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Répondre à l'appel

Laurent Rivet était promis à un avenir des plus prometteurs. Bénéficiaire d'une bourse d'études australienne en architecture, tout laissait présager qu'il allait avoir un parcours universitaire brillant. Une vie professionnelle remplie l'attendait assurément. Avec à la clef un confort matériel certain, une vie sociale enrichissante. Bref, un statut enviable dans la société mauricienne. Et, éventuellement, pour couronner le tout : un foyer et des enfants.

Ce bonheur à portée de main, ce chemin tout tracé, Laurent Rivet y a renoncé pour répondre à l'appel du Seigneur. Quand quelqu'un choisit la prêtrise, ce qui vient tout de suite en tête, c'est le célibat qui y est attaché. Et, pour les gens, c'est le plus gros problème de tout prêtre. Effectivement, durant leurs années d'étude, ce problème y est traité. Mais il serait très réducteur de croire que la prêtrise s'arrête à la chasteté. On attend beaucoup plus du prêtre: qu'il soit, tout à la fois, notre guide spirituel, notre psychologue, celui apte à nous faire obtenir quelque poste ou faveur, notre confesseur, notre gestionnaire de paroisse... Un surhomme, quoi !

Qu'est-ce qui a poussé un jeune homme à qui la vie sourit à choisir cette voie qui s'annonce si difficile ? La motivation la plus importante demeure, sans conteste, sa foi en Jésus de Nazareth ressuscité. Et sa responsabilité principale est de partager cette foi qui l'anime et qui lui permet d'espérer. Tel est son plus grand défi.

Aujourd'hui, plus que jamais, c'est un véritable parcours de combattant que d'être un passionné de Dieu, de garder constamment allumée cette flamme, de pouvoir la transmettre aux fidèles. Et nombreux sont ceux qui peuvent témoigner comment le simple fait de parler à un prêtre les revigore et leur donne un nouvel élan face à leurs difficultés du jour.

Aimer Dieu, c'est avant tout aimer son prochain. Et pour le prêtre, il est vital qu'il puisse entretenir sa foi en l'homme. Le prêtre est amené, de par les diverses casquettes qu'il porte, à être un témoin privilégié de toute la misère et la détresse

humaines. Ce qui peut le conduire, devant les dérives du monde, à perdre cette foi en l'homme. Le début de la fin...

Dans un monde de plus en plus sécularisé, nous pouvons comprendre toute la difficulté d'être prêtre. Les églises se désemplissent. La foi s'attiédit. Il semblerait que les prêtres ne servent qu'à délivrer les sacrements et à accomplir les rituels. Ce qui explique que puisse naître chez certains prêtres le sentiment d'inutilité.

La vague récente de départs de jeunes prêtres, incompréhensibles à tant de fidèles et de prêtres mêmes, vient rappeler que même si l'erreur est humaine, le prêtre n'y a pas droit.

Laurent, tu as d'autant plus de mérite que malgré ces temps difficiles, tu as choisi d'être prêtre, de te consacrer aux autres. Choix mûrement réfléchi. Pour certains, cela équivaut à un sacrifice. Cela l'est-il ? Dans l'imaginaire populaire, être prêtre, c'est renoncer complètement à tout ce qui fait les plaisirs de la vie. C'est d'ailleurs pourquoi certains s'étonnent de voir des prêtres faire du sport, aimer la musique, aller au cinéma, dîner chez des amis...

John Powell l'a dit : pour aimer les autres, il faut s'aimer soi-même. Peut-on avoir des prêtres épanouis porteurs de l'espérance si on leur refuse les simples joies de la vie?

Tu n'as qu'à regarder autour de toi pour te rendre compte que l'on peut très bien s'épanouir pleinement en étant prêtre au service des autres. Une autre manière d'être heureux. Et, à Maurice comme ailleurs, il y a des prêtres heureux.

Laurent, n'oublie surtout pas que le prêtre est un homme comme les autres, avec ses doutes. Qui d'autre peut mieux exprimer cela que le cardinal Jean Margéot, à qui on demandait s'il lui arrivait de douter de l'existence de Dieu ? Sa réponse : «Je doute tous les jours et c'est ce qui renforce ma foi.»

Erick Brelu-Brelu


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