Pèlerinage anti-DAVIS II


Soutien, foi, volonté et courage
nécessaires pour contrer une vie d'enfer

p.5foto1

Soucieux de la montée de divers fléaux entraînant la mort ­ DAVIS (drogue/découragement, alcool/agression, violence/viol, indifférence/ignorance, sida/suicide), le Groupe «A» de Cassis poursuit son pèlerinage anti-DAVIS II après avoir touché plus de 31 000 personnes l'an dernier. Leur nouvelle mission est placée sous le signe de l'espérance ­ apporter un éclairage positif sur DAVIS (Dieu, amour, identité, vérité et solidarité). D'où, le nouveau thème «Nu viv dan lamour pu enn nuvo sime» faisant suite à «Nu pe desann», après la tournée de divers quartiers de Port-Louis.

La deuxième saison du pèlerinage anti-DAVIS n'est pas seulement une action sociale. L'arme principale dans ce combat est notre foi en Jésus-Christ, mis au centre de toutes nos actions. Précision qu'apporte le père Gérard Mongelard à cette démarche qui a démarré depuis avril 2006 à Cassis, avant de toucher les autres quartiers autour de la capitale. «Notre combat a une dimension spirituelle. Et c'est notre foi qui nous pousse à aller vers les autres.» Idem pour le père Jocelyn Grégoire, animateur principal du pèlerinage anti-DAVIS II à Cité-Richelieu du 7 au 9 août, qui n'a pas manqué d'inviter l'assistance de se munir de leur armure de la foi pour combattre les divers fléaux de notre société.

Perte de dignité et d'identité

Fléaux entraînant une culture de mort. Perte de dignité. Relation avec autrui brisée. Perte d'identité. On les surnomme «voler, prostituée, droger», souligne le père Grégoire. Face à de telles situations, nous avons souvent la fausse impression d'être impuissant, ajoute-t-il. «Mais, on n'arrivera à changer l'île Maurice que si chacun se donne comme objectif de toucher une personne en difficulté ; de l'accueillir ; de l'accompagner et de l'aider à se remettre debout. Nous redonnerons ainsi un chemin d'espérance, de lumière à cette personne.» Le prêtre a invité le public présent à prier pour l'autre ayant perdu sa foi. «Nous pouvons apporter une résurrection dans leur vie seulement si nous changeons notre regard, si nous cessons d'être indifférents. Seule la foi nous permet de découvrir l'amour de Dieu dans notre vie. Et c'est l'amour qui nous pousse à être solidaires de notre frère et à l'aider à faire vérité dans sa vie et retrouver son identité.»

Identité que la majorité des toxicomanes et alcooliques ont perdu. A l'exemple de Ricaud (50 ans), Dany, Géry, Richard et Georgy (tous âgés de 34 à 36 ans), habitant Cité-Jonction, Pailles, et qui sont dans l'enfer de la drogue depuis une vingtaine d'années. Voyant leur misère, Jacqueline Michaud, leur voisine, mère de trois enfants, n'a pu demeurer indifférente. Elle les a presque tous connus enfants et les a vu grandir. Aujourd'hui, sa foi la pousse à leur jeter un regard plein de compassion, jusqu'à leur tendre la main. «Je regrette de les voir détruire leur vie.» Le désir de les aider est tellement fort que Jacqueline n'a pas hésité une seconde à les inviter chez elle pour une rencontre.

La confiance ­ élément capital

«L'élément de confiance est capital dans l'accompagnement», indique Jacqueline. Le respect et la discrétion sont tout aussi importants. Grâce à la confiance établie, Jacqueline a pu écouter leur souffrance, qu'elle qualifie de «très grande». Son plus grand espoir est leur volonté de s'en sortir. Ce qui l'a poussée à établir un lien avec le père Gérard Mongelard. Résultat : quatre des cinq toxicomanes ont pu intégrer le Centre de solidarité en vue

d'une réhabilitation. Ils ont la détermination de s'en sortir. Leur ultime souhait est d'avoir suffisamment de courage afin de sortir de cet enfer. De son côté, Jacqueline se dit heureuse d'avoir pu les aider à retrouver un chemin de lumière et d'espérance dans leur vie. Son souhait : qu'à travers eux, d'autres emboîtent le pas. Avis que partage Marie-Louise Mourade, qui accompagne ses voisins dans leur cheminement.

Cette main de Jacqueline est comme une main qui sauve, font ressortir victimes et parents de victimes. Irène Legentil, 72 ans, accompagne les quatre toxicomanes au Centre de solidarité, y compris son fils Ricaud, drogué depuis plus de trente ans, matin et après-midi. La misère d'Irène est grande. Abandonnée par sa fille unique, elle est la seule à soutenir son fils, divorcé, père de trois enfants. Elle relate que sa vie n'a guère été facile. Tout ce qui est neuf dans sa maison disparaît ­ bouteilles d'huile, sachets de riz, coupons de tissus - même les vieilles ferrailles (tempo, deksi).

Son fils fait tout écouler pour se procurer de l'argent afin de pouvoir se droguer. «Parfoi mo leve gra matin. Mo trouv zis rakor gaz anpandan... Monn konpran ki bonbonn finn fini vande.» Irène devra attendre la fin du mois pour toucher sa prochaine pension afin de pouvoir s'acheter une nouvelle bonbonne. «Pandan enn mois, mo voisine donn moi enn lasiet manze.» Mais avec son cœur de mère, Irène partage son repas avec son fils Ricaud. Le lait est une denrée rare chez eux. Irène avoue qu'elle n'avale que le thé pur. «Kont credi tro boucou laboutik.»

Volonté de vaincre l'esclavage

Après seize ans dans l'univers de la drogue, Richard, 33 ans, se qualifie comme esclave. Il avoue que sa vie a entièrement basculé. Lui qui était un élève brillant et qui avait un avenir prometteur dans le domaine de l'hôtellerie, s'est vu prendre un autre chemin. «Tou ou lavans dan lavi retourn en arier. Ou vinn voler (ko kin enn bal mangue pou gagn Rs 1200 pou nou lazourne), konn prizon, vinn enn traser akoz enn doz.» Pourtant sur lui, sa mère Arlette avait placé grand espoir. Devant la misère de Richard, Arlette n'arrête pas de se culpabiliser. «Où ai-je pu flancher ?», se demande-t-elle. Aujourd'hui, elle suit de près les thérapies de son fils. Sa plus grande angoisse est de le voir rechuter.

Pamela a constaté un grand changement chez son frère Dany, en réhabilitation. «Le dialogue est ouvert. Il y a une meilleure approche et il rentre plus tôt à la maison.» Emma se dit confiante du geste de son fils Gery, également en réhabilitation. Marie-Claude l'est également, même si elle a déjà perdu deux de ses fils à cause de la drogue (2003 et 2007). Son espoir demeure Georgy, son 3e fils, également toxicomane et qui est sur la liste pour une réhabilitation. Entre-temps, Marie-Claude continue à ne pas fermer l'œil de la nuit. «Kan Georgy pa rantre, mo per ki linn tomb dan lari ou alor lapolis inn atrap li.»

Et, elle se dit impotente en le voyant rentrer aux petites heures de la nuit. «Li frel kouma enn bonom lapay... li dir moi li bizin al trase.» Sa hâte est de voir son fils emboîter les pas des autres afin de trouver une place au Centre de solidarité.

Seuls ils ne pourront jamais s'en sortir. Soutien, foi, volonté et courage sont nécessaires afin de mettre fin à cette vie d'enfer, concèdent les toxicomanes. Leur souhait est d'être des prophètes auprès de ceux qui souffrent. Encore et toujours.

Sandra Potié

retour aller