Frank Richard


Une mémoire au-delà des temps

Frank Richard a été une figure du monde éducatif local, pour l'honorer, les autorités ont décidé de rebaptiser le collège d'Etat de la Tour-Koenig, SSS Frank Richard. Une nouvelle découverte de Frank Richard à travers des témoignages de Cassam Uteem, Surendra Bissoondoyal et du père Philippe Goupille, trois personnes l'ayant côtoyé à différentes étapes de sa vie.

Grand pedagogue, «icône» de l'éducation : quelques-uns des qualificatifs utilisés pour se référer à Frank Richard. Né le 18 août 1916, Frank Richard fit ses études secondaires au collège Royal de Curepipe, ayant obtenu la «petite bourse». Plus tard, grâce à une bourse du British Council, le jeune homme s'envole pour l'Angleterre, pour des études de lettres classiques à l'université de Nottingham, puis à celle de Londres. Selon son fils Jean-Marie, «this scholarship changed his life indeed and in deeds and subsequently ours and our children's - plus many of his students thereon».

De retour à Maurice après de brillantes études, il débute sa carrière dans l'enseignement en tant qu'enseignant d'anglais au collège Royal de Port-Louis. Sa maîtrise de la littérature anglaise est bien vite reconnue, appréciée et admirée.

Plus tard, Frank Richard a occupé le poste de directeur de l'ex-Teachers' Training College. Il a par la suite été Permanent Secretary au ministère de l'Education et des Affaires culturelles, avant d'être nommé premier directeur du Mauritius Institute of Education (MIE). Il a été président du conseil d'administration du MIE jusqu'à sa mort, le 27 mars 1997. Un amphithéâtre du MIE porte le nom de ce spécialiste et féru de la littérature anglaise depuis février 2000.

Frank Richard a été élevé au rang de Commander of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean le 12 mars 1996 par le président de la République d'alors, Cassam Uteem. Il avait auparavant refusé des décorations britanniques, car il les considérait comme la «perpétuation du colonialisme», selon son fils Jean-Marie. S'il a accepté cette distinction républicaine, c'est parce qu'elle lui a été décernée par un pays libre, poursuit-il.

Ceux qui l'ont bien connu se souviennent de son impressionnante culture, de sa grande intelligence et de son contact facile.

«Toujours humble et à l'écoute des autres»

Frank Richard était un homme hors du commun. Lui qui a vécu à une époque où le racisme battait son plein, que ce soit à Maurice ou en Angleterre, où il a fait de brillantes études universitaires, il était dépourvu de tout réflexe raciste ou communaliste.

Je l'ai connu quand j'étais élève au collège Royal de Port-Louis de 1950 à 1956 et sa maîtrise de la langue et de la littérature anglaises m'émerveillait. Un jour, le collège avait organisé une réflexion sur la littérature anglaise au théâtre de Port-Louis. Tout d'un coup, il y eut une panne d'électricité. Un des profs ne pouvait se faire entendre faute du fonctionnement du haut parleur. Frank Richard, lui, n'avait pas besoin de haut parleur pour déclamer haut et fort sur «Satan in Macbeth», ce qui est resté gravé dans la mémoire de tous les élèves présents ce jour-là.

A mon retour d'Angleterre, où j'avais étudié les mathématiques, j'ai travaillé au collège Royal de Port-Louis, où Frank Richard était encore enseignant d'anglais. Je suis subséquemment parti pour le Teachers' Training Centre, où Frank était le principal, et je l'ai suivi au ministère de l'Education, quand il est devenu secrétaire permanent (PS).

Mais c'est à l'institut de Pédagoie (MIE) où nous avons travaillé étroitement ensemble. Il était le premier directeur de cette importante institution et moi le premier secrétaire. Il s'occupait surtout de la politique générale et lui donnait une vision et une direction. Moi j'avais la responsabilité de créer une administration saine et moderne. Nous avons formé une équipe très soudée.

Quand je suis devenu directeur du Mauritius Examinations Syndicate (MES), Frank Richard était membre du Board et aussi président du comité de sélection des employés. On discutait librement des compétences des postulants, mais il n'y avait jamais de conflit.Il était toujours humble et à l'écoute des autres. Linguiste chevronné, pas seulement en anglais, mais aussi en français, latin et grec, il voulait en même temps avoir une bonne connaissance de l'hindi. Il venait souvent à la maison pour parfaire sa connaissance de cette langue, avec l'apport du Pr Basdeo Bissoondoyal. Il voulait rester toujours actif et il l'était jusqu'à son dernier jour. Il avait était nomme Chairman du Board du MES quelques semaines auparavant.

Surendra Bissondoyal


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