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André Georges

Au nom des hommes

Marié depuis 20 ans à Sonia et père de quatre enfants, André Georges a quitté Maurice pour Melbourne en 1986. Un déracinement qui s'inscrivait dans la suite logique de vacances familiales, en 1977, au pays des kangourous. «Je savais dès ce premier voyage que le départ était inévitable, se souvient-il. Maman avait pratiquement toute sa famille en Australie. Et bien que papa ne fût pas trop chaud, elle rêvait du départ.»

A 22 ans, André Georges abandonne son boulot de Computer Operator pour tenter, avec les siens, l'aventure. Avec en tête un rêve : exercer un métier correspondant mieux à son tempérament de «passionné de la vie et des gens».

Nouvelle orientation

Apres un court séjour à Perth en 1994, André et sa famille décident de changer radicalement de vie : «Je ne voulais pas attendre ma retraite pour habiter un endroit moins froid. Perth nous paraissait un bon compromis entre Maurice et Melbourne.». Il était aussi plus que temps de donner une nouvelle orientation à sa carrière, à sa vie. «J'ai grandi avec comme valeur l'authenticité. Je ne peux pas faire quelque chose si mon cœur et tout mon être n'y sont pas. J'ai aussi comme conviction qu'il ne faut pas attendre tel ou tel âge pour être heureux ; il était ainsi hors de question de subir la vie.»

Une fois installé à Perth, André Georges s'inscrit à un cours de Family Studies - avec comme piliers la psychologie et la thérapie familiale, l'histoire de la famille et la sociologie de la famille et les lois familiales.

Une formation qui s'ouvre plus tard sur du «broader social work» et qui le qualifie à être un «accredited social worker and qualified counsellor». Une formation qui - outre le travail clinique avec les patients - lui offre l'occasion de former et de cheminer avec des étudiants universitaires, mais surtout de jauger et de proposer des politiques sociales.

A l'écoute des hommes

Au bout de quelques années de métier, une évidence se dessine à André : la plupart des hommes qui reviennent vers lui en consultation étaient dans la quarantaine et la cinquantaine, des maris qui prenaient le divorce en pleine figure, des hommes déprimés et certains qui, malgré une vie matérielle confortable, sentaient un vide dans leur vie, parfois même une perte de direction.

Il fallait donc faire quelque chose pour que ces hommes soient entendus et aidés. La réponse viendra par le biais d'un Men Advisory Network. André travaille avec cette cellule, organise une première conférence, puis d'autres... Il prend de l'étoffe au point où son organisation de 24 000 employés le voit comme «quelqu'un apte à la représenter».

Programme pour les hommes

Une année après, André Georges créé un programme invitant les hommes de quarante-cinquante ans à réfléchir sur leur vie. «Je pense que la quarantaine est un cap : il y a les parents qui décèdent, le commencement des maladies parfois graves, On s'est prouvé et on se demande : What next ? Le couple, très souvent, se désintègre à ce moment-là. Tout cela fait peur et peut-être, pour la première fois, nous sommes

confrontés à notre mortalité....»

Le programme Introduction to Manhood a plusieurs visées : «Provide a safe place where men can share and explore what is to be a man and how can he live the second part of his life in a healthier and/or happier way..»

En vacances au pays, des questions ont travaillé André Georges : l'île Maurice n'a-t-elle pas besoin d'un tel programme ? En quoi, lui, l'expatrié peut-il être utile à sa terre natale ? Pour y répondre, il s'est mis à l'écoute des gens, a observé nos réalités et approché quelques personnes.

Libérer l'autre moitié de l'humanité

Sa conclusion est claire : le besoin est là. Les hommes mauriciens ont besoin d'espaces pour se rassembler, s'exprimer, se dire. «Le féminisme a certes libéré la femme. Mais il faut aussi libérer l'autre moitié de l'humanité. Et il faut que les hommes soient libérés par les hommes. Pour pouvoir être humain, il doit avoir un processus d'intégration du masculin et du féminin. Et il ne peut avoir cette intégration sans une exploration de what is it to be a fully functional and happy man.»

Et de poursuivre : «Les valeurs et autres idéologies contemporaines - le libéralisme économique, le capitalisme féroce, le fondamentalisme... - font que nous voyons le monde en blanc ou en noir. Le fondamentalisme économique, politique ou religieux nous donne peut être un sentiment temporaire de sécurité, mais après une lecture plus approfondie, nous trouvons que ce sentiment est bien souvent une illusion qui nous emprisonne plus qu'elle nous libère.»

Avant de poursuivre : «Je pense qu'à Maurice, beaucoup d'hommes ont une grande soif de mieux connecter avec leur partenaire, enfants, collègues et amis. Leur voix semble minoritaire parce qu'ils sont dispersés, pensent qu'il n'y a qu'une unique façon de fonctionner, un modèle unique... Ceux qui écoutent les messages de la vie commencent à comprendre qu'il nous faut faire une nouvelle lecture de notre vie. Others will have to learn it the hard way..... Et quand la crise arrive et que le réveil s'avère brutal, ils se disent : How come I was sleep walking and I was not even aware of it!»

Libérer l'homme mauricien

Se mettre ensemble donne la force de ses convictions, dira encore André Georges. Cet acte permet aussi de se questionner et de questionner le monde. Cet acte libère la parole et favorise le networking.

Désireux de partager son expérience et son expertise avec ses compatriotes, André Georges attend que les choses soient plus claires, d'autres hommes - ou «amis» - ont pour mission de poser des jalons pour la réussite du projet. Pour que nos hommes puissent s'exprimer, soient entendus et aidés professionnellement.

Danièle Babooram

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