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L'air du temps

C'est le début de saison des principaux championnats de football européens et un des arguments de vente des différents
bouquets satellitaires disponibles à Maurice demeure la retransmission en direct des matches, plus particulièrement ceux de la Premier League. Occasion de nous rappeler le lien étroit qui existe entre l'argent et le sport.

Excellente réflexion de Michel Hidalgo, dimanche dernier sur France Inter. A la question de savoir ce qui avait changé dans le milieu du football entre le temps où il entraînait l'équipe de France et maintenant, Hidalgo déclare, en substance, que nous vivons aujourd'hui l'ère des salaires et des transferts faramineux. Et, il précise, que comme dans n'importe quel domaine, quand l'argent s'en mêle, il y a le risque d'une certaine perversion.

Dans l'idéal, le sport devrait promouvoir certaines valeurs essentielles. Mais la réalité est tout autre : chez nous comme ailleurs, aujourd'hui l'important est de gagner, qu'importe les moyens. Ce qui explique pourquoi le cyclisme, sport d'endurance par excellence, est en train de mourir de sa belle mort. Tous les moyens sont bons pour être sur le podium. Fini le temps où l'on adulait l'éternel deuxième, Raymond «Poupou» Poulidor ! Le sport est bien le reflet de notre temps : on n'aime que les gagnants ! Et les dieux du stade s'enrichissent très rapidement, sont starisés et deviennent des icônes de la réussite.

Comme le faisait remarquer Michel Hidalgo, il n'y a rien de mal à ce que les footballeurs professionnels gagnent beaucoup d'argent ­ aussi longtemps que cela ne leur monte pas à la tête. Force est de constater que le foot a permis à certains zonards, ce que certains qualifient de «racaille», de trouver leur voie. Zinédine «Zizou» Zidane en est l'exemple. Et, jusqu'ici, hors du

terrain, il a eu le grand mérite de garder son authenticité. Ce qui nous le rend si attachant.

En revanche, le côté m'as-tu-vu de David Beckham est
si omniprésent au point où l'on en vient à oublier son talent exceptionnel sur la pelouse. Plus pathétique : Diego Armando Maradona est l'exemple même du sportif pourri par l'argent que lui a rapporté le foot. Homme de tous les excès, il a gâché un don exceptionnel. Et en est réduit à faire la Une des faits divers ­ toxicomanie, agressions physiques...

Occasion de nous interroger : la réussite matérielle
doit-elle se faire au détriment de notre authenticité ? De notre âme ? Ainsi, plus près de nous, nous sommes témoins de cas d'hommes et de femmes ayant pu briser la fatalité qu'est la pauvreté ­ grâce à la force du poignet, d'un travail acharné, ils se sont imposés dans leur domaine professionnel. Et il n'y a rien de plus triste, de plus pathétique de retrouver ces nouveaux riches exhiber leurs derniers biens et faire preuve d'une
certaine folie des grandeurs.

En réponse à cela, le lucide Michel Hidalgo s'est livré : ce qui l'a empêché d'attraper la grosse tête au summum de sa carrière et de la gloire ! Il n'a jamais oublié d'où il vient, lui le fils d'ouvrier qui rappelle fièrement les valeurs de ce milieu. Réflexion à méditer pour beaucoup d'entre nous, qui, trop souvent pris dans le tourbillon de la réussite matérielle et sociale, dédaignons nos racines et nous laissons dominer par le paraître.

Erick Brelu-Brelu


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