Conseil des religions


Riche forum-débat

sur le sécularisme contemporain

«Sécularisme contemporain et l'interreligieux : quelle attitude adopter?» : thème du forum-débat organisé, le jeudi 26 juillet dernier, par le Conseil des religions à la mairie de Quatre-Bornes. Ont débattu de la question : l'islamologue Tariq Ramadan, le Pr Soodursun Jugessur et Michael Atchia.

Excellente initiative du Conseil des religions de réunir à une même table trois universitaires et pratiquants de différentes religions pour débattre de la question de l'attitude à adopter pour l'interreligieux dans un monde moderne de plus en plus sécularisé. Et l'expérience de l'islamologue Tariq Ramadan, universitaire suisse d'origine égyptienne de passage dans l'île, a été d'un réel apport à la réflexion de jeudi dernier.

«Etre avec Dieu, c'est servir les hommes», a fait ressortir Tariq Ramadan, qui poursuit actuellement des recherches au St-Anthony's College d'Oxford. D'où l'importance de faire la distinction entre foi et raison : «L'une doit donner sens à l'autre.» Avant de préciser qu'il «ne faut pas que le sécularisme se transforme en une religion». Il a rappelé le risque de «perversion de la laïcité au nom de notre culture». La laïcité peut être perçue dans un sens différent dans un monde musulman par exemple, a-t-il expliqué.

La grande richesse

Il a affirmé avoir été frappé, lors de sa première visite chez nous, il y a presque dix ans, par «la grande richesse de l'île Maurice». Mais a ajouté n'avoir pas tardé à découvrir la réalité : «La fragilité» de notre île. Les différences, selon lui, doivent être abordées sereinement dans la confiance. «La différence sans confiance est périlleuse... C'est cela qui permet le débat.» Rappelant que nous vivons dans une ère de méfiance, il a souligné l'importance de «créer une révolution de confiance», avant d'inviter l'assistance à ne pas minimiser les apparences : «Ce qui pour vous est secondaire est prioritaire pour les autres.» D'où l'importance, selon lui, de respecter les signes et d'éduquer le regard des jeunes dans nos écoles.

Education et engagement

L'idée d'une société meilleure passe par l'éducation et l'engagement, a souligné avec force l'islamologue. D'où, selon lui, la mission du Conseil des religions, qui ne se rencontre pas seulement dans un respect mutuel mais pour travailler, par exemple, dans la lutte contre le sida. «Ayez une

humilité profonde et une détermination à faire changer les choses», a-t-il exhorté.

Comment les lois peuvent-elles être inspirées par la religion ? Thème de l'intervention de Michael Atchia, ancien directeur du Bureau de l'éducation catholique (BEC). «Sur qui et sur quoi peut-on compter aujourd'hui pour trouver ces valeurs afin d'amener la paix dans le monde ?», s'est-il demandé. «Qui sont aujourd'hui les défenseurs des valeurs humaines ? Peut-on résoudre les problèmes de société purement sur la base du rationnel et de la réflexion personnelle ?»

L'intervenant a rendu un vibrant hommage aux mouvements de Mère Teresa et des Brahma Kumaris, tous deux inspirés d'une religion mais ouverts à tous tant dans leur accueil que dans leurs services. L'universitaire dit rechercher la vérité tout en essayant de comprendre les mécanismes et processus qui opèrent dans la nature. «Je le fais purement par la méthode d'observation expérimentale, objective, neutre, détachée.» Et les résultats de la science, selon lui, peuvent améliorer la vie de l'homme, a-t-il affirmé. D'où la nécessité absolue d'un dialogue interreligieux et interculturel pour construire la paix dans le monde.

Michael Atchia se dit en faveur du sécularisme, mais le rejette comme seule méthode. Un des fondements de la foi chrétienne, précise-t-il, est que Dieu nous a proposé d'aimer, mais ne nous a rien imposé. «Toute affirmation 'seule Eglise, seule foi' peut susciter des souffrances, n'aide ni la cause de la paix dans le monde, ni l'oecuménisme et le dialogue interreligieux, dont la finalité est de rechercher, reconnaître et vivre les points communs.» La solution : éduquer les jeunes.

Ouverture au dialogue

L'ouverture : mot clé de Soodursun Jugessur. «Nous sommes à 95,5 % communs, mais nous mettons l'accent sur le 0,5% qui nous diffère. C'est cela notre faiblesse humaine», a-t-il constaté. De nos jours, ajoute-t-il, il y a confusion entre «essence» et «forme». L'essence nous unit tandis que la forme nous divise, a-t-il précisé. Toute religion a la même essence ­ celle de vivre le partage et l'harmonie. La civilisation de consommation d'aujourd'hui détruit la planète et nous détruit également. Il estime que seul le dialogue permettra une diminution de la violence. La source de la non-violence réside en un savoir-vivre en famille. «Partageons nos richesses communes et cessons de nous disputer.»

Sandra Potié

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