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Peintures de la cathédrale

Emmanuel Richon, qui procède actuellement
à la restauration du tableau de la cathédrale
Saint-Louis «Christ en croix», a commenté
pour «La Vie Catholique» quelques tableaux
de la cathédrale qu'il a restaurés.

Le Christ en croix

Le grand tableau du Christ en croix, mesurant 4,5 m x 3,25 m et placé au-dessus de l'autel de la cathédrale Saint-Louis, est actuellement restauré par Emmanuel Richon dans le hall du collège de Lorette de Port-Louis. En effectuant sa tâche, l'artiste a fait une grande découverte : l'œuvre originale de Casanova, réalisée au XVIIIe siècle, a été repeinte à l'huile, dissimulant ainsi des éléments significatifs par des ajouts et modifiant complètement le ton général des couleurs.

Ce repeint a été fait, estime Emmanuel Richon, soit en 1935 (date de la dernière restauration de la cathédrale), soit en 1960 (lorsque d'autres tableaux ont été restaurés) par un pinceau n'ayant pas épousé la vision originale de Casanova. Ce que le restaurateur qualifie de «trahison complète». En enlevant le repeint, il s'est aperçu que le pagne du Christ a été modifié. Sur le tableau ori ginal, il est bien plus minimaliste que celui qu'on a l'habitude de voir ­ «L'esprit du XVIIIe siècle est bel et bien présent : plus de li bertés dans les mœurs et absence de tabous ­ et ce contrairement au XIXe, où la société refusait de voir un Christ dénudé.».

Cet état de dénuement du Christ démontre la présence de la corporéité comme un Dieu qui s'est fait homme, explique Emmanuel Richon. Et, à travers ce dénuement, Casanova révèle aussi l'importance de la dimension de l'humiliation dans la passion. «Or, cet aspect d'abaissement a été caché», précise-t-il.

Emmanuel Richon se dit surtout touché par les plus petits détails du tableau de Casanova. La goutte qui coule jusqu'aux passiflores ­ fleurs de la passion ­, qui se nourrissent du sang des suppliciés et présentes de chaque côté du tableau. De plus, ajoute-t-il, le petit doigt déplié du Christ démontre que sa mort est très proche. Les outils des instruments de la torture portant des traces de sang sont même présents. Et ce crâne, présent au pied de la croix, rappelle le temps qui passe, explique Emmanuel Richon. «Il est aussi symbole des vanités - tous ces éléments à quoi s'attache notre orgueil.»

Ayant eu beaucoup de difficultés à enlever le repeint, Emmanuel Richon a ainsi critiqué les travaux de l'ancien restaurateur. «Il faut que la possibilité de retourner en arrière, trois jours ou trois cents ans, soit toujours présente dans l'esprit du restaurateur. Or cela a été très difficile pour le Christ en croix.»

En août prochain, le tableau du Christ en croix révèlera une souffrance beaucoup plus grande et vraie que celle que les fidèles ont l'habitude de voir.

Vierge à l'enfant

Ce tableau, d'esprit plutôt italien, est peut-être l'un des plus vieux tableaux de l'île Maurice, estime M. Richon. D'une part, la préparation (qui sépare la toile et la couche picturale), de couleur rouge, le mène à dire qu'elle date de la fin du XVIIe siècle. Car, vers 1790, elle est passée à blanc. D'autre part, vu que le fil de chêne est ondulé sur le fil de trame, il se dit convaincu que cela ne peut être qu'avant le XVIIIe siècle. A partir de 1785, rappelle-t-il, le fil de chêne est posé par une machine sur le fil de trame. Du fait, il est tout droit. De plus, le bouton dégrafé du corsage de la vierge exprime clairement que l'enfant vient de prendre le sein ­ chose impossible à peindre au XIXe. Le pagne de la Vierge est teinté de pislazuli, pierre bleue diluée dans de l'eau. Selon M. Richon, la tombée de la nuit symbolise la paix.

La pêche miraculeuse

Œuvre du peintre mauricien renommé Alfred Richard. L'artiste signait plutôt en rouge à l'époque ­ le tableau étant signé en 1855. M. Richon présume que ce tableau devrait être une commande de la cathédrale ­ cela de par les nombreux éléments mauriciens qu'il contient : les poissons étant ceux de l'île Maurice et non pas du lac de Tibériade. De plus, les montagnes correspondaient exactement à celles se trouvant sur les tableaux de paysages qu'il a faits dans le sud de Maurice.

La Sainte-Cène

Selon Emmanuel Richon, ce tableau original de la Sainte-Cène a dû être peint par une importante personnalité. «On ne donnerait pas à n'importe qui de peindre la Sainte-Cène.» De plus, il relève une architecturale italienne au fond du tableau ­ une grande ville italienne, à l'exemple de Venise ou de Florence.

Exaltation
de saint Louis

Cette peinture à l'huile sur toile, au milieu du XIXe siècle, est signée Henriette Chapon. Un des rares tableaux peints par les femmes à l'époque, selon M. Richon. Cette peinture montre bien Louis IX dans un discours éminemment littéraire, «où tout dans l'esthétique du tableau est là pour nous rappeler les témoignages des contemporains du saint homme».

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