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Rien ne vas plus ...

L'industrie du jeu de hasard et de paris connaît, à Maurice, un développement des plus rapides ­ ce qui n'est évidemment pas de bon augure. Le jeu et les paris ont toujours existé, mais, aujourd'hui, ce secteur s'est «professionnalisé» et fait tout pour allécher le client.

Divers fléaux existent chez nous ­ drogue, alcool, tabac... Cependant, le jeu exerce une influence encore plus pernicieuse. Alors que pour le tabac et l'alcool, le «consommateur» sait qu'il creuse lui-même sa tombe, le jeu joue sur l'appât du gain. L'emprise psychologique est telle que le joueur/parieur est persuadé que la prochaine fois sera la bonne. Car, plus on perd, plus on veut continuer à jouer pour récupérer ce qu'on a perdu.

Les maisons de jeu et de paris sur les courses hippiques ont envahi, ces dernières années, le paysage de nos villes et villages. Ces «entrepreneurs» font appel à des équipements informatiques dernier cri et à une stratégie marketing des plus rodées. La clientèle visée est très ciblée et elle peut difficilement résister à l'offre. Aujourd'hui, pour jouer, nul besoin de se déplacer au casino ou au Champ-de-Mars ­ il suffit de prendre son téléphone ou d'aller à deux pas de chez soi... Et, cerise sur le gâteau : ce qui était impensable jusqu'ici est devenu réalité ­ le fractional betting permet de miser même un dixième d'une part ! C'est peut-être cela la démocratisation de l'économie!

Pour abêtissantes qu'elles soient, les campagnes de «communication» de ces opérateurs séduisent le public visé. Ce dernier n'est pas le parieur occasionnel, celui qui va dépenser quelques roupies au fancy-fair ou au pool du bureau pour la finale de la FA Cup. Ici, nous parlons de structures élaborées pour accrocher le joueur qui sommeille en la majorité d'entre nous !

L'industrie du jeu brasse des milliards. Il suffit de regarder, lors de chaque journée de courses, les foules autour des betting houses décentralisées. Et les

mises pouvant être minimes, les premières victimes sont, bien entendu, les ti-dimoun. Souvent, l'essentiel, sinon l'intégralité, de leurs salaires y passe. Ces malheureux sont pressés comme du jus de citron. Et, complètement aveuglés par l'illusion du gros gain qui va faire de leur vie un conte de fées, ils ne se rendent même pas compte de l'engrenage dans lequel ils sont tombés.

Nous ne pouvons que relever cette grande contradiction du capitalisme : ces gens de condition modeste, ces sans-voix deviennent un pilier de ce secteur économique. Les entreprises de jeu «misent» de plus en plus sur le petit parieur. Ce qui vient illustrer la sagesse populaire : l'argent n'a pas d'odeur ! Pour l'industrie du jeu, seul le profit compte et tout est mis en œuvre pour atteindre cet objectif. A voir comment maisons de jeu et betting houses poussent comme des champignons, c'est une véritable manne qui tombe du ciel pour ces opérateurs. Pour le zougader et sa famille, c'est l'enfer. Qui s'en soucie ?

Soyons réalistes. Nous croyons beaucoup aux libertés individuelles. Il ne s'agit pas d'interdire aux maisons de jeu et de paris d'opérer. Mais est-ce normal, dans un pays où la misère gagne du terrain, qu'on vante, à longueur de journée, les mérites du jeu ? Comme pour le tabac, reconnu nocif, ne devrait-on pas interdire la pub en faveur du jeu ?

Le tabagisme, dont le coût à la collectivité est universellement dénoncé, est lourdement taxé. En sera-t-il de même pour le jeu? Les paris sont ouverts...

Erick Brelu-Brelu


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