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Alphabétisation des femmes à Batimarais


Revaloriser l'éducation

«Il n'y a pas d'âge pour apprendre !» Cette phrase claque dans la bouche de Jacqueline comme une conviction des plus fortes. «Si la chance nous est offerte, autant en profiter.»

Elles sont une quinzaine de femmes de la paroisse Sacré-Cœur, Rivière-des-Anguilles, à avoir reçu, fin juin dernier, une attestation de leur savoir-parler, savoir-lire et savoir-écrire. Une reconnaissance de leur progrès qui se concrétise aujourd'hui surtout par davantage de débrouillardise, d'autonomie et de confiance en soi.

Retour en arrière : septembre 2003, Sr Solange Momplé invite Sr Maria Goretti, la supérieure des religieuses salésiennes, à la journée portes-ouvertes de Caritas-île Maurice. «Il y avait beaucoup de témoignages des apprenants et des animateurs, raconte-t-elle. Des témoignages qui démontrent qu'on pouvait s'en sortir et reprendre sa vie en main.»

Idée lumineuse

Une rencontre qui lui donne une idée lumineuse. Pourquoi pas un travail qui irait dans le sens de l'alphabétisation ? D'autant plus qu'elles sont nombreuses les femmes de Batimarais - quartier où sont implantées les salésiennes - à ne savoir ni lire, ni écrire.

Et c'est ainsi que, deux par deux, les sœurs Mereena, Marie Rosette, Landi et Maria Goretti arpentent le quartier, visitent les femmes, leur parlent de cet éventuel projet, notent minutieusement les noms et les adresses de celles qui veulent bien en tirer avantage.

«Quand nous sommes arrivées à 80, j'ai dit : Stop, on ne pourra pas répondre aux besoins de vous toutes», explique la supérieure, le sourire aux lèvres. Les fiches d'inscription, aux noms des sœurs Landi et Marie Laurence, sont expédiées à Caritas, Port-Louis.

«Ce n'était pas difficile d'entrer dans la pédagogie, d'autant plus que les cours sont en français», commente Sr Landi. Et pendant trois ans, elles vont cumuler formation, stage, formation continue... sous la responsabilité d'Elise Weiss.

Si au départ, les femmes étaient très nombreuses pour les toutes premières rencontres, le nombre et l'enthousiasme sont tombés graduellement. Pour se stabiliser à quinze. Quinze femmes qui se donnent rendez-vous deux fois la semaine pour relever le défi de l'apprentissage.

Réel plaisir

«Cela m'a beaucoup touchée quand les religieuses m'ont approchée pour ce projet», se souvient Jacqueline, pour qui ce fut un «réel plaisir de pouvoir attraper un crayon» et «s'asseoir sur les bancs d'une classe».

«Savoir lire et écrire est une chose importante», ajoute Renéa. Et de raconter sa joie de pouvoir

déchiffrer certains avis de la vie de tous les jours : «J'ai souvent vu ça et là : 'Pa zet salte la', sans pouvoir lire. Et dire que dans la passé, j'aurais pu avoir des ennuis avec les autorités parce que je ne savais pas lire», s'exclame-t-elle.

Chantal est toute heureuse de l'encouragement des siens face à sa démarche. «Aujourd'hui, ils voient concrètement les fruits : je sais signer mon nom, lire une petite lettre, dresser une liste de ma ration, prendre le bus sans avoir à demander à qui que ce soit la direction qu'il emprunte...»

Alphabétisation pratique

De tous petits gestes pratiques et fonctionnels de la vie de tous les jours qui contribuent aussi au bonheur de toutes, dont Bernadette, Josiane, Marie-Lourdes, Tamawtee, Marie-Lisette et Vinoda. Alors que Denise lance, dans le même souffle, un «grand merci au Seigneur pour la présence et le travail des sœurs à Batimarais».«La lang inn bien delie», rajoute Elsie, avec confiance et assurance. Alors que Jacqueline évoque sa «fierté» de montrer aux siens son attestation, tout en ne manquant pas de les taquiner en avançant qu'elle «ira jusqu'à l'université». Autre fierté de Josiane : la possibilité de travailler ensemble avec ses enfants. «Je peux aujourd'hui davantage les encourager, guet dan zot liv... Ensemble nous apprenons et ensemble, nous nous développons.»

Encourager l'éducation

Un point qui réjouit aussi les sœurs salésiennes. «Elles ont bien compris l'importance de l'éducation pour elles, leurs enfants et leur développement, analyse sœur Maria Goretti. Plus elles avançaient dans le projet, plus elles prenaient pleinement conscience de l'utilité de l'éducation et étaient prêtes à faire des sacrifices, comprenant qu'une des plus grandes richesses à transmettre est l'éducation. Et qu'il fallait, en conséquence, pousser les enfants à aller le plus loin possible.»

La quinzaine de femmes lancent un cri unanime : il faut continuer avec ce projet d'alphabétisation. «Il faut aller plus loin.» Cri auquel sœur Landi répond qu'elle «sera prête à relever, à nouveau, le défi... dans quelque temps». Alors que sœur Maria Goretti penche sur l'importance de «travailler aussi sur d'autres projets au service du développement et de la promotion des femmes».

Danièle Babooram

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