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Les principaux conciles qui ont défini la foi de l'Église (IV)


Vatican I : la foi et la raison,
le successeur de Pierre

Plus de trois siècles s'écoulèrent entre le concile de Trente et le Premier concile du Vatican (XXe œcuménique). D'une part, la réforme décidée à Trente mit longtemps à se concrétiser et, d'autre part, il y eut de grands bouleversements en Europe : après l'indépendance des Etats-Unis, la révolution française, les guerres napoléoniennes qui affectèrent plusieurs États, les tentatives de restauration de la monarchie en France... Par ailleurs, les XVIIIe et XIXe siècles avaient propagé des doctrines hostiles à la foi (rationalisme, matérialisme, positivisme) tandis que certains catholiques se laissaient gagner par une attitude tout aussi dangereuse, qui consistait à ne pas chercher à comprendre le contenu de leur foi (ce qu'on a appelé le fidéisme). Le pape Pie IX décida de convoquer un concile pour débattre des problèmes nouveaux qui se posaient à l'Église. Ce concile se réunit au Vatican le 8 décembre 1869, mais la prise de Rome par les nationalistes italiens interrompit ses travaux le 20 octobre 1870.

En quoi consiste la foi ?

Devant les déviations concernant la foi, le concile s'occupa de préciser ce qu'elle est. La «lumière naturelle de la raison» permet de connaître Dieu avec certitude à partir des choses qu'il a créées (cf. Rom. 1, 18-23). Mais puisque Dieu, dans sa bonté, veut nous faire partager sa vie et son bonheur, il nous a révélé son mystère et son dessein de salut. En se révélant, Dieu s'adresse à l'intelligence de chacun et lui donne des «preuves extérieures» -- des «signes» comme les appelle saint Jean (Jn 2, 11) -- pour lui faire comprendre que c'est bien lui, Dieu, qui parle, et que cette révélation est crédible parce que Dieu ne peut ni se tromper, ni nous tromper. Ces «signes», ce sont en particulier les miracles et l'accomplissement des prophéties par la vie et l'œuvre de Jésus, la sainteté qui émane de l'Église et sa stabilité au fil des siècles. C'est librement que le croyant donne alors à Dieu l'adhésion de son intelligence en répondant : «Je crois.» La foi engage donc, à la fois, l'intelligence, qui comprend la parole que Dieu adresse, et la liberté, qui répond positivement à Dieu. Le concile souligne que la foi est un don, une grâce que Dieu nous fait pour nous mettre sur le chemin du salut.

Foi et raison

Face au rationalisme, le concile rappelle qu'il existe deux ordres de connaissance : la raison naturelle d'une part, et la foi divine d'autre part. En effet, «outre les vérités que la raison naturelle peut atteindre, nous sont proposés à croire les mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus que s'ils ne sont révélés d'en haut». Il ne peut donc jamais y avoir de vrai désaccord entre la raison et la foi, car c'est le même Dieu qui révèle les mystères et qui nous a donné la lumière de la raison. Dieu, explique le concile, «ne pourrait se nier lui-même, ni le vrai contredire jamais le vrai».

L'Église a toujours été ce qu'elle est : le Corps du Christ (1 Co 12, 12-27). Le concile Vatican I projetait de mettre en lumière le mystère de l'Église, mais ses travaux furent interrompus, comme nous

l'avons dit. Il put néanmoins définir deux points très importants pour l'unité de l'Église : le primat du pape et son infaillibilité dans l'enseignement de la foi et des mœurs.

Primauté du pape

Le concile déclare que la fonction du pape, évêque de Rome et successeur de l'apôtre Pierre, ne saurait être réduite à un simple primat honorifique. Car Jésus-Christ a fondé son Église sur Pierre et a prié son Père pour que ses disciples restent unis dans la foi : «Que tous soient un.» (Jn 17, 20-21). De plus, c'est au seul Simon-Pierre que Jésus a conféré «la juridiction de souverain pasteur et de chef suprême sur tout son troupeau en lui disant : Pais mes agneaux, pais mes brebis» (Jn 21, 15ss). Successeur de Pierre, le pape a donc, dans l'Église, le «pouvoir plénier et suprême». Ce pouvoir (spirituel) est «ordinaire», c'est-à-dire qu'il est lié à sa fonction de successeur de Pierre. Et il est «immédiat», c'est-à-dire que le Christ l'a conféré directement à Pierre et à ses successeurs. Cela n'empiète en rien, précise le concile, sur les pouvoirs des évêques dans leurs diocèses. Ils ont été «établis par l'Esprit-Saint (Actes 20, 28) successeurs des Apôtres», et chacun d'eux gouverne «en vrai pasteur» le troupeau qui lui est confié.

Infaillibilité du Pape

Le concile Vatican I eut aussi le temps de définir le dogme de l'infaillibilité du pape. Déjà, quelques textes de conciles précédents allaient dans ce sens. Le concile les évoqua et expliqua que le Saint-Esprit n'avait pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu'ils fassent connaître une nouvelle doctrine, mais pour qu'ils gardent et exposent fidèlement la révélation transmise par les apôtres. Et de rappeler les paroles de Jésus à Pierre : «J'ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas; et quand tu seras revenu, affermis tes frères.» (Luc 22, 32).

Puis, le concile définit en quel sens on doit comprendre l'infaillibilité du pape dans l'Église : «Le Pontife romain (le pape), lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l'Église, jouit, par l'assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Église.»

Jean-Claude Alleaume

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