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Collateral damage

Nos médias répercutent, chaque jour, nombre de cas d'agression et autres délits qui font naître chez nous un certain sentiment d'insécurité. Mais quand nous sommes personnellement victimes de tels actes, cela tourne au traumatisme. D'autant plus que les policiers sont unanimes à avancer que de tels actes sont l'œuvre de drogués ­ personnes prêtes à prendre n'importe quel risque pour se procurer leur dose quotidienne.

La question de Law & Order est devenue un enjeu électoral, au centre des préoccupations de nos politiques. Hier comme aujourd'hui, l'opposition surfe à fond sur cette question alors que le gouvernement se contente de «prouver», chiffres à l'appui, que la situation était identique, voire pire, sous son prédécesseur. Une certitude : les statistiques officielles ne reflètent pas la réalité, de nombreuses victimes choisissant de ne pas porter plainte, persuadées que cette démarche est vaine.

Et pourtant, la police lance régulièrement un appel à la collaboration publique dans sa lutte contre le trafic de drogue. Peut-on reprocher à des citoyens de refuser de dénoncer, par peur de représailles, d'éventuels trafiquants de drogue ? Cela alors que plusieurs cas irrésolus de «disparition» de dénonciateurs d'individus liés au trafic de drogue demeurent... A l'inverse, dans certains quartiers, les citoyens menacent même de se faire justice devant l'absence de résultats concrets.

Il est du devoir des autorités d'agir ! Il ne s'agit nullement d'effets d'annonce - ras-le-bol de déclaration du style : «La drogue sera éradiquée dans trois mois.» Une certitude : la lutte contre la drogue ne doit plus se limiter à appréhender des consommateurs de drogue.

On s'attendrait à ce que les policiers et les travailleurs sociaux engagés sur le terrain dans le combat contre la drogue soient les interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics. Cependant, c'est un dialogue de sourds. Ainsi, nombre de policiers déplorent la mauvaise gestion des effectifs de la force. Avec pour con

séquence que dans certains quartiers chauds, la moitié des effectifs est affectée comme sentry chez des VIP. Sans compter les légendaires guerres des polices. Autant de facteurs qui viennent affaiblir la solidarité et l'efficacité au sein de la force.

Année après année, les travailleurs sociaux déplorent l'absence de volonté politique pour attaquer le problème à sa racine. Nous sommes un petit pays et l'on devrait pouvoir agir rapidement et avec efficacité. Nous savons tous que dans certains quartiers, la drogue est offerte au vu et au su, dans la plus complète impunité. Dans un autre registre, les ONG déplorent l'échec des campagnes mal ciblées.

Une certitude : jusqu'ici, le pays a voulu cacher l'ampleur du fléau qu'est la drogue. Grosse erreur, car ce problème est lié à d'autres d'ordre social : prostitution, sida, petit et grand banditisme, blanchiment d'argent...

Il ne faut surtout pas oublier un fait : la drogue tue ­ surtout les plus jeunes, ceux appelés à être l'avenir du pays.

Il est aujourd'hui évident que la police est impuissante. Ce qui signifie, pour les délinquants, une totale impunité. D'où ce fatalisme noté chez nos compatriotes : l'insécurité fait désormais partie de notre quotidien, de la norme ­ et il nous faut vivre avec.

Et nous, Law abiding citizens, qui nous croyions à l'abri, sommes des victimes collatéraux de cette situation. Souvenons-nous : dans Le petit chaperon rouge, nous avons une peinture atemporelle de la condition humaine, où le mal est partout, «jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles». Il est définitivement terminé le bon vieux temps de la dolce vita.

Et un lecteur averti en vaut deux...

Erick Brelu-Brelu


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