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Les enfants tristes

Autrefois, nos valeurs morales, culturelles et religieuses faisaient que l'on attendait généralement le mariage pour avoir des relations sexuelles. c'est loin d'être le cas aujourd'hui. Si nous arrivons à comprendre cette évolution de mœurs chez les adultes, ce qui se passe en matière de sexualité chez nos adolescents et jeunes adultes devrait nous interpeller. Nous n'avons plus le droit de pratiquer la politique de l'autruche face à cette situation qui risque de mettre en péril l'avenir de nos enfants.

A Maurice, l'âge du consentement sexuel est fixé à 16 ans. Cependant, nous voyons actuellement un nombre important de jeunes sexuellement actifs à 13-14 ans. Dans certains cas, les parents ont démissionné : sous prétexte d'être «in», ils n'exercent plus leur droit de regard sur les fréquentations et sorties de leurs enfants. Livrés à eux-mêmes, ces derniers ne connaissent pas de limites et passent aisément à l'acte avec le petit copain ou petite copine.

Aujourd'hui comme hier, le jeune fait face au même problème : gérer ses hormones. Qu'est-ce qui a donc changé ? Nos jeunes sont davantage exposés aux films, livres et, d'un clic de souris, peuvent accéder à de nombreux sites sur la sexualité. Définitivement... le trop nuit ! Car, paradoxalement, ils n'ont jamais été si mal renseignés ! Il n'est pas exagéré d'avancer qu'aujourd'hui, l'éducation sexuelle de nombreux jeunes passe surtout par la pornographie...

Une certitude : nos jeunes ont besoin d'une éducation sexuelle digne de ce nom. Mais laquelle ? Elle ne doit pas se contenter de ne parler que d'anatomie. Reconnaissons cependant la difficulté de traiter de la sexualité. Même les éducateurs les plus formés peuvent être gênés d'aborder le sujet dans le sens que les jeunes le souhaitent ­ c'est-à-dire la sexualité dans ce qu'elle a de plus intime.

Il est pourtant plus que jamais urgent de comprendre les attentes des jeunes par rapport à l'éducation sexuelle. Car dans le domaine de la sexualité, plus que tout

autre, nos jeunes sont victimes de la peer pressure ­ et il semble que le sexe en groupe tout comme l'homosexualité sont devenus un phénomène de mode. cela fait longtemps que nous ne sommes plus à l'époque où l'on ne faisait l'amour que pour procréer. La notion du plaisir, certes, mais aussi celle des sentiments sont venus ajouter une autre dimension à l'acte sexuel.

Mais que constatons-nous chez les jeunes actuellement ? Le sentiment amoureux, le respect de l'autre semblent absents de ces expériences à la va-vite, symbolisant notre société fast food, où il faut consommer immédiatement. Il est aujourd'hui question de performance : le portable avec caméra qui permet de mettre en scène ses prouesses sexuelles est devenu le nouvel aphrodisiaque. Triste monde, où nous avons l'impression que, malgré ce déferlement des sens, le plaisir, voire le bonheur ne sont pas au rendez-vous.

Notre société semble guidée par la recherche perpétuelle de la transgression des limites. Quand il est question d'adultes, il nous est permis de penser que ce sont des individus qui se sont forgé, avec le temps et en connaissance de cause, leurs propres valeurs par rapport à la sexualité. Mais il est aujourd'hui question d'adolescents et de jeunes adultes qui se laissent entraîner par l'air du temps sans en mesurer les conséquences.

Combien de nos jeunes sont conscients du risque de maladies liées à une sexualité trop précoce ou à un changement trop fréquent de partenaires ? Combien de nos jeunes ont suffisamment de maturité émotionnelle pour comprendre que le choix d'une sexualité débridée est une voie sans issue ? Il y a définitivement péril en la demeure.

Erick Brelu-Brelu


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