Table-ronde


Propagation du sida chez les jeunes :
comment la combattre?

p.5foto1

Une évidence : malgré toutes les campagnes, le sida gagne
du terrain. Et plus précisément chez les jeunes.
«La Vie Catholique» a réuni Olivier St-Paul,
de la Aids Unit ; Audrey d'Hotman, de l'ONG Prévention, information et lutte contre le sida (Pils) ; Homa Mungapen, du Conseil des religions ; et le Fr Marcel Chapelau, de l'Ecole des valeurs humaines (EVH) pour faire le tour du problème.

Peut-on dire que le nombre de jeunes infectés par le VIH/Sida est alarmant ?

Audrey d'Hotman: «Et comment ! Si avec 90 jeunes infectés, ce n'est pas alarmant, quand allons-nous nous alarmer ? Quand c'est un proche ou un membre de notre famille qui est infecté ?»

Homa Mungapen: «Il faut être clair à propos des chiffres. Si on dit 90 jeunes seulement, cela ne paraît pas beaucoup, mais si on dit 90 sur 300 jeunes testés, là c'est autre chose. C'est plus qu'alarmant.»

Audrey d'Hotman: «Peu de tests effectués sont volontaires. S'ils sont testés, c'est soit qu'ils sont passés par un centre de réhabilitation, soit bien qu'elles ont été enceintes. A décembre 2006, il y avait 84 cas officiels. Depuis, il y a eu quatre autres cas. Il y a aussi un groupe de 18 toxicomanes qui ont été testés... Nous attendons les résultats. Il y a parmi des jeunes de 16-17 ans.»

Marcel Chapeleau: «A noter que parmi les jeunes infectés par le VIH, nous avons une vingtaine de cas de grossesses précoces.»

Audrey d'Hotman: «D'autre part, le département de virologie n'a pas l'âge réel de ces jeunes parce qu'ils ne l'ont pas donné. Il y a là un problème de loi. Actuellement, un mineur ne peut faire le test qu'accompagné de ses parents. La loi sur le VIH, qui est en préparation, donnera, entre autres, des consignes par rapport aux tests pour les jeunes. Lors des discussions, nous avons demandé que n'importe quel jeune, qu'importe son âge, puisse se faire tester s'il est accompagné d'un adulte autre que ses parents. Le problème est : quand je me drogue et que j'ai des relations sexuelles, je ne vais certainement pas aller en parler à mes parents pour aller me faire tester. Nous voulons que certaines ONG, certains enseignants puissent servir de tuteurs. La présence de l'adulte est importante comme soutien.»

Marcel Chapeleau : «Il faut faire bouger le ministère de l'Education. Après 12 ans et des commissions interministérielles, rien d'officiel n'a été introduit à ce propos dans le programme d'études au secondaire. On dit que ça va venir. Il a fallu attendre 20 ans. Le comité est en place, mais c'est regrettable que l'instance qui a les moyens, les compétences, qui peut faire venir n'importe qui de l'étranger n'a encore rien fait de concret.»

Audrey d'Hotman: «A décembre 2006, il y avait 37 garçons et 47 filles, de 15 à 19 ans, infectés. J'ai beaucoup souligné la féminisation de l'infection.»

Que faut-il faire concrètement ?

Marcel Chapeleau : «Au niveau éducatif et préventif, il faut voir la situation sur le terrain et après revoir la communication.»

Olivier St-Paul : «Quand on répertorie les drops-out et les scolarisés, il faut faire attention à ne pas faire l'amalgame. Les drops-out sont plus à risque. Si on dit qu'on a tant de jeunes scolarisés, on peut se retrouver dans une situation où on se dirait que les drops-out ont moins d'informations, donc sont plus à risque,... Or,

ceux qui sont scolarisés ont accès à l'information et peuvent aller surfer sur Internet.»

Audrey d'Hotman: «Ce n'est pas tout à fait cela. Il n'y a pas de sexualité, pas de programme dans les études. La Aids Unit fait quelques petits travaux, mais si on fait une vraie survey, on se rendra compte que la connaissance des élèves en matière de VIH/sida est absolument inadéquate. Ils connaissent le VIH, mais ils ont plein de fausses conceptions. Par contre, pour les drops-out, les ONG telles que le Centre de solidarité ou le CATR sont dans les quartiers depuis 5-6 ans pour faire de l'information, de la prévention. Ces jeunes sont systématiquement en contact avec l'information. Les toxicomanes sont bien plus informés que le reste de la population parce que eux ils ont été targeted, matraqués...»

Qu'est-ce qui explique ce changement concernant les populations contaminées ? Aujourd'hui, les hétérosexuels sont tout aussi à risque que les toxicomanes...

Audrey d'Hotman : «Il y a une absence de tests là-dessus. Les toxicomanes sont d'une population qu'on pense à risque. Mais dès que nous allons commencer les sentinel surveys, vous allez voir. On va tout de suite voir que probablement la campagne est beaucoup plus touchée qu'on le croit. On dit qu'on teste les femmes enceintes, mais ce n'est pratiquement que les femmes enceintes dans le secteur public qui sont testées. Mais propose-t-on le test à celles traitées dans le privé ? La plupart du temps, non. C'est une catastrophe.

Le don de sang. Ce sont les volontaires. 1% de la population. Les 99% qui ne vont pas, leur sang n'a pas subi le test de VIH/sida. On est loin de savoir ce qui se passe et où cela se passe. C'est ce qui m'inquiète le plus. Il y a des gens chez qui le virus est déjà implanté et ils l'ignorent.

Certains pensent que parce que je suis riche, je suis quelqu'un de bien : je ne peux pas être touché. On ne réalise pas que, par exemple, la fille de bonne famille peut coucher avec le garçon qui a déjà été avec la prostituée.

On vit dans l'illusion que parce que c'est riche, c'est éduqué ou c'est très religieux ­ et donc ce n'est pas à risques. C'est grave ! Certains pensent que parce qu'ils vont à la messe, qu'ils vont au temple, ces personnes ne vont pas faire ce qui n'est pas permis. Non, la foi ne protège pas d'un virus.»

Homa Mungapen : «La religion toute seule ne protège pas l'homme. Il faut qu'il la mette vraiment en action. La foi marche avec la raison.»

Marcel Chapeleau : «Tout le monde court après le bonheur, la satisfaction, l'envie sexuelle. Nous sommes tous des hommes et des femmes, avec des pulsions et des satisfactions. C'est pourquoi dans la formation, on écoute et les messages de prévention vont faire réfléchir aux différents points de l'ABC, selon les personnes. Cela n'a rien à voir la religion. Trop de morale, trop de religion n'est pas bon.

D'ailleurs faire la morale, cela ne marche plus. Surtout avec les jeunes. Ce n'est pas il FAUT avoir un bon comportement, mais qu'est-ce que vous allez faire pour vous prendre en charge ? C'est la nouvelle façon de faire de la prévention et à laquelle nous sommes appelés en tant qu'animateurs ou responsables. Si on n'enseigne pas d'une façon ouverte, de manière à faire réfléchir le jeune, nous serons les responsables de ce qui se passera dans les années à venir. Le sida, ce n'est pas un problème de religion, mais de société.»

Faire cause commune

Olivier St-Paul : «En tant que représentant du ministère, je pense qu'il est important que nous voyons notre

retour aller