Qui trop embrasse...mal étreint

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Parce que l'on veut d'une économie qui n'attire et qui n'embrasse que des gros sous, on ne voit pas assez des besoins humains qu'elle étreint mal? En ne cherchant qu'à trop serrer la dépense sociale, craignons que pâtissent certains secteurs clefs pour l'avenir de la République.

Un État, gagné en discernement, ne peut pas mettre son université, le vivier de la relève de demain, en situation de grave disette de fonds. Une disette qui fait qu'il lui manque des choses élémentaires. Des locaux. Des moyens pédagogiques. Qu'elle ait à déterminer au gré de la fantaisie, ses méthodes de travail, en groupe ou individuel, dans l'ordre et dans le désordre. Peu importe. Qu'elle doive supprimer des formations, devenues, du coup, peu rentables. L'Université devrait être un moteur important du développement de notre pays. Décrété, tout haut-- knowledge Hub . Mais on la réduit en état de crève-la-misère. Les dotations budgétaires accordées sont largement en deçà de ses besoins. Elle doit financièrement couper sur ce qu'elle manque déjà. Encore que, si les accès aux universités privées, de création récente, sont démocratisées. Bien au contraire, le tertiaire privé coûte les yeux de la tête pour le plus grand nombre. Dans certains cas la qualité de la formation y suscite d'énormes interrogations.

Dans des domaines, où le soutien de l'État devrait normalement se consolider tels que l'agriculture, la pêche, les technologies industrielles, pour la formation de nos jeunes, rien ou si peu se passe. La notion d'employabilité est aujourd'hui une affaire de boulot cuit-vidé. Formation de courte durée. Au pied levé. Rapide. Ad-hoc. Mais pas dans la cohérence et la solidité d'un parcours scolaire soutenu et suivi. Le tertiaire d'Etat s'occupe mal de nos jeunes. Il leur refuse l'accès plus qu'il n'en admet. Par manque de places. De filières. Par rehaussement calculé de qualifications requises. Syndrome C.P.E. Là aussi. Jusqu'au bout.

De plus, dans le domaine du travail à vouloir, trop calquer nos lois du travail sur les économies occidentales, on est venu à des lois du travail avec l'Employment Bill, et l'Employment Rights Bill, qui mettent en cause, des acquis de service. Qui réglementent, en rétrograde, la formation d'équipe syndicale et la liberté ouvrière d'action. Une loi du travail digne ne devrait-elle pas, dans une approche plus juste et plus humaine, mettre l'accent sur des obligations de service ? A l'égard du bien-être, des besoins de la famille, de confort, des soins, de formation et de tous les privilèges de créanciers prioritaires dûs aux travailleurs, en cas de licenciements. La proposition de loi telle qu'elle, existe en fait si peu état.

On dit aussi que les pouvoirs publics s'occupent de nos jeunes. De leurs loisirs. Leur culture. Leurs sports. Mais quand un kick-boxer, Jean Aly Emilien, meurt, il n'y a rien pour lui et sa famille. Quand un joueur de foot Yannick Macao, de l'équipe nationale, se fracture

la mâchoire à Madagascar. Quand Kersley Appou se blesse aussi et gravement, la République en fait peu de cas. Alors que pour eux et leurs familles, commence le calvaire. Avec la défaite du pays aux jeux des îles de l'Océan Indien, il va sans doute se trouver de nombreux experts illuminés, chacun porteur de sa petite recette pour sauver la République sportive du déluge des grandes eaux de la honte et de l'humiliation à côté de nos voisins indianocéaniques en nets progrès sportifs, fruits du labeur et des bonnes mesures qu'ils ont su prendre.

Mais là encore le problème est identifiable. Comme, la culture, les loisirs, les sports, pour nos jeunes sont, face à la finance publique, des parents pauvres, des mal étreints par rapport à d'autres secteurs que le budget national embrasse à grandes dotations. Les sports eux font encore partie d'un ministère financièrement croupion. Encore heureux qu'à la suite du décès d'Emilien, l'encadrement médical sportif deviendra une obligation d'État. La formation sportive de nos jeunes, sur le plan budgétaire, reste une misère. Nous sommes, si rien n'y fait, fatalement condamnés à nous contenter d'un sport national, à la petite semaine, avec comme résultat, des larmes de crocodile, versées à chaque grande échéance sportive régionale, africaine ou mondiale. L'absence d'une structure de formation sportive nationale, nous donne bien tort aujourd'hui de nous apitoyer sur le sort de nos représentants sportifs et de leurs piètres résultats.

Pour nos jeunes le sport peut aussi être, un filon précieux pour des métiers nouveaux. Un monde sportif bien encadré, bien empowered, le mot est à la mode, a besoin d'éducateurs, d'animateurs, d'entraîneurs, de directeurs techniques entre autres. Tant et tant de métiers potentiels. Pourquoi pas alors un véritable plan de promotion sportive nationale. Pourquoi pas faire du pays un Sports Hub ? Encore un autre hub pourrait-on dire ? Mais pourquoi pas ? Pourvû qu'il soit pas semblable aux autres ceux dont on parle beaucoup mais où l'on fait si peu ou pas assez. Un hub qui nous amènerait à être présents dans les performances sportives. Présents aussi un jour comme lieu d'évènements sportifs panafricains, ou mondiaux. Pourquoi pas ?

Gardons-nous en courant derrière le gros fric des investissements tous azimuts de ne pas, dans la course, y perdre notre âme. Une course aveugle derrière des projets pharaoniques au risque de nous faire passer à coté de l'essentiel. Cette course là, il vaut mieux la perdre. La République de nos enfants demain, est celle où on sache, dès aujourd'hui, bien les étreindre sans exclure personne.

Serge Ng Tat Chung

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