la peine et le temps de transmettre aux élèves qui lui sont confiés. Leur évitant ainsi les mille et un écueils qui ont jalonné son parcours d'élève et quelque peu contrarié son amour du dessin.

La passion de l'art n'a pas été chez Ecosse Pierre comme un long fleuve tranquille. Certes, il y avait l'environnement porteur, notamment la passion du père pour tout ce qui se rattachait à l'art. Et la conviction profondément ancrée que c'était là sa voie. Mais quand tout au long de la Lower VI et aux deux premiers trimestres de Upper VI, on ne récolte que des «O», il y a de quoi être découragé. «Les reproches fusaient de partout. Pour de nombreuses personnes, je gaspillais mon temps», se remémore-t-il. Surtout pour ces enseignants qui inscrivaient dans son bulletin scolaire : «Still beating about the bush for a personal style.»

Persévérance payée en retour

Mais il fallait davantage pour décourager notre jeune homme. Et la disproportion entre les moyens dont disposaient ses copains de classe ­ de grands sketch pads en veux-tu, en voilà ­ et ses quelques «feuilles volantes à être utilisées à bon escient» n'entament en rien sa confiance en lui.

Avec pour résultat qu'aux examens de HSC, Ecosse Pierre, outre de décrocher un «A», se classe premier en Art sur le plan national. Requinqué, boosté à fond, il persévère dans la voie qu'il s'est choisie. Il sera tout naturellement enseignant d'art.

En parallèle, il participe à des compétitions, aux concours des métiers d'art et autres expositions et décroche des prix de choix. Des récompenses qui donnent davantage d'entrain, de souffle à sa passion du dessin et qui, petit à petit, lui ouvrent le chemin vers d'autres expressions artistiques : sculpture, plâtre, moulage.

L'art au service de la famille

Une découverte de son potentiel qu'il mettra aussi au profit du budget familial. Notamment par le biais de Artizana Créations, qui produit des objets artisanaux, touristiques, décoratifs et religieux. Ici encore, les choses n'étaient pas gagnées d'avance.

«Je créais des choses, mais elles demeuraient piégées dans les moules», raconte-t-il en rigolant. Et des fois, excédée par ce regain de créativité pas toujours fructueux, Gilberte, son épouse, l'invitait à tout remballer. Mais Ecosse ne l'écoutait guère et persévérait «jusqu'à trouver le bon dosage, la bonne technique».

Une passion créative qui l'emporte «très loin» dans un «monde d'évasion». Une passion qui met en éveil sa patience, son sens de l'observation, son souci du détail, de perfection et une âpre envie de vouloir tout terminer pour voir le produit fini.

Plaidoyer en faveur de l'art à l'école

Une passion qui trouve aussi son exutoire dans son métier d'enseignant. «Il faut sans cesse capter l'intérêt de l'élève, reconnaît-il. Lui proposer un vaste choix de sujets pour provoquer le déclic et qu'il y trouve ce qui lui plaît. Il faut aussi montrer ce dont on est capable ; s'exécuter devant la classe. Peindre à leur place les moindres détails, point par point,

les fasciner et leur donner l'envie d'en faire de même.»

Des propos qui amènent Ecosse Pierre à rêver de davantage de temps alloué à l'art dans le cursus scolaire mauricien. A un programme où les élèves seraient initiés à d'autres techniques que le dessin. Avant de déplorer, avec une bonne dose d'amertume, le fait que dans «certaines institutions», on trouve que «l'art, ça salit». Alors que «c'est dans le désordre qu'on crée et qu'un atelier de travail vivant est toujours sale».

L'art au service du religieux

La passion d'Ecosse Pierre l'a conduit, depuis peu, à restaurer des statues. C'est ainsi qu'il restaure présentement, avec un groupe d'élèves, la statue de la Vierge placée dans la grande allée du collège de La Confiance. Qu'il les initie au polissage, au ponçage, au travail en plâtre.

Autre gros défi : la restauration du «grand buste» du Père Laval, réalisé par Adrien d'Epinay et livré à la mairie une année avant le décès de l'Apôtre des Noirs. Un travail conséquent, puisqu'il s'agit de refaire le cou, le col, de rattacher la tête au corps avec une résine spéciale, d'effectuer un travail de restauration sur l'original avant d'en faire le moulage et une réplique en plâtre.

Travail interpellant

Un travail minutieux, puisqu'il s'agit de «reprendre le même mouvement que l'artiste qu'était Adrien d'Epinay». D'entrer dans l'esprit et la créativité de l'artiste. De faire aussi à la fois de «respect vis-à-vis de l'artiste qui a fait l'œuvre originale que vis-à-vis de son sujet». Un travail qui se fait donc sans énervement, lentement, mais sûrement.

Un travail qui l'interpelle aussi sur l'homme qu'était Adrien d'Epinay. Sur les difficultés qu'avait l'artiste, à l'époque, pour réaliser son œuvre. «Il est intéressant de noter qu'il a réalisé deux œuvres du Père Laval, note Ecosse Pierre. Qu'il n'était pas réfractaire au religieux et que les personnages locaux ne lui étaient pas indifférents.»

Ces années passées à développer créativité, agilité des doigts et technicité ont suscite chez Ecosse Pierre pléthore d'idées. Des idées qui «restent dans la tête» faute de temps, mais qu'il espère matérialiser en temps et lieu. Et sur ce point, on peut lui faire confiance.

Danièle Babooram

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