objectif communs et quels sont les moyens que nous nous donnons pour atteindre notre but. Il y a certes des lacunes, mais on peut s'améliorer.

Je pense que tous nous souhaitons diminuer le nombre de nouveaux cas chez les jeunes, d'éviter de nouvelles contaminations, les comportements à risque et offrir un encadrement aux jeunes afin qu'ils puissent choisir leur vie. A travers les unités multisectorielles actuellement en place, nous faisons déjà cause commune. Or, si maintenant on vient se tirer dans les pattes de temps en temps, au lieu de continuer à améliorer le travail qui se fait, on va régresser.

Marcel Chapelau parlait d'absence de module intégré d'éducation sexuelle dans le cursus scolaire. C'est vrai. Mais, il y a au primaire la Family Life Education. Au secondaire, il y a des modules qui traitent du sujet en classe de biologie, de Home Economics. Malheureusement ce n'est pas accès sur une life skill.»

Audrey d'Hotman : «Ce que la Aids Unit est en train d'expliquer, c'est qu'il donne la partie biologique factuelle. Manque le feu de Pils, les valeurs morales du Conseil des religions et de l'Ecole des valeurs humaines. Avec tout cela, les jeunes seront un peu plus armés.»

Olivier St-Paul : «Il y aura bientôt le Monitoring & Evaluation Committee qui viendra évaluer le travail de chacun et établir les choses pour une meilleure collaboration.»

Audrey d'Hotman : «Je ne suis pas d'accord. La confrontation d'idées nous fait avancer et non reculer. On confronte des idées avec Marcel Chapeleau concernant la capote. Résultat : j'accepte un petit peu plus les valeurs morales et lui est un peu plus souple sur la capote. Aujourd'hui, on parle un petit peu pareil... Si personne ne vient remettre les choses en question, on ne va pas progresser. On ne se tire pas dans les pattes, on confronte des idées. Il ne faut pas le prendre personnellement.»

Homa Mungapen : «Il faut aussi faire une évaluation au sein de chaque organisation. C'est important. Dès que j'entends Aids Unit ou encore NaTRESA ou autre parler de tous ces jeunes qu'ils touchent, je me rends compte que malgré cela, les choses n'évoluent pas assez. Il faut se poser la question : quel est le problème ? Il y a quelque chose qui manque. Il faut être honnête. En ce qu'il s'agit de la lutte contre le sida, chacun est fier de ce qu'il fait. Et, personne ne se demande si ce qui est fait est vraiment ce qu'il faut. D'autre part, honnêtement, je pense que la Aids Unit doit revoir son approche. Il faut d'abord changer de langage et aussi se rendre compte que l'information toute seule ne responsabilise pas le jeune. Ce jeune a besoin de quelque chose de plus.

A l'île Maurice, heureusement, c'est un peuple religieux. Alors pourquoi ne pas sensibiliser cette personne à travers sa croyance ? Et ça marche !»

La méthode basée sur la croyance religieuse/spiritualité
aura-t-elle, selon vous, autant d'effet chez les jeunes ?

Homa Mungapen : «Il faut savoir comment on le dit et à qui. Moi, avec les jeunes, c'est pas nécessairement des textes sacrés. Si c'est un corps religieux qui m'invite pour parler à l'aile jeune, là oui, je prends des textes sacrés. Si c'est un groupe de jeunes tout simplement, là j'englobe les choses. En neuf mois de travail de prévention avec Pils, je peux toutefois dire que le langage religieux marche bien.»

Audrey d'Hotman : «La seule manière de savoir est de faire une étude. Personne ne sait ce qui marche vraiment. On pense que ça marche. Les jeunes disent oui, on préfère votre langage, mais ils vont vous dire ce que vous avez envie d'entendre. Ce qu'il faut, c'est une étude d'efficacité. La Monitoring Evaluation prévoit de le faire et il faudrait que chaque institution soit suffisamment honnête pour qu'on puisse évaluer. Le monde n'a pas encore vraiment trouvé ce qui marche. On a essayé la peur, la moralisation, les faits... Au fait, c'est probablement une combinaison de tout cela.»

Marcel Chapeleau : «La méthode, c'est de développer une attitude. L'information, il en faut, mais si on en donne trop à la fois, c'est lassant. Sauf si c'est quelque chose qui parle. Amenez quelqu'un qui va mourir dans trois mois. Lui, le jeune, veut l'entendre parce qu'il aime les réalités. Nous avons remarqué que parler au jeune de responsabilités ne marche pas. C'est beaucoup trop moral. Par contre, à travers des histoires et des paraboles, on leur apprend la notion. Les meilleures valeurs morales, s'ils viennent de trop haut ­ d'une autorité, des parents ­ ne passent pas. C'est donc aussi une question de langage.

On voit qu'il ne faut pas avoir peur de faire ces programmes sur lesquels nous travaillons à l'école des valeurs humaines - mais avec qui ? Pas le professeur de biologie ou le catéchète ou le professeur de valeur. Il faut des enseignants, des parents volontaires qui accepteraient de recevoir une formation adéquate.»

Audrey d'Hotman : «Le VIH est venu donner une grande leçon à l'humanité. Où il attaque le plus : les pauvres, les jeunes (manque de communication avec les parents), la toxicomanie (on ne veut pas s'en mêler)... Le VIH est un virus venu rentrer dans toutes les faiblesses. A chaque fois qu'on regarde la cause, on voit une faiblesse de la société. Cela touche la religion, la communication, les couples,...»

Homa Mungapen : «Aujourd'hui même, les corps religieux doivent remettre en question leur approche. On est tellement occupé par la forme qu'on ne regard même pas l'esprit. Cela ne marche pas. Le VIH doit aussi faire réfléchir le corps religieux. Si ce jeune, qu'on dit croyant, n'applique pas aujourd'hui ce qu'il a appris, c'est qu'il y a un problème là aussi. Ce n'est peut-être pas sa faute. On n'a peut-être pas su toucher son cœur.»

Marcel Chapelau : «Tout à fait. On dit que les jeunes n'ont plus de repères. Mais qui donne les repères aux jeunes ? C'est nous, les adultes, les responsables religieux ! Le vaccin du sida, on l'a trouvé : c'est l'éducation. C'est la confiance qu'on a dans les jeunes d'accepter de s'améliorer.»

Olivier St-Paul : «L'encadrement parental est aussi important. Ils sont peu nombreux, les parents qui ne peuvent pas parler ouvertement à leurs enfants. Il ne s'agit pas non plus de faire des discours, mais surtout d'être des témoins.»

Audrey d'Hotman : «D'autre part, en tant qu'adulte, nous ne pouvons pas dire au jeune de faire quelque chose alors que nous faisons le contraire. Alors faisons ce que nous disons, ou alors ne disons rien. Soyons honnêtes.»

Line

Flagrant

délit

d'irresponsabilité...

Le sida est là. Il est venu révéler les carences de nos sociétés du Nord et du Sud. Il est significatif et révélateur du degré de défense immunitaire où se trouve notre pays, particulièrement dans le domaine de l'éducation.

Le seul vaccin connu contre le sida est l'éducation. Or, depuis 20 ans, cette infection est là et il n'y a pas eu d'introduction officielle dans les programmes du secondaire de modules sur la prévention du sida, ni sur l'éducation à la vie et à l'amour, ni des life skills élémentaires sur le comportement et les valeurs.

Les collèges privés sont donc à louer pour avoir utilisé leur liberté et créativité pédagogiques en ce domaine vital.

N'importe-t-il pas de préparer à la vie autant qu'à un examen ? Et, par pitié pour la génération actuelle et à venir, que l'on ne dise pas que ce sujet dépend plus du ministère de la Santé que de celui de l'Education. Il s'agirait d'un flagrant délit d'irresponsabilité de ne rien faire. Qu'est-ce que la responsabilité dans le domaine de l'action et de l'omission ?

Marcel Chapeleau


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